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Les politiques de relance, lorsqu'elles ne sont pas coordonnées entre les pays, sont responsables de la désindustrialisation, selon les travaux de deux économistes.
Les politiques de relance, lorsqu'elles ne sont pas coordonnées entre les pays, sont responsables de la désindustrialisation, selon les travaux de deux économistes.
©MARTIN BUREAU / AFP

Mesures économiques

Les politiques de relance accélèrent-elles la désindustrialisation ?

Selon les travaux de Carl Grekou et Thomas Grjebine, dans le cadre d’une publication pour le Centre d'études prospectives et d'informations internationales, les politiques de relance augmentent les importations et sont néfastes pour les exportations.

Les politiques de relance, lorsqu'elles ne sont pas coordonnées entre les pays, sont responsables de la désindustrialisation, selon les travaux de deux économistes, Carl Grekou et Thomas Grjebine, dans une étude pour le Centre d'études prospectives et d'informations internationales et d’après des informations du Point.

Ils ont notamment retracé les différentes phases de politiques économiques appliquées et déployées en Allemagne, en Italie, en Espagne et en France. Dans les années 2000, l'Allemagne avait entamé une politique de compression de sa demande intérieure par de l'austérité salariale. Elle avait alors accumulé des excédents commerciaux records. Dans le même temps, la France, l'Italie et l'Espagne ont relancé leur économie et ont enregistré des déficits commerciaux de plus en plus importants.

Selon les deux économistes, « les écarts d'évolution des demandes internes expliquent, sur la période 1999-2007, 82 % en Espagne, 61 % en France, et près de 45 % en Italie des dégradations relatives des soldes commerciaux vis-à-vis de l'Allemagne ».

Mais à la fin des années 2000, après la crise financière de 2008, l'Espagne et l'Italie ont changé de cap et ont décidé de mettre en place des politiques d'austérité, plus sévères qu'en Allemagne et en France. Au début des années 2010, non seulement les soldes commerciaux espagnol et italien sont devenus excédentaires, par la réduction des importations, mais surtout les performances à l'exportation se sont améliorées par la suite vis-à-vis de l'Allemagne.

Les politiques d'austérité ou de relance, en comprimant la demande ou en l'augmentant, n'influencent pas uniquement l'évolution des importations. Elles impactent également les exportations.

Avec la compression de la demande, les politiques de rigueur font pression sur les salaires, rendant les exportations d'un pays plus compétitives.

Mais les entreprises du pays tentent aussi de compenser la faiblesse de la demande sur le marché intérieur par une augmentation des exportations, comme le précisait Adam Smith à la fin du XVIIIe siècle.

Selon Carl Grekou et Thomas Grjebine, « entre 1999 et 2008, la progression plus rapide de la demande interne [en Espagne] relativement à l'Allemagne explique près des trois quarts de la dégradation de l'écart de performances à l'exportation entre les deux pays ».

L'inverse a été constaté ensuite :

« Au début des années 2010, les politiques de rigueur particulièrement sévères mises en place en Espagne et en Italie vont entraîner une baisse des écarts de demandes internes avec l'Allemagne, à l'origine de l'essentiel de la réduction de leurs écarts de performances à l'exportation. »

Selon les économistes, les politiques de relance de la France, de l'Italie et de l'Espagne au début des années 2000 sont à l'origine de la dégradation de leur déficit commercial, mais expliquent aussi leur désindustrialisation par rapport à l'Allemagne :

« Cette relation entre dégradation du solde manufacturier et désindustrialisation est quasi mécanique ».

Les dégradations du déficit de la balance commerciale contribuent à remplacer la production industrielle sur le territoire par des importations :

« Plus un pays est désindustrialisé, plus les politiques de relance vont dégrader son solde commercial [via les importations], car l'appareil productif est incapable de répondre à ce surplus de demande ».

L’étude des deux économistes revient également sur la désindustrialisation et la réalité du marché du travail. Selon Thomas Grjebine, « depuis cinq ans, les très bons chiffres de l'emploi sont dus à une forte augmentation des effectifs dans les services marchands et dans la construction, alors que l'emploi industriel stagne ».

Les deux économistes précisent qu’il ne faudrait pas revenir à des politiques d'austérité en France car cela aurait pour effet de faire monter le chômage.

Le Point

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