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La France est-elle en train de devenir une grande Corrèze ?
La France est-elle en train de devenir une grande Corrèze ?
©Flickr / Pil

Revue d'analyses (financières)

La France est-elle en train de devenir une grande Corrèze ?

Dans l'œil des marchés : Jean-Jacques Netter, vice-président de l'Institut des Libertés, dresse, chaque mardi, un panorama de ce qu'écrivent les analystes financiers et politiques les plus en vue du marché.

Jean-Jacques Netter

Jean-Jacques Netter

Jean Jacques Netter est vice-président de l’Institut des Libertés, un think tank fondé avec Charles Gave en janvier 2012.

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En France, il est politiquement correct de faire des commentaires plutôt positifs sur l’issue des négociations sur la flexibilité/sécurité et la compétitivité. Il existait un risque que le sujet principal qui devait être celui de la flexibilité que l’on doit apporter aux entreprises, se transforme en négociations sur la sécurisation pour ceux qui ont déjà un travail. Il semble sous réserve des textes définitifs que il soit désormais possible de pratiquer un début de flexibilité pour les CDI avec des accords majoritaires négociés dans une entreprise pour utiliser le chômage partiel et ajuster les salaires pendant une période difficile. Toutefois, pas un mot n’a été dit sur la formation des chômeurs alors que les 30Md€ qui sont dépensés annuellement dans la formation professionnelle forment tout sauf les chômeurs ! Pas un mot n’a été dit sur le fait que l’industrie française a acheté 3000 robots l’année dernière contre 19 000 en Allemagne. D’ailleurs les industriels français interrogés par l’Insee anticipent une baisse de leurs investissements de 2% en 2013 contre une hausse de 1% en 2012. Patrick Artus de Natixis pense même que la baisse pourrait atteindre de 5 à 7% !

On ne peut pas continuer à faire des transferts sociaux sur des recettes qui n’existent pas. Pour Christian Saint Etienne, professeur d’économie au CNAM, dans son dernier livre « France état d’urgence. Une stratégie pour demain », la France est au bord du dépôt de bilan économique et moral, car elle a renoncé à se battre puisqu’elle n’est responsable de rien. Tout est de la faute des autres : la globalisation, l’Allemagne, l’euro, l’immigration. On s’accommode du déclin dit il pourvu qu’il soit lent et confortable. Nous sommes au bout de ce projet faramineux : faire de la France une grande Corrèze fascinée par la littérature du XIXème siècle, les foires aux bestiaux et les arts premiers ». Nous avons une énorme sphère publique, dirigée par 1000 personnes, ancrée dans des systèmes hiérarchiques et pyramidaux,  en décalage complet avec l’économie entrepreneuriale. Michel Godet, économiste également professeur au CNAM dans « La France des bonnes nouvelles » explique de son côté que le vrai choc fiscal serait de remettre la France au travail en arrêtant d’assister les gens en permanence et en les accompagnant plutôt dans une dynamique de projet.

Les marchés sont au plus haut

Les marchés mondiaux mesurés par le FTSE All World index sont au plus haut depuis 19 mois. Le mouvement touche aussi les petites capitalisations américaines puisque l’indice Russell 2000 est au plus haut depuis 5 ans. Quant au Japon, l’indice Nikkei 225 est de son côté au plus haut depuis 23 mois. L’or est au plus bas depuis 4 mois…Le dollar et le yen cèdent du terrain, ce qui montre que la guerre des changes va être dure tout au long de l’année. 

On peut comprendre cette évolution quand on parle avec les stratégistes des grandes maisons qui écrivent aussi beaucoup, on en retire pour 2013 le sentiment suivant :

La croissance mondiale s’est  sensiblement essoufflée en 2012, mais elle a résisté aux nombreux chocs qui sont intervenus pendant toute l’année.  Les banques centrales ont apporté leur soutien en matière de liquidités, tout en assouplissant la mise en place de Bale III. Cela a permis de désarmorcer pour le moment les risques systémiques qui pesaient sur l’économie mondiale. Les conditions financières pour les pays du sud de la zone euro se sont stabilisées, y compris et surtout en Grèce, permettant même le retour sur le marché de l’Irlande sur des durées plus longues et bientôt du Portugal. D’indéniables progrès ont été accomplis sur les plans institutionnel et financier ainsi que dans l’ajustement des déséquilibres. Comme le dit Klaus Schwab le fondateur du Forum Economique de Davos, l’Europe fait deux pas en avant, un pas en arrière. Au final elle avance.

L’ activité devrait se consolider au fur et à mesure de l’ année 2013, grâce à la croissance dans les pays émergents, qui va se poursuivre, notamment en Chine. Une fois de plus ils tireront la croissance mondiale. Les  moteurs du raffermissement seront : la croissance des revenus des ménages, une politique monétaire plus accommodante grâce au repli de l’inflation et une reprise graduelle du commerce extérieur.

Il y aura cependant des différences marquées entre pays notamment  en Inde, au  Brésil et en Russie qui ont des fragilités structurelles. En revanche  la Turquie et le Mexique vont continuer à bien se porter.  

Ces perspectives incitent Charles Gave de GaveKal à Hong Kong, pour se protéger contre les risques de tous ordres à se constituer un portefeuille volatile. De nombreuses classes d’actifs considérées traditionnellement comme défensives comme les obligations ne le sont plus. Andrew Garwaithe le stratégiste du Crédit Suisse a indiqué à ses clients que l’examen de ses indicateurs tactiques l’incitait à prévoir une phase de consolidation

Les Etats Unis et l’Europe offrent encore des opportunités

Aux Etats-Unis, la croissance économique aux devrait être similaire à celle des trois dernières années. Tobias Levkovic de Citigroup a un objectif de 1615 pour l’indice S&P 500 à la fin de l’année. Michael Harnett de BOA Merrill Lynch pense que les investisseurs privée et institutionnels ont capitulé cette semaine en apportant 8,9Md$ aux fonds actions cette semaine. C’est selon lui un chiffre historique.

Jean Edwin Rhea  de Barclays  un des meilleurs spécialistes du marché américain qui couvre les investisseurs institutionnels français vient d’envoyer à ses clients la liste des secteurs qu’il recommande pour 2013. En numéro 1 les gaz de schistes (CF Industries, LyondellBasell, Halliburton, Valero Energy), ensuite l’électricité ( Eaton Cooper, General Electric), l’immobilier résidentiel (Lennar, Sherwin Williams, Home Depot), l’immobilier commercial (Citigroup, M&T Bank), le « cloud » (EMC Corp, Teradata) et bien sûr le « dotcom2.1 » (eBay, Priceline, Google, Facebook).

En Europe, la zone euro connaitra au mieux une croissance zéro. Ce ne sont pas les perspectives de croissance des bénéfices des sociétés qui sont attractives. C’est le niveau de valorisation des actions par rapport aux autres classes d’actif qui rend les actions européennes intéressantes. Sharmin Mossavar-Rahmani le « Chief Investment Officer » de Goldman Sachs Private Wealth s’attend à une hausse des valeurs européennes de 10% en 2013 et de 14% par an sur les cinq prochaines années.

En Chine, le nombre de maisons qui s’attendent à une hausse du marché chinois s’allonge. Après Helen Zhu de Goldman Sachs qui a prévu une hausse de 8% pour 2013, c’est Graham Secker de  Morgan Stanley qui a rejoint le camp des optimistes sans se fixer d’objectif.

Les obligations italiennes et espagnoles sont attractives

Les obligations des gouvernements italiens et espagnols sont de nouveau appréciées par les grands gérants. Edouard Carmignac, président de Carmignac Gestion, qui est le n°2 des gérants actions les plus appréciés par le site Citywire croit aux obligations des pays du sud. Il ne s’agit pas d’un nouvel enthousiasme sur la santé économique de ces pays mais d’une simple opportunité créée par la politique menée par Mario Draghi à la tête de la BCE.

Secteurs : Bâle III assoupli pour les banques

Les banques européennes ont profité de la dernière décision du Comité de Bâle sur la Supervision bancaire. Les règles du « Liquidity Coverage Ratio » qui aurait forcé certains établissements à faire moins de crédit à l’économie ont été assouplies. Cela a bien évidemment le plus profité aux banques qui étaient en retard notamment Société Générale (+ 12,2% dans la semaine), Unicredit (+ 9,9%), Lloyds Bank (+8,4%), Barclays (+8,3%), RBS (+8%), UBS (+7,7%). 

Dans le secteur des semences, on a entendu avec intérêt cette semaine les commentaires de  Mark Lynas  célèbre écologiste anglais: « Je regrette d’avoir passé plusieurs années à arracher des OGM. Je suis également désolé d’avoir aidé le mouvement anti-OGM à démarrer au milieu des années 90. On attend les commentaires de José Bové sur le sujet !

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