Zero Dark Thirty : quand Hollywood se met au service du patriotisme américain | Atlantico.fr
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Voilà un film dont on connait pertinemment le point de départ (les attentats du 11 septembre) et le dénouement (l’élimination du chef d’Al Qaeda).
Voilà un film dont on connait pertinemment  le point de départ (les attentats du 11 septembre) et le dénouement (l’élimination du chef d’Al Qaeda).
©Capture d'écran

VRP

Zero Dark Thirty : quand Hollywood se met au service du patriotisme américain

Les auteurs ont puisé leurs informations aux meilleures sources. "0 Dark 30" tient du film d’action, du docu-fiction et du reportage journalistique au meilleur sens du terme sur la traque du réseau Al-Qaeda.

Fabrice Le Quintrec

Fabrice Le Quintrec

Fabrice le Quintrec est rédacteur en chef adjoint à Radio France, spécialiste des revues de presse.

Ancien attaché culturel en poste à l'Ambassade de France au Japon, il est aussi auditeur de l'IHEDN (Institut des Hautes études de la Défense Nationale).

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Ala fin de l’histoire, Maya éprouve un sérieux coup de déprime. Il faut dire que cette jeune femme – personnage central de "0 Dark 30", en langage militaire codé minuit et demi – a passé tout le film et une douzaine d’années de sa vie à traquer Ben Laden. On peut la comprendre, elle s’est investie corps et âme dans cette tâche et la disparition d’Oussama laisse un grand vide.

Voilà un film dont on connait pertinemment  le point de départ (les attentats du 11 septembre) et le dénouement (l’élimination du chef d’Al Qaeda), qui dure longtemps (deux heures trente sept) et au cours duquel on ne s’ennuie pas une seule seconde. Pourtant, dans la réalité, la chasse à l’homme a été semée d’incertitudes, d’embûches, de contretemps, de ratages et de doutes…

Maya est une analyste, recrutée par la CIA dès la fin de ses études et qui arrive sur le dossier Ben Laden avec une réputation de tueuse, et une détermination qui va en se renforçant. Son énergie, sa capacité de persuasion et son capital chance seront mis à rude épreuve… Cette traque passe par le repérage et la localisation du chainon manquant susceptible de conduire à Ben Laden, à savoir son porteur de messages Abou Ahmed Al Kuwaiti. Elle est ponctuée de nouvelles attaques terroristes signées Al-Qaeda : Londres, Islamabad, Camp Chapman…

Maya, elle-même, échappe deux fois à la mort mais plusieurs de ses collègues sont tués. Cela ne fait que renforcer sa résolution : "Je vais buter ceux qui ont fait ça et buter Ben Laden", annonce Maya qui a le sentiment que si elle a été épargnée par le destin, c’est pour aller jusqu’au bout.


Il faut donc trouver Abou Ahmed. Maya l’a identifié, c’est un peu son bébé, elle s’y attache tellement que d’autres agents lui conseillent de "couper le cordon" et de se consacrer à d’autres missions. A la CIA, certains commencent à croire qu’Al Kuwaiti et sans doute Ben Laden lui-même sont des fantômes, qu’ils sont morts depuis longtemps… Maya persévère, sa ténacité finira par payer.


Dans la dernière partie du film, Maya se tient en retrait, elle surveille à distance ; les commandos de l’US Navy, les fameux "SEALs" capables d’intervenir dans des conditions extrêmes et  dans tous les environnements sont à l’œuvre. On reconnait la maison-forteresse d’Abbottabad telle qu’on l’a vue à la télévision ou dans les magazines, elle a été fidèlement reconstituée et on se rend compte qu’il a fallu du temps pour y pénétrer, atteindre la cible, s’emparer de tous les documents et disques durs exploitables, détruire l’hélicoptère devenu inutilisable, qu’il a fallu du temps mais aussi du sang froid et beaucoup de professionnalisme.


"0 Dark 30" est remarquablement raconté et filmé. En tête du box office aux États-Unis dès sa sortie sur les écrans il y a un peu plus d’un mois, il nous en apprend beaucoup sur le patient travail de recherche et documentation nécessaire, sur  la collecte et les recoupements d’informations, sur les coups d’audace et les coups de chance dont on a besoin pour exercer ce métier si particulier.

"Je parie que Dick Cheney va adorer", a ironisé Frank Bruni, journaliste au New York Times. Dick Cheney, c’était le vice-président du temps de George Bush. Une fois pour toutes, il incarne aux yeux et dans les commentaires des bons, c’est-à-dire de la gauche morale et donneuse de leçons, le parfait salaud, tenant de l’ "ultra libéralisme" et associé au lobby militaro-industriel. Il s’est fait le chantre des techniques d’interrogatoire poussé, en clair, de la torture. La torture est présente dans le film, d’ailleurs elle s’est poursuivie sous la présidence Obama mais l’élimination de Ben Laden est rendue possible principalement par des procédés plus classiques ainsi que par les systèmes d’écoute et de détection électroniques.La torture fait partie des procédés utilisés, c’est une méthode parmi d’autres.

Les partisans de Mitt Romney aux États-Unis craignaient que le film sorte sur les écrans avant le scrutin de novembre et tourne au panégyrique de Barack Obama. La réalisatrice Kathryn Bigelow s’est bien gardée de s’aventurer sur le terrain de la campagne électorale. Son film, qui doit beaucoup aussi à son scénariste et compagnon Mark Boal, est très documenté. Les auteurs ont puisé leurs informations aux meilleures sources ; "0 Dark 30" tient du film d’action, du docu-fiction et du reportage journalistique au meilleur sens du terme.

L’héroïne du film est un personnage bien réel, dont l’identité est secrète et qui a été décorée, dans la vraie vie, de la "Distinguished intelligence medal". Son rôle a sans doute été enjolivé et renforcé au cinéma afin que le récit puisse se construire autour d’elle. Maya est incarnée à l’écran par Jessica Chastain. Elle vient d’obtenir pour son interprétation un "Golden globe" et on la dit bien partie pour décrocher un Oscar le 24 février prochain. Le symbole Ben Laden est mort mais la guerre de l’ombre se poursuit.

"0 Dark 30" constitue une excellente illustration du volontarisme et du patriotisme américain dans la guerre contre les terroristes. Il présente le rôle décisif de la CIA dans ce combat. Les services secrets américains, décidément, font recette puisqu’une autre production hollywoodienne, "Argo", évoque une de leurs réussites passées en Iran, et cet autre film remporte un grand succès. Reste à savoir quel accueil sera réservé à "0 Dark 30" dans les salles obscures de Paris, de Seine-Saint-Denis et d’ailleurs.

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