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Une mise en orbite des codes colorés du Bauhaus par Alain Silberstein (Ressence)…
Une mise en orbite des codes colorés du Bauhaus par Alain Silberstein (Ressence)…
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Atlantic-Tac

Quand la date perfore le cadran et quand la tulipe pointe ses pétales : c’est l’actualité des montres

Mais aussi une montre urbaine pleine d’urbanité, un certificat de bonnes mœurs horlogères, une californienne dont le cœur bat très fort, un empereur japonais à l’honneur et une « plongeuse » qui aime trop les eaux suisses…

Grégory Pons

Grégory Pons

Journaliste, éditeur français de Business Montres et Joaillerie, « médiafacture d’informations horlogères depuis 2004 » (site d’informations basé à Genève : 0 % publicité-100 % liberté), spécialiste du marketing horloger et de l’analyse des marchés de la montre.

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OCHS & JUNIOR : Plus sobre, tu meurs…

Et si l’avenir des montres suisses était dans la créativité de ses ateliers indépendants plus que dans la puissance de ses grandes marques surplombantes ? Notamment sur les marchés européens traditionnels d’un Swiss Made que les amateurs n’ont plus les moyens de s’offrir aux prix consentis par les élites prédatrices des kleptocraties émergentes. On voit donc apparaître une nouvelle génération d’horlogers « artisanaux », capables de nous enchanter sans nous saigner à blanc. La nouvelle collection Mese 1,22 de l’équipe Ochs und Junior (emmenée par le génial et obstiné Ludwig Oechslin) témoigne de cette volonté d’aller à l’essentiel, tant dans l’esthétique que dans la mécanique. Pour l’esthétique, c’est la logique graphique du Bauhaus : simplicité formelle et couleurs primaires – on gomme le superflu pour ne conserver qu’un boîtier en titane (c’est plus léger) de 39 mm et qu’un cadran réduit à ses fonctions élémentaires (heures, minutes, secondes par aiguilles, calendrier par disque)  ! Pour la mécanique, c’est l’esprit Oechslin : en faire le moins possible, c’est-à-dire n’ajouter que deux composants (deux !) au mouvement de base pour créer un affichage circulaire original de la date du mois, qui est indiquée jour après jour par un point rouge dans une des 31 perforations disposées en anneau à l’intérieur du cadran [la montre tient compte des mois inégaux, sauf à la fin février]. De même que les index des minutes sont complétés par ces perforations qui précisent la minute exacte, les secondes sont affichées tout aussi précisément par les perforations et les espaces entre ces perforations. Le temps d’apprentissage de la montre ne dépasse pas quelques… minutes ! Difficile de faire plus simple, difficile de trouver plus intuitif et difficile de dénicher une montre plus authentiquement suisse de cette qualité [tout est réalisé sur place dans la watch valley des montagnes neuchâteloises] pour les 3 500 euros proposés par Ochs und Junior. Comme quoi le superlatif horloger peut rester abordable : un bon conseil, ne traînez pas pour vous faire plaisir (commandes en lignes sur le site de la marque)…

PIAGET : La pointe rouge de l’urbanité…

La collection Polo est sans doute une des plus mal aimées de l’univers du « sport chic » : les uns la trouvent trop décalée par rapport à telle icône quand les autres lui reprochent d’être trop proche de telle autre icône. Pour paraphraser Racine (Britannicus), cette montre urbaine ne mérite « ni cet excès d’honneur, ni cette indignité », mais elle témoigne d’une certaine urbanité dans son allure, avec un joli contraste entre l’acier satiné d’un boîtier gentiment galbé (42 mm) et le noir texturé du cadran. Les aiguilles sont fines sans mièvrerie et la pointe d’impertinence s’impose avec une aiguille des secondes à pointe rouge qui se termine, à l’autre bout, par le « P » de Piaget. Pour le côté sportif tout-terrain, les index et les aiguilles assurent une honnête luminescence dans la pénombre et le bracelet en caoutchouc supportera tous les climats [un joli bracelet à maillons métalliques ne choquerait personne], avec une étanchéité garantie autour des 100 mètres Manufacture Piaget oblige, le mouvement est automatique, dans le respect de la bienfacture genevoise traditionnelle. Et le meilleur pour la fin : la facture ne dépassera pas les 12 000 euros, ce qui est particulièrement attractif pour une montre Swiss Made de cette qualité. Rappelons aux contempteurs de la Polo que l’understatement était précisément la vocation d’un sport chic aujourd’hui dévoyé par les fétiches iconiques d’une spéculation frénétique…

CZAPEK : Mixité arabo-latine…

Personne n’est vraiment d’accord sur l’origine de ce nom, mais les horlogers ont pris l’habitude de baptiser « California » les cadrans dont les chiffres romains se marient aux chiffres arabes pour marquer les heures. Voici donc, chez Czapek (maison indépendante suisse), un chronographe « Faubourg de Cracovie » [ce nom rend hommage au fondateur éponyme de la marque, un gentleman tchèque, co-fondateur par ailleurs de Patek Philippe, qui avait créé sa propre marque en 1845], montre rebaptisée « California blue » du fait de son cadran. Rien que ce très classique dans ce chronographe deux-compteurs (« bicompax » pour les initiés) de 41,5 mm dont le mouvement est très soigné en même temps que très performant (précision et fiabilité, avec 65 heures de réserve et un battement à 36 000 alternances par heure, soit à peu près dix fois plus vite qu’un cœur humain). On ne saurait reprocher à cette « californienne » de grande classe que son prix (compter un peu plus de 28 000 euros, avec une série limitée à 18 exemplaires) : un tarif beaucoup plus « moderne » que les codes vintage de la montre, mais c’est le prix de l’exclusivité pour une marque alternative dont on commence à beaucoup parler chez les collectionneurs…

DOXA : Grandes profondeurs…

Chez les collectionneurs de montres militaires, les Doxa Sub 300T des plongeurs de l’Armée suisse sont devenues une sorte de mythe : il n’y a guère eu plus de 150 montres mises en service entre 1968 et 1975, toutes porteuses des mêmes numéros que les équipements de plongée professionnelle des plongeurs, qui les ont toutes à peu près gardées à titre personnel – très peu de ces montres sont donc revenues sur le marché. La maison indépendante Doxa vient d’avoir la bonne idée de les rééditer à peu près à l’identique : la nouvelle Doxa Army reste ainsi fidèle au design d’origine, avec des performances techniques supérieures et un boîtier en céramique mate de 42,5 mm qui rappelle les boîtiers militaires qui avaient la faveur de ces plongeurs [ces premières Doxa avaient une boîtier en acier noirci anti-reflets des plus innovants pour l’époque]. L’esthétique de la Doxa Army reste très originale, surtout pour une montre à vocation militaire : les montres sont livrées avec deux bracelets (caoutchouc noir et type Nato camouflé), dans un écrin qui reprend le motif de camouflage de l’armée suisse des années 1970. Comme cette série de montres automatiques Swiss Made a été limitée à une centaine d’exemplaires, qui ne seront commercialisés que dans les points de vente Watches of Switzerland (partenaire de l’opération) et sur le site en ligne de Doxa, mieux vaut ne pas traîner pour un investissement dans l’histoire qui ne dépassera pas les 4 200 euros…

RESSENCE : Une tulipe en orbite…

Quelle heure peut-il bien être sur cette montre à affichage « satellitaire », qui voit le cadran tourner sur lui-même tout au long de la journée, alors que les indications des heures, des minutes et des secondes, ainsi que celle de la réserve de marche, demeurent dans le sens logique de la lecture, même si elles sont en orbite à l’intérieur même du cadran ? Avant de répondre à cette question, une remarque : on retrouve sur ce cadran de la nouvelle montre Ressence Type 1 Rev Grail Watch (série limitée à 36 exemplaires) les conventions graphiques du Bauhaus repérés plus haut sur la montre d’Ochs und Junior, mais on aura surtout reconnu chez Ressence les mêmes codes du Bauhaus chers au designer français Alain Silberstein, qui a su les adapter au cadran de cette Ressence [jeune marque indépendante belge de haute horlogerie]. Réponse à la question posée : il est 10:10 ou 22:10 selon les cas – le pétale supérieur de la tulipe dans le cercle rouge indique les heures [certains pensent que c’est une rose, mais nous en tenons pour la tulipe], alors que la grande aiguille bleue affiche les minutes selon le code horloger traditionnel ; la petite aiguille jaune scande les minutes, alors qu’une tête de mort pastichée d’après les « vanités » du XVIIe siècle précise la réserve de marche de cette montre. Au poignet, cette Type 1 de 41,5 mm restylée par Alain Silberstein est absolument fascinante à porter, voire presque hypnotique par la justesse de ses proportions et l’harmonie visuelle de ses indications : il vous faudra dans les 23 000 euros pour la commander en ligne chez Grail Watch, mais vous risquez fort de ne plus en trouver d’ici à la mise en ligne de cet article – par les temps qui courent, les séries limitées se vendent plus vite que leur ombre et elles se revendent plus cher dans les minutes qui suivent leur entrée sur le marché…

BON À SAVOIR : En vrac, en bref et en toute liberté…

•••• ALAIN SILBERSTEIN : on parlait à l’instant du meilleur designer horloger français Alain Silberstein. La bonne nouvelle de la semaine, c’est qu’il relance une marque à son nom, dans la lignée de celle qu’il avait développée en 1987 et arrêtée voici quelques années. Au programme : design, originalité horlogère et bonne humeur sans se prendre au sérieux – c’est déjà beaucoup ! •••• CHRISTOPHE CLARET : même quand ils sont maîtres-horlogers, et même quand ils sont établis en Suisse, les Français restent fondamentalement axés autour d’une conception « historique » de la vie. D’où la sensibilité d’un Christophe Claret aux grandes épopées historiques [lui-même restaure d’ailleurs des châteaux historiques] : nous vous avions récemment signalé ses montres consacrées à la légende napoléonienne et aux déserts proche-orientaux. Le voici à présent du côté de ce grand mythe nippon qu’est Jinmu Tennō, le tout premier empereur (la légende commence en 660 avant notre ère) de la dynastie japonaise dont descend encore l’actuel empereur Naruhito. Premier de ces 128 empereurs, Jinmu Tennō (« tennō » signifie « empereur céleste ») descendait lui-même de la déesse du Soleil Ameterasu : la montre que lui consacre Christophe Claret est une mécanique à répétition minutes qui peut sonner les heures et les minutes pour indiquer l’heure : pendant la sonnerie, un ingénieux dispositif d’automates anime les guerriers qui décorent le cadran de la montre… •••• ORIGYN : la principale crainte des amateurs de montres vintage est de se faire refiler une contrefaçon ou une fausse montre de marque. Les faussaires sont aujourd’hui d’une habileté diabolique, mais il existe des technologies biométriques avancées qui peuvent garantir aux acheteurs que leur montre est bien authentique, tout en traçant son histoire depuis sa fabrication. La Fondation Origyn, qui a mis au point un dispositif de certification unique au monde pour établir et « tracer » la parfaite conformité de la montre avec le modèle original, vient de s’associer à Watchbox – première plateforme mondiale pour les montres de luxe sur le marché de la seconde main – pour apporter des garanties supplémentaires aux amateurs…

• LE QUOTIDIEN DES MONTRES

Toute l’actualité des marques, des montres et de ceux qui les font, c’est tous les jours dans Business Montres & Joaillerie, médiafacture d’informations horlogères depuis 2004...

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