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Une photo prise à Téhéran, le 14 mai 2021, montre un Iranien vérifiant l'application Clubhouse sur son smartphone.
Une photo prise à Téhéran, le 14 mai 2021, montre un Iranien vérifiant l'application Clubhouse sur son smartphone.
©AFP

Réseaux sociaux

Des modérateurs d'Instagram affirment que l'Iran aurait tenté de verser des pots-de-vin pour supprimer des comptes et certaines vidéos hostiles au régime

Des responsables du renseignement iranien auraient tenté d’offrir de l'argent pour supprimer des comptes Instagram de journalistes et d'activistes auprès de modérateurs de contenus en langue persane pour Instagram.

La modération des contenus sur les réseaux sociaux est un enjeu majeur pour certains régimes à travers le monde. L’Iran aurait notamment tenté d’avoir une influence sur ces enjeux, selon des informations de la BBC. Un modérateur de contenus en langue persane pour Instagram et un ancien modérateur de contenus ont déclaré que des responsables du renseignement iranien leur avaient offert de l'argent pour supprimer les comptes Instagram de journalistes et d'activistes.

« On m'a proposé 5 000 à 10 000 euros [5 350 $ - 10 700 $ ; 4 250 £ - 9 000 £] pour supprimer un compte. Ces tentatives et ces demandes sont intervenues surtout après les actions menées contre Masih Alinejad », selon le témoignage d’un modérateur à la BBC.

Masih Alinejad est une auteure et militante irano-américaine. L'année dernière, le département américain de la justice a déclaré que des responsables iraniens avaient cherché à attirer la journaliste basée à New York dans un pays tiers pour la kidnapper.

Les deux modérateurs de contenus ont également accusé certains collègues iraniens de faire preuve de « parti pris pro-régime » lors de l'examen des publications sur Instagram.

Ils se sont entretenus avec la BBC après que de nombreux utilisateurs iraniens d'Instagram se sont plaints de la suppression des publications sur les récentes manifestations anti-gouvernementales dans leur pays. Le propriétaire d'Instagram, Meta (la société de Mark Zuckerberg, le patron de Facebook), et la société tierce utilisé pour modérer le contenu ont réfuté ces accusations.

Les manifestations ont éclaté dans plusieurs provinces au début du mois après que le gouvernement iranien a réduit les subventions pour les produits alimentaires de base, provoquant une flambée des prix.

Les rassemblements ont rapidement pris une tournure politique. Les manifestants ont scandé des slogans contre le guide suprême l'ayatollah Ali Khamenei et le président Ebrahim Raisi.

Les forces de sécurité ont violemment réprimé les manifestations. Selon des informations non confirmées, au moins cinq personnes auraient été tuées.

Les manifestations ont été très peu couvertes par les médias d'État iraniens. Les Iraniens ont dû se fier à Instagram et à d'autres réseaux sociaux pour savoir ce qui se passait sur le terrain.

Alors que les manifestations et que les troubles se poursuivaient, les utilisateurs ont remarqué que certaines vidéos publiées sur Instagram étaient supprimées.

L'un de ceux qui se sont plaints était 1500tasvir (« 1500images »), un compte géré par des militants de l'opposition, qui a tweeté jeudi qu'il avait été informé par Instagram que son compte était limité pour « protéger notre communauté ».

1500tasvir a qualifié cette décision d'incroyable et a averti que c'était le seul moyen pour les Iraniens de communiquer avec le monde.

L'un des anciens modérateurs de contenus qui s’est confié à la BBC a indiqué qu'il « recevait des instructions de l'Iran » et travaillait pour Telus International, la société tierce chargée de traiter les signalements et les plaintes des utilisateurs d'Instagram et de Facebook.

Telus International, dont les modérateurs de langue persane sont basés en Allemagne, a déclaré à la BBC qu'elle pensait que les allégations étaient fausses, mais qu'elle les prenait très au sérieux et avait lancé une enquête.

La société a déclaré dans un communiqué qu'elle « n'a pas, et n'a jamais eu, de liens avec le gouvernement iranien ».

Telus International a déclaré que certains de ses modérateurs avaient été accusés sur les réseaux sociaux de travailler pour le gouvernement iranien et de supprimer délibérément du contenu d'Instagram pour influencer l'opinion publique. Elle estime que les accusations sont fausses et qu'elles risquent de mettre en danger la sécurité des modérateurs.

BBC

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