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Quand la télé ricane

Loft bobo, minimalisme onéreux heureusement humanisé par la présence d’une cuisinière à domicile. Et puis, la sublime Alessandra Sublet, cette brune ardente sortie de l’ombre pour entrer chaque soir dans notre salon. Vous êtes sur France 5, dans l'émission "C à vous", symbole de la télévision ricanante.

Ah, Alessandra Sublet ! Des seins menus et les cheveux d’un garçon manqué, l’ossature délicate d’une jeune fille faussement innocente et cet œil qui frise et accompagne le dessin gourmand d’une bouche aimante. De quoi illuminer nos fins de journées, qu'elle consacre à repasser les plats à quelque vedette venue vendre sa soupe.

Et peu importe l’invité puisque ce n’est pas lui qu’on écoute. D’abord, parce qu’on l’a déjà vu 20 fois dans d’autres émission, et ensuite parce que le concept et la présence de la présentatrice cannibalisent tout. Et ce seul malentendu est un spectacle en soi qui s’ouvre en rideau sur le visage radieux d’Alessandra dont on attend avec agacement et jubilation sa signature désormais célèbre, ce rire de gorge, cette cascade euphorique, à la fois virgule, jingle et signe d’impatience qui ponctueront trois heures pour rien.

Chroniqueurs barbus ironiques

Des chroniqueurs majoritairement barbus (me demandez pas pourquoi), sages comme des garçonnets avec leur jolie maîtresse, attendent que celle-ci leur accorde la parole. D’abord, le petit journaliste chargé des nouvelles du jour. Tout de noir vêtu et de gel coiffé, on jurerait que ce préposé aux catastrophes se prête à un pastiche des vrais journaux télé.

La méprise  tient sans doute à cette bonne humeur exigée des producteurs qui, collant aux diktats de leur petit monde clos, ont érigé le rire jaune, la vanne foireuse, le flou entre le premier et second degré, et la répartie attendue, en art. Et, à l’instar d’une bourgeoise proustienne, Alessandra d’accompagner d’un rire sans objet apparent le petit poulain jusqu’au terme de son « journal ».

Suit l’intronisation du premier invité. Son actualité, sa vie, son œuvre obligeront la cohorte de chroniqueurs à un silence poli, parfois entrecoupé d’une autre vanne merdique, ou d’un commentaire docte de Joseph Macé-Scaron (NDLR qui ne fait désormais plus partie de l'équipe de l'émission), premier de la classe et remplaçant de Nicolas Poincaré qui avait toujours l’air d’avoir avalé de travers.

Le branchouille Joseph Macé-Scaron

Macé-Scaron, tatouage ethnique, polo Fred Perry  brosse GI’s et béatitude du ravi de la crèche, est cet éternel trentenaire semblant sorti de la téléréalité ou d’un sauna pour hommes alors même qu’il est un pilier des émissions sinistres qu’il cumule pour apporter son « regard » sur l’éphémère. Macé, c’est la version fun d’Alain Duhamel, la caution branchouille du conservatisme pondéré à la sauce Raymond Aron, Tocqueville ou François Bayrou.

Mais un autre petit chroniqueur (lui aussi barbu) trépigne depuis le début du show, auquel il n’a toujours pas apporté sa petite touche. Il a la fébrilité du jeune cynique qui attend son heure tandis que l’invité du jour continue de se raconter ; lequel est interrompu par Alessandra qui daigne poser une question à la dame reléguée aux fourneaux et répond dans l’indifférence générale sur la cuisson du brouet.

Eclat de rire d’Alessandra et retour à l’invité qui reprend son monologue qu’on feindra d’écouter ; et c’est au tour d’un autre barbu, le comique de service qui a bricolé son pauvre sketch à la va vite pour tailler un costard à Galliano. Hier, l’intouchable génie des hardes hors de prix était un demi-dieu. Aujourd’hui, il n’est plus qu’un vendeur déchu de sapes importables, ivrogne antisémite, Kadhafi de la mode mis au ban de la communauté internationale. Alessandra glousse jaune et repart d’un rire rauque. Et pour cause, ce soir, le plat du jour, c’est la canette.

Florent Pagny qui débarque...

Encore un gros barbu pour la chronique télé. Rien à dire... Enfin, l’invité principal se pointe sous les traits de Florent Pagny. On évoque l’Argentine et ses implants capillaires au rire crescendo de la maîtresse.  Pour l’apéro, c’est au tour du petit barbu teigneux qui ronge son frein depuis plus d’une demi-heure. Dans un jargon incompréhensible, un mélange de sabir internet et d’onomatopées ados, le vieux jeune dégorge ses « informations » « people ».

Puis, Florent revient à Pagny, à ses disques, son concert, ses vaches. Et on passe à table pour « manger » (chez les gens de médias, ploucs montés en grade, on ne dit pas « diner » ou « souper » mais « manger »).

... et Céline qui casse l'ambiance

L’euphorie et l’impatience de maîtresse A. montent dans les aigus. Ca barde dans l’oreillette. Son débit s’accélère, ses interventions saccadent le rythme. Le rire se métamorphose en grognement et la sémantique se réduit à un « J’adooooore ! » qui vaut tous les grands discours. Alessandra et ses barbus entourent Florent, calme, décontracté, franc. Un peu trop, pour une émission placée sous le signe de la bonne humeur.

« Bien vivre, c’est bien préparer sa mort » lâche le philosophe pépère au moment où chacun s’apprêtait à goûter la canette. Les fourchettes restent en suspend, les bouches aussi. Un ange passe. Et Alessandra reprend la main et la parole pour un duplex avec François Bunel, le précieux aux cheveux longs et chemise BHL annonçant la composition du salon littéraire où nous sommes conviés ce soir en compagnie de Philippe Sollers, Fabrice Lucchini. Le thème ? Céline. On attend, comme convenu, qu’un barbu espiègle ose demander : « Céline Dion ? ». Mais non. Rien.  Pas un clin d’œil, nulle boutade nulle, pas de répartie grotesque. Et pourtant, Céline, c’est autre chose que Galliano…

 

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