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Le président français Emmanuel Macron rencontre le président philippin Ferdinand Marcos Jr lors du sommet de la Coopération économique Asie-Pacifique (APEC) à Bangkok le 18 novembre 2022.
Le président français Emmanuel Macron rencontre le président philippin Ferdinand Marcos Jr lors du sommet de la Coopération économique Asie-Pacifique (APEC) à Bangkok le 18 novembre 2022.
©Ludovic MARIN / POOL / AFP

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Sommet de l’APEC : voilà pourquoi la France a plus de poids qu’on ne le croit en Asie Pacifique

Les dirigeants des pays membres de la Coopération économique Asie-Pacifique (APEC) sont réunis à Bangkok. Emmanuel Macron est le premier chef d'État européen invité à ce sommet.

Michael Lambert

Michael Lambert

Michael Eric Lambert est analyste renseignement pour l’agence Pinkerton à Dublin et titulaire d’un doctorat en Histoire des relations internationales à Sorbonne Université en partenariat avec l’INSEAD.

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Atlantico : Les dirigeants des pays membres de la Coopération économique Asie-Pacifique (APEC) se réunissent à Bangkok jeudi et vendredi. Emmanuel Macron est le premier chef d'État européen invité. Quels sont les enjeux de ce sommet ?

Michael Lambert : Depuis sa création, les enjeux de l'APEC sont assez similaires, avec un souhait de rapprochement économique entre l'Asie-Pacifique. Bien qu'initialement destinée à réduire les droits de douane et à augmenter les exportations vers les États-Unis, cette organisation est devenue politique, avec des thèmes fondamentaux tels que la réduction de la dépendance des États-Unis à l'égard de l'économie chinoise, le contrôle de l'hégémonie chinoise en Asie, et bien sûr le renforcement de certaines capacités nationales pour éviter que les États-Unis et le Canada ne soient totalement dépendants de la région asiatique. Naturellement, la question de l'environnement a acquis une importance croissante.

La présence de la France peut sembler inhabituelle, mais elle est justifiée par la Polynésie française. Qui plus est, Paris dispose de capacités nucléaires, qui lui permettent de s'imposer avec légitimité face aux États-Unis, à la Russie et à la Chine. 

Pour la France, cette invitation est l'occasion de montrer qu'elle est toujours une grande puissance internationale et qu'elle ne se limite pas à l'Europe et à l'Afrique.

Est-ce l'occasion d'affirmer une stratégie claire dans la zone indo-pacifique ? Quels sont les intérêts de la France dans la région ?

Depuis le départ du Royaume-Uni de cette partie du monde avec la rétrocession de Hong Kong en 1997 et du Portugal avec la rétrocession de Macao en 1999, les Européens sont absents de cette zone sujette à de fortes tensions, et plus particulièrement à l'affrontement entre la Corée du Nord et la Corée du Sud, entre Taïwan (soutenu par les Etats-Unis) et la Chine, ou encore le Japon et la Chine avec les iles Senkaku.


La France est une puissance nucléaire et présente avec la Polynésie française, et elle tient à le rappeler avec sa participation. Par ailleurs, Paris garde un goût amer de l'accord AUKUS (acronyme de l'anglais Australia, United Kingdom and United States) qui a remis en cause la vente de sous-marins français à l'Australie au profit des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne. Alors que l'Australie, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne coopèrent déjà dans plusieurs domaines, dont le renseignement (Five Eyes), la France apparaît comme un médiateur entre eux et le groupe sino-russe.  

La France reste-t-elle une grande puissance dans la région Asie-Pacifique ? Quels sont les facteurs de la puissance française dans la région ?

Pour commencer, la France est le seul État de l'Union européenne à avoir une présence active dans le Pacifique, avec une communauté française forte de 600 000 personnes. De plus, elle dispose d'un vaste territoire maritime, d'une flotte d'excellence et d'une force de frappe nucléaire basée sur ses sous-marins nucléaires et une technologie distincte de celle des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne. 

Paris jouit également d'une notoriété culturelle indéniable et, par conséquent, d'un soft power et d'un prestige historique. En somme, elle s'impose comme un médiateur dans une région en tension et en pleine mutation. 

Les déboires liés aux contrats de sous-marins australiens ont-ils ébranlé cette puissance française ?

Il est bien sûr décevant de constater que les membres de l'OTAN (États-Unis et Royaume-Uni) ont négocié en parallèle et en secret avec l'Australie.
De plus, la France serait en mesure de fournir des sous-marins à propulsion nucléaire d'excellence. Il s'agit donc d'un manque à gagner tant pour l'Australie que pour la France, et de sommes qui auraient pu être réinvesti pour améliorer l'industrie militaire française. C'est également une source de tension inutile au sein de l'OTAN et qui illustre les fractures au sein de l'Alliance.

Plus qu'avoir ébranlé la France, elle a surtout ébranlé l'image de l'unité occidentale et de l'OTAN, qui apparaît ainsi moins unie aux yeux des membres dans la zone Pacifique. 

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