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"Le parti de Marine le Pen est devenu le premier opposant à la gauche."
©Reuters

Politico Scanner avec Délits d'Opinion

Européennes : le FN n'a jamais été dans une telle position de force (et il n'y est pas forcément pour grand-chose)

Les élections européennes approchent et le parti qui s'y prépare le plus sereinement n'est autre que le plus anti-européen de tous, le Front national. Explication d'un phénomène qui pourrait bien transformer la donne politique du pays.

Matthieu  Chaigne

Matthieu Chaigne

Matthieu Chaigne est co-fondateur du site Délits d'Opinion, site de référence de l'opinion publique et des sondages. Il a commencé sa carrière au  pôle politique de TNS SOFRES avant de travailler au sein du groupe Ogilvy à partir de 2008  en tant que planneur stratégique. En 2012 il a rejoint le cabinet de conseil en communication Taddeo, en charge notamment des études et du planning stratégique

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Marine Le Pen, dirigeante du premier parti de France ? C’est le résultat d’un sondage IFOP qui crédite Marine le Pen de 24% des voix. Comment expliquer que le FN, qui émargeait à 6,5% aux dernières élections européennes en 2009, soit en passe de s’imposer en tête du paysage politique ? Et l’UMP, premier parti sortant avec 28% des voix en 2009, peut-elle espérer un sursaut ?

A lire aussi notre article : L'analyse fine des résultats de Brignoles laisse augurer une poussée frontiste aux rendez-vous électoraux

Le FN : premier opposant à la gauche

Il y a d’abord le contexte national propice à la contestation forte... Alors que François Hollande plafonne dans les eaux basses de la popularité (à 2,7 sur une échelle de 1 à 10 selon l’indice Délits d’Opinion), Marine le Pen est devenue dans le même temps le premier opposant à la gauche. Ainsi, selon un sondage CSA, elle apparaît aux yeux des Français comme la première figure de l’opposition (36%), loin devant Jean-François Copé (23%) et Jean-Luc Mélenchon (17%). Alors que l’élection européenne sert historiquement d’exutoire face à la politique nationale, Marine Le Pen engrange des voix, jugée plus proche des Français et de leurs préoccupations.

Le parti anti-européen en phase avec la France du "non"

Marine Le Pen jouit par ailleurs d’un positionnement clair quand les autres partis louvoient dans les contours flous du « oui mais ». Le PS demande une réorientation de l’Europe et l’UMP une euro-exigence ? Pour le FN, c’est non à l’Europe. Une posture simple et totalement en phase avec le mouvement d’opinion. Dernier exemple en date, le sondage CSA selon lequel 52% des Français se prononcent « à l’avenir pour moins d’Europe ». A l’inverse, seuls 17% sont pour une intégration plus grande.

L’Europe est dénoncée, d’abord victime d’un manque de résultats : selon les données collectées par CSA, 49% des Français jugent que l’Europe a un impact négatif sur leur vie personnelle et 58% un impact plutôt négatif pour la France. Sur les mêmes items, respectivement 13% et 19% jugent que l’impact est plutôt positif. Dans la ligne de mire des Français, deux enjeux prioritaires : la lutte contre le chômage et le pouvoir d’achat. Deux sujets en déshérence dans l’Union Européenne.

A l’inverse, les atouts de l’Europe finissent par se retourner contre elle. Ainsi en est-il de la liberté de circulation des biens et des personnes, premier pilier positif de l’Europe aux yeux des Français. Un qualificatif à double face, atout pour le business et le tourisme, menace pour ces Français qui se vivent comme le peuple des assiégés face à une mondialisation qu’ils ne maitrisent plus.

Un parti qui mobilise

Enfin, le FN risque de faire un carton car il dispose d’électeurs mobilisés dans une élection minée par l’abstention. Aux dernières élections européennes, seuls 4 électeurs sur 10 s’étaient rendus aux urnes. Or, et c’est l’enseignement clé de Brignoles, les électeurs du FN se distinguent par leur détermination. Lors des 3 dernières élections, le score du parti d’extrême-droite est resté stable alors que dans le même temps l’abstention n’a cessé de croitre : 2 757 voix  en 2011 pour le FN, 2 734 en 2012  et 2 718 voix en 2013. Comme l’explique une enquête Délits d’Opinion, le FN mobilise quand le PS et l’UMP indiffèrent au mieux.

Quel espace pour l'UMP ?

Pris en étau entre l’européanisme convaincu d’une UDI/MODEM d’une part et le souverainisme du FN d’autre part, l’UMP souffre d’une promesse hybride et peu mobilisatrice. Une fenêtre de tir existe pourtant.

L’UMP, par son statut d’opposant, est libérée objectivement des contraintes rhétoriques auxquelles elle était jusque-là tenue en tant que parti de gouvernement. Or pour l’UMP, l’enjeu n’est pas tant de savoir si les Français sont pour ou contre l’Europe, mais si l’Europe peut-être au service de la France. La dichotomie suivante, qui peut paraître à d’aucuns simpliste, résume le trouble des Français : l’Europe est-elle du côté des peuples ou des marchés, de l’emploi ou de la finance, du contrôle des flux ou du laisser-faire ? Justement parce qu’elle est un parti de gouvernement, l’UMP peut prendre des mesures fortes, opter pour une politique de la chaise vide, exiger un nouveau référendum afin d’infléchir la politique européenne au service des Français. Une promesse totalement en phase avec la volonté de réappropriation de nos compatriotes.

Au final, la question qui se pose est simple : en mai prochain, les Français voudront-ils révolutionner le système de l’intérieur ou s’en exclure, refonder une maison européenne vacillante ou la raser ? Pour être crédibles, les tenants du réformisme vont devoir eux-aussi jouer le registre de la radicalisation, sous peine d’être inaudibles.

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