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Le symbole de la France ?
Le symbole de la France ?
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Hallyday in holidays

Johnny, ta gueule !

Le journaliste Eric Brunet a passé une semaine de vacances au Sultanat d'Oman. Le temps de découvrir - avec dépit - que même dans cette région lointaine le symbole de la France reste Johnny Hallyday !

Eric Brunet

Eric Brunet

Eric Brunet est l'auteur de l'Obsession gaulliste aux éditions Albin Michel (2017). Il présente Radio Brunet tous les jours sur RMC de 13 heures à 15 heures

Il a par ailleurs publié Etre de droite, un tabou français (Albin Michel, 2006) et Dans la tête d’un réac (Nil, 2010).

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Tout s’est déclenché alors que je coulais une paisible semaine de vacances en famille au Sultanat d’Oman. Un petit hôtel, des palmiers, la plage et du pétrole dans la mer, partout. Quelques vacanciers indiens, une famille anglaise, deux danois gays, un fonctionnaire saoudien et ses trois épouses…

Et chaque matin : Lahiru ! Un jeune Sri lankais prévenant et zélé, sorte de garçon d’étage, employé par l’hôtel pour veiller au bien être des résidents. Dès le premier breakfast, le lascar me titille : "Are you French ? Like Johnny Hallyday ?"

Je voyage un peu, et en général, les premiers noms que les populations hostiles et acculturées m’envoient à la figure pour me signifier leur familiarité avec la République française sont Nicolas Sarkozy (un Français issu de l’immigration), Zinedine Zidane (idem), Carla Bruni (idem)… Mais Johnny, pour moi, c’était inédit.

Allez comprendre pourquoi, j’ai mal vécu l’affaire. Que ce crétin siliconé, et ses santiags Christian Audigier, incarnent l’excellence française aux yeux de mon très stylé garçon d’étage tamoul m’a déclenché un urticaire foudroyant (c’est vrai, j’ai des photos). J’ai bien tenté de corriger le tir : "Lahiru, il y a cent ans, la France était la première puissance au monde avec l’Angleterre ! La France, c’est toute une histoire ! Clovis, Aznavour, la Renault Clio, Jeanne d’Arc, la Tour Eiffel, Catherine Deneuve, le Rafale, Du Guesclin, Danton, Napoléon 1er, David Guetta, Marcel Aymé, le Concorde, Pierre-Gilles de Gennes, François Pinault, Chambord, Stendhal, Marc Lavoine, Dumas, Hugo, Clémenceau, le porte avion Charles de Gaulle…"

Lahiru, perplexe, a glissé l’assiette d’œufs benedict près de mon bol de café, puis a pris congé poliment.

Jadis, tous les écoliers du monde, des villages d’Ouzbékistan aux terres australes de Patagonie, connaissaient sur le bout des doigts Robespierre, Mermoz, Platini ou Tintin (un autre belge). C’est bien fini ! Désormais le twister permanenté aux mèches de shampooineuse est l’ambassadeur du Génie français ! Je crois que j’aurais encore préféré que Lahiru me parle de Valérie Damido ou de Jean Luc Mélenchon.

A ce rythme là, dans trente ans, un Président de la République social démocrate décidera du transfert des cendres de Johnny Hallyday dans une crypte du Panthéon, entre Voltaire et Marie Curie : "Entre ici, Johnny Hallyday" !

Quel tableau navrant ! Car enfin, ce narco trafiquant du rock a consacré vingt ans de sa carrière à piller honteusement les plus grands titres de l’histoire du Rock’n roll. Vous parlez d’une œuvre originale française : la moitié de ses singles sont des succès américains francisés. Une édifiante entreprise de blanchiment… Qui a oublié l’adaptation franchouillarde du corrosif Summertime blues d’Eddie Cochran : "Mais mon père et ma mère m’ont retiré leur voiture, pour travailler (la la), pendant l’été (la la)" !

Le répertoire de la vedette yéyé est pavé de reprises nullardes de ce tonneau. Pour être franc, si je me mets dans un tel état, c’est que le twister wallon n’a pas seulement contaminé Lahiru. A chaque apparition de la starlette au nez couperosé, les journalistes, ces abrutis suivistes, s’exclament, s’aplatissent comme les Mayas devant Christophe Colomb ! Mais comment faire comprendre à ces chroniqueurs décérébrés que les Français se contrefoutent du plus célèbre ivrogne de la planète (enfin… depuis la disparition de Boris Eltsine). La dernière apparition de Johnny Popoche sur TF1 a été un fiasco. Pour l’opération promo de son dernier album, M. Smet avait pourtant prévu moult duos avec Zaz, Laurent Gerra, Claire Keim et compagnie… Las ! Fait rarissime, ce samedi 26 mars 2011 à 20 h 45, c’est France 2 avec les Années Bonheur qui a pulvérisé l’Audimat. Patrick Sébastien et Karen Cherryl ont culminé à 4,8 millions de téléspectateurs… avec Salvatore Adamo comme invité vedette. Loin derrière, Johnny a réalisé le même score qu’une série américaine sur M6. Enfin à sa place.

Dans mon petit hôtel d’Oman, le lendemain matin, au petit déjeuner, j’ai choppé fermement Lahiru par le bras. Histoire de détricoter la réputation de l’usurpateur : "Lahiru, c’est vrai, Johnny Hallyday est un bon interprète, mais c’est un citoyen minable. Il bénéficie de l’extraordinaire loi Tasca de 1990. Une loi qui contraint les radios à diffuser des quotas importants de chansons françaises. Le but est d’empêcher la variété anglo-saxonne de submerger le marché français. Grâce à cette loi, nos artistes vendent beaucoup plus de disques et s’enrichissent.  Et bien, le croiras tu, ça n’a pas empêché Johnny de choisir l’exil fiscal et de payer ses impôts loin du pays qui a tant contribué à sa fortune personnelle…"

Ca a marché. Le coup des impôts : Lahiru a trouvé ça dégueulasse. Cette fois, quand il m’a apporté mes œufs benedict, il s’est planté devant moi et a bredouillé un truc du genre : "De toutes les façons, le rock français, c’est comme le vin anglais : c’est pas très bon" !

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