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Vers un nouveau krach pétrolier ?

Les fluctuations nerveuses des valeurs pétrolières ces derniers temps poussent de nombreux observateurs à envisager le pire. Pourtant, si on y regarde plus près, la situation est certes délicate mais demaure loin d'être catastrophique.

Alain Pitous

Alain Pitous

Alain Pitous, Directeur Général Adjoint Associé de Talence Gestion (@alainpitous).

Talence Gestion est une société de gestion de portefeuille indépendante spécialisée dans la gestion sous mandat pour les particuliers et la gestion de fonds commun de placement en actions.

Précédemment, il a été pendant 5 ans (2009-2014) Deputy CIO d’Amundi (850 Milliards d’Euro sous gestion) et gérant du fonds Amundi Patrimoine de 2012 à juillet 2014.

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Depuis quelques jours les pressions s’intensifient sur le pétrole : les cours ont oscillés, de janvier à mars, entre 52 et 54$ sur le WTI et ont soudainement reflué près de 48$ vendredi dans la soirée. Plusieurs séances à -2% à -4% rappellent les jours difficiles connus il y a un peu plus d’un an. Les pessimistes évoquent à la moindre baisse l’arrivée imminente d’un krach. Nous n’en sommes pas là mais quelques éléments méritent d’être analysés attentivement. 

Il faut toujours un  déclencheur pour générer un recul de 10% sur un marché quel qu’il soit. Dans le cas du WTI la semaine dernière le détonateur a été la publication des stocks de pétrole américains : ils ont progressé, pour la 9ème   semaine consécutive, et ont atteint des niveaux records ! 

Les opérateurs n’avaient pas trop pris en compte la progression des stocks ces derniers temps. En effet l’idée générale sur le marché du pétrole était que l’accord de l’OPEP conclu en décembre allait permettre une belle hausse des cours de l’or noir. L’argument était simple : tous les membres de l’OPEP avaient signé l’accord de réduction de production…donc plus de problème, les cours devaient partir à la hausse. D’ailleurs sur les marchés à terme, jamais autant de positions "acheteuses" n’avaient été enregistrées. Les spéculateurs attirés par un gain rapide et facile étaient là…

Et puis, les grains de sable ont commencé à s’accumuler : les stocks en hausse chaque semaine on l’a vu, des chiffres de production en Russie et surtout l’explosion de la production américaine. 

La production Russe annoncée début mars a effectivement sérieusement douché les plus optimistes : aucun ralentissement n’était réellement perceptible. Beaucoup ont revécu des dizaines d’accords précédents que finalement peu de producteurs ne respectent…les Russes en premier. Mauvais présage. 

Le point clé finalement, une fois de plus réside dans la production de gaz de schiste américain : le rebond des prix du pétrole sur les 9 derniers mois de 2016, a permis aux producteurs américains de repartir à fonds dans l’exploitation de pétrole et de largement compenser la baisse, légère, de la production des membres de l’OPEP. 

Les producteurs américains ont aussi pris la mesure de l’attitude de leur nouveau président…DonaldTrump est effectivement totalement décomplexé vis-à-vis de la production de pétrole de schiste : l’écologie et la préservation de la planète passent au second plan. 

Le résultat de tout cela est que la production est largement supérieure à la demande. La baisse des prix est somme toute logique et d’autant plus forte que le consensus a été pris à contre-pied. 

Nous pensons qu’il faut se méfier des consolidations sur le pétrole : cela peut facilement dégénérer et peut avoir des conséquences sur l’ensemble des autres actifs. 

Cette consolidation a déjà de lourds effets sur les valeurs parapétrolières (CGG) ou valeurs liées au pétrole (Vallourec). Visiblement certains opérateurs sont méfiants. 

Nous regardons aussi comment les anticipations pourraient évoluer. En effet le consensus est que l’inflation va repartir, à cause de la hausse du pétrole au départ et  que les banques centrales, américaine en tête,  vont remonter leur taux courts. Par ricochet, les taux longs doivent logiquement monter. Surtout, grâce au rebond général des matières premières, les pays émergents doivent voir leur économie repartir. 

Inutile de dire que si le pétrole venait à repartir franchement à la baisse le contre-pied pourrait être assez violent, en particulier sur les marchés émergents qui ont déjà anticipé un retour rapide de la croissance. 

Les officiels de l’OPEP sont persuadés que les stocks américains ne reflètent que partiellement l’excès d’offre : pour eux les réductions de production des membres de l’OPEP sont sous-évalués. 

Un krach sur le pétrole n’est donc probablement pas à l’ordre du jour, mais étant donné l’excès de confiance de la spéculation un retour de bâton n’est pas impossible. Les effets de bord sur les marchés actions des pays émergents pourraient sérieusement casser l’ambiance haussière actuelle.  

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