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L’élection présidentielle de 2004 aux États-Unis avait été marquée par l’émergence des blogs comme source alternative d’influence.
L’élection présidentielle de 2004 aux États-Unis avait été marquée par l’émergence des blogs comme source alternative d’influence.
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La minute "Tech"

Présidentielle : les six dimensions d’une campagne "réseautée"

Contacts, sensibilisation, influence, mobilisation, persuasion, engagement : ce sont les mots clés des stratégies électorales qui, aux États-Unis comme en France, passeront d'une façon ou d'une autre par les réseaux électroniques.

Nathalie Joannes

Nathalie Joannes

Nathalie Joannès, 45 ans, formatrice en Informatique Pédagogique à l’Education Nationale : création de sites et blogs sous différentes plates formes ;  recherche de ressources libres autour de l’éducation ;  formation auprès de public d’adultes sur des logiciels, sites ;  élaboration de projets pédagogiques. Passionnée par la veille, les réseaux sociaux, les usages du web.

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Le verbe québécois « réseauter » est particulièrement adapté aux approches visant à structurer, à développer et à entretenir des liens avec les électeurs. Réseau vient du latin retis (filet) qui est en résonnance avec l’anglicisme web (toile). Après tout une toile peut être regardée comme un filet aux mailles très serrées. Du moins pour les candidats qui savent où et comment tisser des lien

Diversification, densification, accélération

Un bref coup d’œil dans le rétroviseur donne une idée de la rapidité avec laquelle la communication politique s’est densifiée au fur et à mesure que les outils et les usages d’internet se diversifiaient.

L’élection présidentielle de 2004 aux États-Unis avait été marquée par l’émergence des blogs comme source alternative d’influence, à l’écart et parfois à l’encontre des éditoriaux de la presse traditionnelle. Trois ans plus tard, tandis que Ségolène Royal tentait de susciter une mouvance d’internautes, la France découvrait des contenus politiques inédits comme ceux que proposait alors l’universitaire Jean Véronis, expert des technologies du langage : comparaisons interactives entre les discours des candidats avec des nuages de mots et des…réseaux sémantiques dont les ramifications montraient les convergences et les singularités des propositions. Jean Véronis poursuit, de plus belle, ses observations critico-lexicales.

En 2008, de l’autre côté de l’Atlantique, les réseaux sociaux de type Facebook ont joué un rôle déterminant dans la stratégie de Barak Obama aussi bien pour la dissémination de ses messages que pour la collecte de fonds. C’était une démarche assez naturelle pour celui qui allait devenir le 44ème président des Etats-Unis car avant d’être élu sénateur de l’Illinois, il avait, en tant que travailleur social, organisé et animé des communautés d’habitants dans les quartiers sud de Chicago. La téléphonie mobile étant en vive progression notamment chez les jeunes, les animateurs de la campagne démocrate ont beaucoup exploité les SMS.

C’est lors de cette consultation que les vidéos ont commencé à jouer un rôle important dans un pays où les candidats s’affrontent à grands renforts de publicités agressives à la télévision. YouTube avait été créé trois ans auparavant et acheté par Google en 2006. La propagation virale de séquences humoristiques ou pamphlétaires a amplifié le pouvoir d’influence du web.

Un beau site ne suffit pas

En 2012, aux États-Unis comme en France, six orientations stratégiques sont disponibles avec des aménagements en fonction des usages en vigueur dans les deux pays. Par exemple, les Américains utilisent beaucoup plus les tablettes électroniques que les Français.

Première approche : le site web « traditionnel » est toujours de mise. C’est, comme pour le commerce en ligne, une vitrine. Une vitrine minable nuit à l’image du candidat. Un site accueillant, avec des contenus originaux et des zones de dialogue ne fait pas gagner une élection mais il « campe » un acteur politique et son équipe mille fois mieux que, naguère, les affiches électorales. Cependant, les zones de confrontations démocratiques se sont déplacées.

Deuxième approche : les SMS pour mobiliser les militants et les sympathisants selon la bonne vieille recette des flashs mobs (brèves manifestations sporadiquement « spontanées »). Un bémol : au-delà des cercles d’électeurs déjà plus ou moins acquis, l’interpellation massive sur les terminaux mobiles a ses limites. La pratique du spam sur les téléphones mobiles peut se retourner contre les candidats incontinents.

Du bon usage des réseaux sociaux

Troisième dimension : les réseaux sociaux. Ils sont réputés capables de dégeler l’abstentionnisme chez les jeunes électeurs. Facebook est incontournable comme complément interactif au site web, moins solennel, plus convivial. Si Facebook a eu une importance politique considérable dans le déroulement d’évènements historiques en Tunisie, ce n’est peut-être pas la plateforme idéale, en France, sur le plan électoral : trop « jeuniste » et souvent utilisé comme un espace familial.

La montée en puissance de Twitter dans des catégories décisives de la population – jeunes adultes citadins actifs et en quête d’influence – installe un paramètre délicat : c’est l’outil de propagation virale le plus fulgurant et c’est aussi le plus ravageur pour les utilisateurs politiques imprudents. Des carrières ministérielles sont d’ores et déjà compromises par une accumulation de gazouillis gaffeurs qui agissent sur leurs auteurs comme un « auto-enfarinage ». Car, bien que le temps réel fabrique de l’oubli, la mémoire du web est redoutablement tenace.

Une des exploitations les plus efficaces de Twitter est à mettre au crédit de l’équipe de Barak Obama, avec des tweets informatifs et persuasifs toujours bien ajustés au bon moment sur le bon évènement médiatique.

Bases de données et activisme

Quatrième dimension : les bases de données. Là encore, il semble bien que les formations politiques françaises soient à la traîne. Collecter - de manière licite - des indications sur les citoyens en ligne est la moindre des initiatives à l’approche d’une grande consultation. Encore faut-il disposer de spécialistes capables de transformer en informations utiles ce que les internautes disent d’eux-mêmes sur les réseaux sociaux. Détecter rationnellement les changements d’humeurs dans des déluges de tweets ou de commentaires. Convertir ces données brutes en outils d’aide à la décision tactique.

Cinquième dimension : l’activisme web. Depuis que Wikileaks a mis en ligne des documents militaires et diplomatiques, depuis que « The Guardian » a mobilisé ses lecteurs pour révéler les privilèges indus de certains parlementaires britanniques, la transparence est devenue une exigence électorale plus forte sur le web qu’ailleurs. Aucune dispositif de campagne ne peut raisonnablement se passer d’une équipe de nerds ou de geeks constamment sur le qui-vive : observer la concurrence, prévenir les agressions électroniques, construire des remparts argumentaires comme, simple exemple, des blogs de facts checking (vérification des faits) qui valident ou récusent certaines affirmations des candidats.

Il ne s’agit pas (forcément) de hacker la présence en ligne des concurrents les plus dangereux. Il s’agit de transposer sur les réseaux ce que les services d’ordre ont toujours fait dans les campagnes électorales, aux côté des colleurs d’affiches. Moins virulents que les Anonymous, les hacktivistes américains ont fait une entrée remarquée sur la scène politique américaine à l’occasion des primaires au sein du parti Républicain en intervenant de manière spectaculaire contre les prises de position de certains candidats.

L’ « applification » est pour 2017

Sixième approche : “l’applification”. Oui, c’est un néologisme. Il est dérivé du mot « applications ». Il signifie : concevoir des applications spécifiques au service des candidats et à l’intention des citoyens connectés. C’est encore un peu tôt en France compte tenu du peu d’intérêt pour les tablettes électroniques. Mais le parc de smartphones est, lui, très important et il est très étonnant qu’aucun candidat n’ait songé à faire réaliser pour le système d’exploitation iOS d’Apple ou pour son concurrent Android de Google des petits logiciels qui permettraient aux jeunes électeurs d’avoir avec eux des contacts personnalisés. Il a été dit, pour inaugurer l’année 2012, « année du code », que les programmeurs sont la nouvelle élite politique. Cette auto-promotion péremptoire s’appuie sur un slogan un peu facile : « Soit tu programmes, soit tu es programmé ». En France, l’ «applification» de la campagne électorale sera peut-être à l’ordre du jour en 2017.

Il va de soi que ces approches « réseautées » de la stratégie électorale n’enlèvent rien à la prépondérance du charisme lors des prestations audiovisuelles, à la chaleur des meetings et à la spontanéité des contacts sur les marchés. (Ceux où l’on vend de la nourriture, pas les marchés financiers). Et, bien entendu, à la qualité des programmes. Mais là, c’est vous qui voyez.

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