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La mode n'appartient-elle 
qu'aux femmes ?
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Cliché démodé

La mode n'appartient-elle qu'aux femmes ?

Le magazine Elle a récemment consacré les "nouveaux talents de la mode". Décidément, il semblerait que les tendances soient un sujet exclusivement féminin. Et pourtant...

Emilie Coutant

Emilie Coutant

Emilie Coutant est sociologue, consultante en mode, médias, tendances, risques et addictions.
Docteur de l’Université Paris V, elle a soutenu une thèse intitulée “Le mâle du siècle : mutation et renaissance des masculinités. Archétypes, stéréotypes, et néotypes masculins dans les iconographies médiatiques” (2011). Fondatrice et dirigeante de la société d’études qualitatives et prospectives Tendance Sociale, elle réalise études et enquêtes sociologiques pour le compte d’entreprises ou d’institutions. Enseignante dans diverses universités et écoles de mode, elle est également Présidente du Groupe d’Etude sur la Mode (GEMode), rédactrice éditoriale des Cahiers Européens de l’Imaginaire et secrétaire du Longeville Surf Club.
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Le magazine Elle en collaboration avec le ministère de la Culture a révélé récemment les Nouveaux Talents de la Mode, désigné par un jury des plus prestigieux (Stefano Pilati Nicolas Ghesquière, Nathalie Rykiel, Jean Paul Gaultier, Jean-Charles de Castelbajac, Agnès b., Vanessa Bruno).

Ainsi, ces jeunes couturiers aux noms parfois bucoliques (Barnabé Hardy, Belle Ninon, Bend Sport Couture, Gustavo Lins, Lefranc Ferrant, Natalia Brilli, Maison Rabih Kayrouz et Ragazze Ornamentali) représentent l’avenir de la création vestimentaire contemporaine. Si parmi eux on retrouve davantage de créateurs masculins, leurs collections étaient plutôt orientées vers un public féminin avec une majorité de pièces somme toutes féminines, comme si la mode n’était qu’une affaire de chiffons et de futilités réservées aux femmes. Aux femmes seulement !?! La mode ne serait-elle que féminine ? 

La mode : une histoire de genres

Si pendant de nombreux siècles, de la Renaissance à la Révolution Française, hommes et femmes ont été à égalité vestimentaire en matière de raffinement et d’ornementation (pensons aux perruques et aux fards de l’Aristocratie), il semble qu’avec l’avènement du siècle des Lumières, le champ des parures soit devenu peu à peu féminin, et de moins en moins masculin.
Ainsi, tandis que les femmes se voient interdire le port du pantalon par le décret du 8 brumaire an II, l’entrée dans le XIXème siècle voit s’imposer le costume sombre et austère comme habit masculin. Dès lors, une sorte de dimorphisme sexuel entre en vigueur et inaugure une période de « mode pour la femme et non mode pour l’homme » (Paul Yonnet, Jeux, modes et masse. La société française et le moderne, Paris, Gallimard, 1985, p.326). Couleurs, fards, dentelles, bijoux cet ensemble d’apparats autrefois mixtes devient le lot des femmes seules, signalant alors leurs positions d’oisiveté et d’inutilité tandis que les hommes se doivent d’incarner, par leur vêture, les valeurs de la Bourgeoisie et de la Modernité.
Pour autant, si l’on poursuit cette incursion dans l’histoire des apparences, une figure phare de cette période est là pour nous rappeler la force et la vigueur des choses de la mode du coté masculin : le dandy. Revendiquant le droit de s’occuper de sa toilette à l’instar des femmes, cette figure efféminée a considérablement oeuvré pour asseoir l’idée de l’élégance et de la coquetterie masculine. Sa quête ne fut pas vaine puisque, dès la fin du XIXe siècle, l’on voit poindre cette figure pour le moins ambigu qu’est l’éphèbe fin de siècle.

Le triomphe de la mode unisexe d'aujourd'hui

Qu’en est-il aujourd’hui ? L’éphèbe et le dandy ont-ils fait des petits ? Si l’on porte un regard sur les créations contemporaines, nul doute que le style dandy a perduré... notamment chez les femmes ! Smokings féminins, derbies, blazer... le vestiaire féminin s’est incroyablement étoffé de pièces masculines. Pour autant, cela ne signifie en rien que la mode soit seulement chose féminine.
En effet, du coté des hommes, les innovations ne sont pas en reste. Depuis l’effervescence des sous-cultures juvéniles (teddy boys, rockers, beats, punks, hippies..., pour n’en citer que quelques unes) à l’apparition de la mode prêt-à-porter marquant l’entrée dans la société de consommation de masse avec son lot de valeurs hédonistes et futiles, la gent masculine s’est vu elle aussi imprégnée par de nouveaux codes en matière d’apparence et de styles.
Les hommes ont dû s'intéresser à ces préoccupations vestimentaires autrefois catégorisées comme frivoles mais ont, en outre, participé à modifier les caractéristiques de ce champ spécifique : en tant que créateur ou en tant qu’adepte de mode, l’homme d’aujourd’hui contribue à bousculer les codes et normes strictes qui régissent notre façon de se montrer aux autres. En préférant le jean slim au costume sombre, en détournant les accessoires masculins et féminins, voire en adoptant la jupe, le genre masculin n’a pas fini de s’amuser avec son image et son apparence faisant alors de la mode un terrain de jeu des plus fertiles pour la création d’avant-garde mais surtout une stratégie de séduction des plus payantes pour capter le regard d’autrui. Ainsi, à l’heure actuelle, la mode est aussi bien féminine que masculine : les collections, les traditionnels défilés et la presse spécifique en atteste, mais surtout ces deux pans s’influencent désormais mutuellement, faisant de ce champ l’un des domaines les plus unisexes du moment.

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