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Maïtena Biraben, le FN et les deux minutes de la haine
©Reuters

Oh la vilaine !

Maïtena Biraben, le FN et les deux minutes de la haine

On passe à la télé pour son quart d'heure de gloire warholien, pas pour ses deux minutes de haine orwellienne.

Hugues Serraf

Hugues Serraf

Hugues Serraf est journaliste et écrivain. Son dernier roman : Deuxième mi-temps, Intervalles, 2019

 

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Si Facebook est une sorte de Big Brother, au sens d'un instrument de contrôle social et d'élimination du concept de vie privée, Twitter est un peu la traduction numérique des « deux minutes de la haine » imaginées par Orwell pour « 1984 ». Dans le roman, les citoyens d'Océania sont invités, une fois par jour, à conspuer vigoureusement un ennemi commun, histoire de stimuler le sentiment de cohésion populaire. Avec Twitter, les deux minutes sont devenues 140 caractères, mais c'est la même communion symbolique de la foule des gentils dans la détestation vociférante d'un méchant indubitable.

 

Dernière victime en date : Maïtena Biraben, la présentatrice du Grand Journal sur Canal +. Oh, qu'elle se soit exprimée, disons, maladroitement, ne fait aucun doute : le FN n'est pas plus « le premier parti de France » qu'il n'est « le seul à tenir un discours de vérité ». De là à en faire l'admiratrice médiatique number one des Le Pen père et fille, il y a un canyon qu'il fallait vraiment n'avoir personne d'autre à se mettre sous le clavier pour le franchir. On imagine, au moins aussi bien que son complice à l'heure du crime (l'avocat Dupont-Moretti, qui a d'ailleurs pris sa défense), que l'animatrice déplorait surtout l'incapacité de certains progressistes à se coltiner le réel lorsqu'il dérange, mais rien n'y fait.

 

Tiens, jusqu'au Monde qui, cherchant désormais ses sources sur les réseaux sociaux, transforme une maladresse en stratégie et y voit l'indice du glissement droitier d'une « chaîne pour bobos de gauche ». La principale intéressée, pour autant, n'a pas l'air particulièrement affectée par les crachats numériques : elle a sans doute assez de bouteille pour savoir qu'une tête de Turc remplaçante lui sera dénichée par les « twittos » la semaine prochaine (Onfray ? Non, c'est fait, c'était la semaine d'avant) et qu'elle pourra passer à autre chose. Une versatilité que n'avait pas envisagé Orwell, dont l'incarnation du méchant était plus stable – mais c'était de la littérature...

 

Y a d'la joie

 

Ça n'a rien à voir avec Maïtena Biraben et sa supposée sympathie pour le retour aux heures les plus sombres de notre histoire, mais l'Insee nous apprend que le moral des Français est en forte hausse. Si si. Il est même au plus haut depuis 2007, qui devait pourtant être une année sympa puisque c'était la dernière avant la méga crise de 2008. C'est intriguant parce qu'on a plutôt l'habitude d'entendre que nous sommes le peuple le plus dépressif du monde et qu'on ne voit pas bien les raisons qui justifierait ce retour de l'optimisme et de la bonne humeur, entre le chômage qui grimpe, la production industrielle qui recule et le soleil qui prend ses quartiers d'hiver.

 

D'après les économistes convoqués par l'AFP pour expliquer ce curieux phénomène, la promesse d'une baisse des impôts et l'essence pas chère mettraient nos compatriotes en joie, qui seraient de plus en plus nombreux à planifier un achat important (une Volkswagen diesel ?) et à considérer que leur niveau de vie est en voie d'amélioration.

 

Ni l'Insee ni les économistes ne le disent, mais une hypothèse à explorer est que nous soyons collectivement convaincus du potentiel des mesures initiées par Emmanuel Macron, dont la popularité semble viser les mêmes sommets que notre euphorie statistique. Hey, même Varoufakis s'en est aperçu, qui assure être en harmonie avec 80% des idées de notre ministre de l’Économie, regrettant même qu'il ne puisse pas reproduire le programme de réformes allemandes d'il y a dix ans. A quoi ça tient, le bonheur...

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