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Zéro région pour le FN : pourquoi le parti de Marine Le Pen devrait méditer les leçons de l'histoire électorale du parti communiste au 20e siècle
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Zéro région pour le FN : pourquoi le parti de Marine Le Pen devrait méditer les leçons de l'histoire électorale du parti communiste au 20e siècle

Mastodonte de l'après-guerre, le PCF d'hier était le premier parti de France. A l'image du FN, honni par tous les partis de gouvernement, le reluisant PCF a néanmoins dû se trahir et s'associer à la SFIO pour accéder à (quelques) places de ministres. Avant de connaître la déchéance. Bilans des leçons que le FN pourrait tirer d'un grand parti anti-système déchu.

Sylvain Boulouque

Sylvain Boulouque

Sylvain Boulouque est historien, spécialiste du communisme, de l'anarchisme, du syndicalisme et de l'extrême gauche. Il est l'auteur de Mensonges en gilet jaune : Quand les réseaux sociaux et les bobards d'État font l'histoire (Serge Safran éditeur) ou bien encore de La gauche radicale : liens, lieux et luttes (2012-2017), à la Fondapol (Fondation pour l'innovation politique). 

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Jean-Philippe Moinet

Jean-Philippe Moinet

Jean-Philippe Moinet, ancien Président de l’Observatoire de l’extrémisme, est chroniqueur, directeur de la Revue Civique et initiateur de l’Observatoire de la démocratie (avec l’institut Viavoice) et, depuis début 2020, président de l’institut Marc Sangnier (think tank sur les enjeux de la démocratie). Son compte Twitter : @JP_Moinet.

 

 

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Atlantico : A l'instar du Front National, le PCF a su mobiliser plus d'un quart de l'électorat à plus d'une échéance électorale, depuis le début des années 1940. Les deux partis ont fait face à une sévère opposition de la part des partis traditionnels ainsi que de la part d'une frange de l'électorat.  Jusqu'où la comparaison entre FN et PCF peut-elle faite ? Pour espérer gouverner, le FN doit-il faire le jeu d'alliance comme ce fut le cas pour le PCF ?

Jean-Philippe Moinet : La comparaison entre le FN et le PCF, en ce qui concerne la posture - protestataire et "tribunicienne" - et l'opposition franche avec les partis traditionnels peut en effet être faite. D'autant que le FN de Marine Le Pen, dans le Nord-Pas-de-Calais-Picardie en particulier, chasse sur les mêmes terres sociologiques que le PC de Georges Marchais : ouvriers, chômeurs, son électorat est celui qui a aussi le plus bas niveau d'éducation. Alors qu'elle est venue de la grande propriété familiale de Saint-Cloud, Marine Le Pen, parachutée il y a quelques années dans le Pas-de-Calais, s'est mise à "faire peuple" et a réussi dans ce rôle. Jusqu'à une certaine limite.

Bien sûr des circonstances ont joué en sa faveur, récemment avec les attentats, auparavant avec la "crise des migrants" - qui est d'ailleurs très relative ailleurs que dans le Calaisis - bien sûr, le rejet des politiques est tel dans une large part de l'opinion que le FN a aussi réussi, malgré (ou à cause de) ses démagogies flagrantes, à en tirer des bénéfices. Mais il est impossible au parti lepéniste, hors scrutin proportionnel et en dehors de quelques exceptions géographiques, d'accéder au pouvoir national sans alliance.

Certes, le mouvement d'extrême droite, en similitude d'ailleurs avec le PC, peut rêver d'un "grand soir" de type révolutionnaire, de l'effondrement complet du système politique actuel - certains "stratèges", au sein du FN, non seulement en rêvent mais y travaillent. Mais dans le cadre, solide, de la Vème République et du scrutin majoritaire à deux tours, qui régit à la fois les élections législatives et l'élection présidentielle, le FN ne peut accéder au pouvoir national sans un système d'alliances, qui lui fait défaut.

Or, même si le parti des Le Pen sur trois générations cherche à instrumentaliser à son profit son isolement, celui-ci est bien la marque d'une faiblesse politique. Si personne de crédible ne veut s'allier au mouvement d'extrême droite, c'est bien pour des raisons de fond: la xénophobie notamment, véhiculée et même amplifiée par les Le Pen et leurs discours. Dernièrement, Marine Le Pen osait parler à Lille d'"immigration bactérienne" !

Les thèses et les penchants historiques du parti frontiste font que les autres formations se tiennent à distance de toute idée d'alliances, même si certains - à tort, y compris en terme d'efficacité électorale - puisent dans une partie de son programme et imitent quelques unes de ses postures ou tournures langagières pour tenter de récupérer des électeurs.

Sylvain Boulouque : Il est effectivement possible de faire la comparaison ; dans la mesure où les deux partis sont par nature, voire par essence même, anti-démocratiques. En revanche il est crucial de souligner que les raisons de cette opposition à la démocratie ne sont pas les mêmes. Comme on compare les systèmes totalitaires on peut comparer les partis totalitaires : cela ne veut pas dire qu'ils sont identiques. Ce sont deux partis qui s'opposent au système mais ce ne sont pas forcément deux partis qui sont pareils. C'est un premier élément qu'il est important de préciser. Le deuxième élément important, c'est l'inscription dans la durée : pour l'instant nous ne sommes pas du tout dans le même phénomène puisque le PCF a mobilisé un quart de l'électorat (majoritairement populaire) pendant près d'un quart de siècle. Or, ça n'est que depuis 2010 le FN commence à mobiliser également l'électorat populaire. C'est un phénomène encore assez neuf et cela n'a pas toujours été ainsi. Il y a donc plusieurs différences notables entre les partis, qui se situe tant au niveau des motivations que dans la composition sociologique et historique. 

Si on s'arrête, tout d'abord, les succès électoraux du FN et du PCF, il est simple de constater qu'ils ne s'inscrivent absolument pas dans les mêmes stratégies d'implantations. Le PCF, dès son origine, contient des municipalités et s'appuie sur des réseaux sociaux extrêmement puissants (syndicaux, associatifs…) ; ce qui n'est pas du tout le cas du Front National. Ce dernier n'utilise que les sphères médiatiques et la blogosphère pour mobiliser aujourd'hui. Il ne s'agit donc pas du même type de parti politique, d'autant plus quand on sait qu'ils ne partagent pas la même histoire politique : il y a quasiment un siècle de différence entre les deux. Le rapport, tant au politique qu'au social, n'est plus tout le même aujourd'hui. Auparavant, les gens lisaient la presse, désormais ils se renseignent sur internet et communique via les réseaux sociaux. De facto, les sociabilités des individus sont différentes. Cette différence d'époque est très importante, de même que la construction des deux partis n'a pas grand-chose à voir : le PCF cherchait à créer des bastions dans des terres spécifiques. Il n'a jamais eu la vocation de s'installer partout en France. Le Front National, en revanche, cherche à s'implanter quelque soit le milieu social. C'est un point de différence important entre ces deux partis qui partagent, notamment, le fait d'être deux partis anti-démocratiques. L'un se construit sur la haine de classe ; l'autre sur la haine de l'étranger. Toujours une construction sur la haine, mais pas exactement le même rapport à la construction du politique.

Pour autant, en dépit de ces différences marquées, il existe des points de comparaisons à proprement parler. Prenons l'appel et la référence au peuple, par exemple : il y a des aspects comparables dans ces aspects. Notamment, dans le discours que tient Marine Le Pen (en revanche, nettement moins dans celui que tient Marion-Maréchal Le Pen) et sa volonté de défendre les "petits" contre les "gros". Ce qui soulève une autre différence notable, néanmoins : les gens du PCF qui défendaient également les "petits" contre les "gros" appartenaient aux "petits" quand Marine Le Pen appartient plutôt aux "gros". Encore une fois, ça n'est pas la même configuration sociale. Il y a, bien entendu, des éléments communs – de discours, essentiellement, dans l'appel à la République du peuple – il y a des sous-bassement très différends. Egalement parmi les points communs, ce sont deux partis révolutionnaires qui visent à renverser le système. Les solutions qu'ils proposent divergent, cependant. Les points de comparaisons tiennent dans les discours et dans l'affirmation politique.

Pour autant, sur le long terme, quel risque prendrait le FN à jouer le jeu des alliances politiques et de la "tambouille" qu'il dénonce à cor et à cri ? N'est-ce pas l'une des raisons, ce choix de ne jamais se compromettre, qui bloque la route de l'Elysée à Marine Le Pen ?

Jean-Philippe Moinet : Marine Le Pen est, en fait, dans une contradiction, ou une ambivalence, dont elle ne peut sortir qu'à son détriment. D'un côté, elle dit qu'elle veut accéder au pouvoir, elle dit qu'elle veut un FN présentable et pour cela en vient à "tuer le père" (après avoir été formé, porté par lui et avoir hérité de son parti). D'un autre côté, elle se maintient dans une radicalité politique et langagière, jouant d'une opposition frontale au "système politico-médiatique". Dans une conception absolutiste de la politique et du pouvoir - autre indice d'extrémisme - elle a une vision binaire: eux et nous, nous contre les autres. Contrairement à ce qu'elle laisse croire, elle se complaît dans cette posture national-populiste de critique du "système" et des "élites" et prétend, comme l'ancien PC incarner le "parti du peuple". Ca plaît à une partie du peuple, la plus protestataire et en souffrance, aux élections intermédiaires notamment (européennes, municipales, régionales). Mais ça lassera aussi une majorité de citoyens qui, à l'approche des élections nationales surtout, verra bien que le FN, politiquement, mène à une impasse et tourne le dos à l'avenir. 

Sylvain Boulouque :Pour ce qui est des alliances d'extrême droite, c'est que dans la majorité des cas le parti d'extrême droite s'est fait manger… Dans la mesure où il tient un discours antisystème et qu'il s'associe néanmoins à un parti du système. Ils se sont donc intégrés à cet univers politique qu'ils critiquaient. On peut notamment citer l'exemple – devenu contre-exemple absolu aux yeux du FN – qu'est le MSI italien. Le MSI italien est devenu l'alliance nationale, puis s'est dissout dans le Forza Italia de Berlusconi. Le paradoxe amusant c'est que les anciens du MSI, dans les années 2000-2010, refusaient de siéger avec les gens du Front National au Parlement Européen. 

Les alliances font qu'il y a certains thèmes qui sont intégrés par les deux partis politiques. Les partis qui se présentent comme antisystème mais finissent par y participer le rejoignent à terme. Ils sont donc contraints d'accepter des compromis qu'ils n'auraient pas acceptés. De facto, cela passe très moyennement auprès de l'électorat d'un parti de la sorte.  C'est pourquoi c'est loin d'être la stratégie de Marine Le Pen, outre le fait qu'elle pense pouvoir renverser la table à elle seule. 

Je crois que les oppositions au Front National sont beaucoup trop fortes, dans la société française, pour qu'elle parvienne à s'imposer. De nombreux obstacles et de multiples difficultés (d'ordre technique, par exemple) barrent encore la route. Le Front National représente certes 30% des électeurs. Ces 30% ne concernent que les électeurs votants. Quiconque prête attention au suffrage en nombre de voix constatera que Marine Le Pen récupérait plus de voix aux élections présidentielles de 2012 que ça n'est le cas aujourd'hui. Le taux de participation est donc le fond du problème, particulièrement quand on s'interroge sur le nombre d'abstentionnistes susceptibles de voter pour la présidente du FN. Ce que l'on sait – mais qui peut changer – c'est que les alliances passées à l'extrême droite dans l'ensemble des pays européens l'ont mené à une dissolution tout ou partie dans l'arc démocratique, et nécessairement à une perte partielle de son influence électorale. 

Pour comparer avec le PCF, il faut souligner les deux phases principales. La première consiste à rappeler que pendant l'alliance entre le PCF et la SFIO, qui donnera lieu au Front Populaire, le PCF était en phase ascendante. A ce moment-là, le PCF était susceptible de conquérir le pouvoir, sans nécessairement y être : il soutenait le Front Populaire, sans rejoindre son gouvernement. La deuxième expérience historique du PCF se situe durant la période de la libération : il est également en passe de prendre le pouvoir et jouit de quelques ministres qui demeurent néanmoins minoritaires. Sans armée rouge, ils n'ont – une nouvelle fois – pas pu prendre le pouvoir. Cela s'est soldé par un échec stratégique, tactique, politique, qui a valu aux dirigeants communistes une réaction de Staline, qui les a vertement tancés.

La troisième expérience correspond à celle de l'union de la gauche, précédent l'élection de François Mitterrand. Là encore, le PCF s'ancre dans une logique où il tente de prendre le pouvoir : il s'associe au pouvoir et s'attend à "dévorer" les socialistes ; devenir majoritaire au sein de la gauche et imposer son point de vue. C'était sans compter sur le fait que le parti se situait en phase de rétractation électorale et que le PS, à l'inverse, était en phase d'expansion. Dès lors, c'est le PCF qui a été dévoré. Cet échec électoral est essentiellement du au déclin de l'image de l'URSS. En soutenant l'URSS, le parti a été entraîné dans sa chute, d'autant plus qu'il n'a pas su anticiper et percevoir les mutations sociologiques de la société française. Il s'est arc-bouté sur un discours ouvriériste quand la société était majoritaire devenu tertiaire, ce qu'il n'a pas perçu.

En avril de cette année, le Président de la République avait estimé que Marine Le Pen parlait "comme un tract du parti communiste des années 70". Si les responsables actuels du PC ont réclamé des excuses, François Hollande est-il complètement dans l'erreur ? Au fond, Marine Le Pen ne reprend-t-elle pas quelques unes des mécaniques qui ont fait le succès du PCF par le passé ?

Jean-Philippe Moinet : Si. Marine Le Pen, qui a d'ailleurs les compliments rapides quand il s'agit de parler de l'ancien dirigeant du KGB, Vladimir Poutine, reprend les vieilles recettes du PC : structure ultra-pyramidale du parti, commandement de type autoritaire (et un certain culte de la personnalité), national-populisme et démagogie sociale, europhobie et anti-américanisme primaire. Voilà Marine Le Pen dans les pas de Georges Marchais et, sur certains points, de Jean-Luc Mélenchon ! On peut d'ailleurs relever que ce dernier, contrairement aux dirigeants de la gauche socialiste et écologiste, n'a pas voulu donner de consigne de vote pour ce deuxième tour des élections régionales. Un neutralisme qui en dit long, sur certaines connivences avec le parti lépeniste. Leur ennemi est commun: les partis de gouvernement, acteurs et promoteurs de l'Union européenne, en premier lieu le parti qui détient aujourd'hui le pouvoir présidentiel et parlementaire, le PS.

Sylvain Boulouque :En ce qui concerne le discours de François Hollande, il renvoyait très clairement à une notion du PCF qui était de dire "produisons Français". A la fin des années 1970, le PCF avit un discours tout à la fois très nationaliste et productiviste. Et il est vrai que si l’on compare le discours du PC de l’époque avec celui du FN aujourd’hui, on retrouverait des points communs. Mais il faut faire attention. Comparaison n’est pas raison, le PCF défendait aussi les ouvriers immigrés donc il ne faut pas dire que le discours est strictement le même. Après, il est vrai que le FN reprend des mécanismes datant de l’époque du PCF dans les années 1970,. Je pense même que Marine Le Pen le fait volontairement pour faire tilt dans la mémoire des enfants ou petits-enfants d’ouvriers de cette époque. Elle fait appelle à ce vocabulaire avec une intention précise, à savoir de trouver un écho dans les classes populaires en ravivant ce type de discours. Et ce que Hollande soulignait c’est le simplisme du discours du PCF de ce temps-là qui est repris, en partie caricaturalement, par Marine Le Pen. Disons que le plus important est de comprendre que ce discours est repris de manière tout à fait intentionnelle par le FN aujourd’hui. Donc c’est d’une certaine façon le même mécanisme.

François Hollande est dans le vrai lorsqu’il dit que Marine Le Pen parle « comme un tract du parti communiste des années 70 » mais avec des nuances. Par exemple tout le discours productiviste du PCF de l’époque est mis de côté par le FN. De même le PCF tenait aussi un discours bienveillant et protecteur vis-à-vis du travailleur immigré. Donc ce n’est pas tout à fait le même discours.

Le FN, comme le Front de Gauche, ont tout deux soutenu Syriza. L'URSS soutenait le PCF et la Russie soutient désormais le FN. Peut-on vraiment voir des différences entre extrême droite et extrême gauche aujourd'hui ? Celles-ci ne portent-elles que sur les programmes ? Que peut-on dire, par exemple, du rôle d'adhésion social et de l'intégration que permettait le PCF ?

Jean-Philippe Moinet : Si extrême droite et extrême gauche divergent totalement sur certains sujets, comme celui de l'immigration, ils se retrouvent sur une opposition radicale à la mondialisation économique, sur une posture de type révolutionnaire on l'a dit, sur un refus d'une ouverture européenne et transatlantique. Moins fortement organisé comme une "église" que le PC des années 50 à 80, le FN ne crée pas moins, comme le parti communiste d'antan, une contre-culture : il a ses codes, langagiers notamment, ses propres références symboliques, ses rituels (ses "fêtes", ses défilés, son 1er Mai...). Mais l'intégration sociale ne va pas finalement très loin, même si elle va plus loin que celle des partis traditionnels et de gouvernement. Mais la grande limite, et faiblesse, du parti d'extrême droite est au fond la suivante: les courants sur lesquels il s'appuie dans la société, sont des courants réactionnaires, au sens étymologiques, c'est-à-dire des courants qui sont en réaction aux évolutions des temps actuels et futurs. On peut réunir des voix en réaction à la mondialisation des échanges, par exemple, mais personne ne peut croire, malgré toutes les bonnes et légitimes volonté de régulation, que la mondialisation va s'arrêter ! En cela, le FN est un parti du passé, et un parti qui, à force de dresser des frontières de toutes sortes, autant mentales que physiques, conduirait la France non seulement au repli xénophobe mais au déclin, économique, social et culturel, assuré.

Sylvain Boulouque :Il existe 2 types de soutien à Syriza complètement différents. Il y a un soutien purement stratégique, tactique et anti-européen de la part du FN. Alors que l’appui du PCF à Syriza est davantage idéologique. Ils appartiennent au même groupe de pensée. Les membres de Syriza font parties du PC grecque ou tout du moins de la gauche radicale de la Grèce. Ils ont milité ensemble au niveau des instances européennes depuis de nombreuses années. Ce qui n’a en l’occurrence rien à voir avec le FN. Donc les raisons de ce soutien ne sont pas les mêmes. Celui du Front national est purement stratégique et anti-européen, ce qui n’est pas du tout le cas du PCF ou du Front de Gauche ou encore de Podemos dont les raisons sont avant tout idéologiques et sociales.

Par contre, il faut noter qu’il y a eu un inversement. Certes, la Russie n’est plus soviétique, donc ce n’est plus le temps de la solidarité internationale des PC, mais, ce qui est surprenant, c’est que les réseaux qui étaient des réseaux d’amitié franco-soviétique communistes sont devenus des liens d’amitié franco-russe d’extrême droite. Alors qu’on sait qu’un certain nombre de Russes qui travaillent en Europe sont d’anciens membres des Services de Renseignement soviétiques. Alors Poutine ne soutient pas le FN mais il existe un certain nombre de réseaux entre les anciens du FSB ainsi que du KGB et le Front national. Dans la tête des Renseignements russes, on trouve une volonté de déstabiliser l’Union européenne en faisant monter des forces opposées à l’UE. Pour les Russes, il s’agit d’affaiblir l’Europe pour étendre l’influence et la force russes. Pour faire simple, plus l’Europe sera amoindrie et plus il sera facile pour les Russes de faire main basse sur l’Ukraine. On peut parler d’une utilisation stratégique du FN par la Russie. Après, il faut reconnaître que le FN s’en sert et a des affinités idéologiques avec Poutine. On l’observe dans la notion de verticalité du pouvoir visible dans les deux camps. On retrouve ici les caractéristiques du régime autoritaire.

Il est bien trop tôt pour juger de l'intégration sociale. Elle s'est faite sur des décennies et des générations. En outre, le PCF permettait l'intégration sociale des classes populaires comme des immigrés. A l'inverse, le Front National ne cherche pas véritablement à intégrer les immigrés. C'est, là encore, une différence très forte entre les deux partis puisque le FN ne cherche pas l'intégration sociale des immigrés mais leur rejet. 

Il est néanmoins impossible de juger de l'intégration sociale du Front National, dans la mesure où ses militants sont d'ores et déjà socialement intégrés. Il ne s'agit pas d'un exclu : il a souvent fait des études et cherche à gagner un poste. Pour ce qui est de l'adhésion à proprement parler… Je crois qu'il est pertinent de revenir à la notion d'époque. Nous sommes aujourd'hui dans une ère bien plus versatile : les gens changent d'avis assez rapidement, comme on a pu le constater lorsqu'un certains nombre de représentants de partis politiques ont pu adhérer au Front National – ce qui était autrement plus complexe par le passé. De ce fait, l'adhésion d'hier au PCF était beaucoup plus forte que celle d'aujourd'hui au FN. Les gens qui quittaient le PCF, à l'époque, rompaient avec un environnement social, avec un environnement familial, souvent…  Mais également avec  certain nombre de liens sociaux très importants. Dorénavant, il suffit de déménager pour changer, bien plus facilement, de lien social. L'ancrage et la société française ont beaucoup changé : nous sommes autrement plus mobiles que par le passé. Avant un ouvrier restait dans la même usine du moment où il commençait à travailler pratiquement jusqu'à sa retraite. En résultait évidemment des sociabilités extrêmement fortes. Ce n'est plus du tout le cas aujourd'hui. Économiquement, écologiquement, socialement, la société a tellement changé que les modes de sociabilités ne sont plus les mêmes. Par conséquent, le rapport au politique et au social a beaucoup changé. Ce n'est plus la même époque : nous avons changé de siècle.

Le Parti communiste français est un parti qui a toujours fasciné le Front National, tout en attirance et en répulsion : à sa naissance, le Front National s'est construit sur une idéologie presque totalement anti-communiste. De manière beaucoup plus large, le PC a fasciné l'extrême droite, parce qu'il savait organiser les marches. Le FN cherche effectivement à s'inspirer du PCF : cela a été le parti qui a le mieux organisé les gens, des décennies durant. Il s'agissait d'une véritable contre société, et il reste un modèle d'organisation aujourd'hui, du reste pas que pour le Front National. Pour autant, les organisations internes du PCF et du FN se ressemblent, sans être les mêmes.

Propos recueillis par Vincent Nahan

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