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Super Tuesday : y a-t-il encore un Républicain crédible dans l’avion ?
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No country for Grand Old Party !

Super Tuesday : y a-t-il encore un Républicain crédible dans l’avion ?

Alors que le Super Thuesday a lieu –comme son l’indique- ce mardi, y a-t-il parmi les quatre finalistes de la primaire républicaine un candidat capable d’incarner le plus fidèlement les valeurs du Grand Old Party ?

Anne Deysine

Anne Deysine

Anne Deysine est juriste (Paris II) et américaniste. Spécialiste des questions politiques et juridiques aux Etats-Unis, elle est professeur à l'université Paris-Ouest Nanterre. Enseignant aussi à l'étranger, elle intervient régulièrement sur les ondes d'Europe 1, RFI, France 24, LCI... Auteur de plusieurs ouvrages, dont "La Cour suprême des Etats-Unis" aux éditions Dalloz, ses travaux sont consultables sur son site Internet : deysine.com.

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Atlantico : A l'approche du Super Tuesday, jour crucial dans la campagne américaine, les Républicains brillent par leur diversité : conservateurs fiscaux, religieux, libertariens... qui selon vous serait le digne héritier d’Abraham Lincoln ?

Anne Deysine Je crois qu’il n’y en a pas d’héritiers de Lincoln. Les républicains sont très fiers de revendiquer Lincoln qui a aboli l’esclavage. Mais ce qu’ils font actuellement va à l’encontre de sa pensée. Par exemple : les juges que les Républicains nomment à la Cour suprême sont contre la discrimination positive (affirmative action) et ne veulent pas qu’on tienne compte de la race – encore moins de quotas  pour donner leur chance à des parcours intéressants parmi les Afro-américains ou les Hispaniques. Si bien qu’on s’achemine vers une interdiction de cette loi par la Cour suprême à cause de ces républicains…

Traditionnellement, le républicain est un conservateur à la fois sur les questions sociales et économiques. Il n’est donc pas favorable à l’avortement, au mariage homosexuel et pour un rôle limité de l’Etat et –si possible- un équilibre budgétaire.

Reste-t-il aujourd’hui un candidat capable d’incarner fidèlement les valeurs du Grand Old Party alors que les sondages montrent que les Américains ne se reconnaissent pas dans les candidats républicains ? 

Le Parti Républicain, le parti de Lincoln est devenu un ensemble un peu hétéroclite où chaque individu a sa version du républicanisme en fonction de l’endroit où il met l’accent.

Quand on regarde tous les candidats républicains à la primaire, on constate que Rick Santorum est un conservateur social : il intervient essentiellement sur des questions telles que l’avortement. Il a neuf enfants éduqués à la maison par son épouse qui a renoncé à travailler pour leur faire du « home schooling » - l’enseignement à la maison. On peut citer l’anecdote selon laquelle l’uundes enfants, lourdement handicapé est mort-né et que ses parents ont cependant présenté son cadavre aux autres enfants… Mitt Romney, mormon, est en revanche un extrémiste fiscal : non seulement il souhaite des baisses d’impôts mais il veut qu’elles concernent les riches !

Newt Gingrich est de la même veine. Il doit sa célébrité pour avoir fait remporter la victoire des républicains au Congrès en 1994. Depuis, il a été entraîné dans des scandales financiers, à la Chambre et ailleurs. Il a toujours une gestion un petit peu bizarre des fonds de ses campagnes électorales. Il a un message essentiellement opportuniste très virulent qui consiste à redonner confiance aux Américains. Il s’en prend plutôt à Romney qu’il a traité de « vautour capitalism » – un « capitalisme de vautour » - en raison de sa façon de gérer le fonds financier Bain Capital.

Ron Paul est très intéressant car il représente encore une autre branche du Parti républicain : les libertariens. Selon eux : il ne faut pas de règle, pas d’Etat, pas d’impôt. Et lui ajoute : pas d’interventionnisme en politique étrangère. La crise iranienne, selon lui, s’éteindra toute seule et il est hors question d’intervenir. C’est le seul qui ne veuille pas envisager une guerre en Iran. Malgré ses prises de position excessives, il est le seul à avoir une vraie intégrité morale et à apporter un message rafraîchissant.

Mais au fond est-ce que cette « offre » des candidats républicains répond à ce qu’attendent vraiment les électeurs américains selon vous ? Une étude du New York Times montrait hier que seul un adulte sur 10 avait désormais une vision positive du Parti Républicain et que plus des 2/3 des personnes interrogées avaient une vision négative de la course aux primaires.

Aucune hélas ne convient à l’électeur. Il suffit de regarder les sondages pour constater que les Américains se déterminent très peu en fonction de « républicain » ou « démocrate » au profit de « conservateur », « indépendant »… De plus, les Américains tombent tous d’accord pour déclarer qu’ils n’ont aucune confiance dans les politiques et en particulier dans les membres du Congrès qui ne recueillent que 9% d’intentions favorables. Les électeurs se rendent compte qu’ils élisent des politiciens en qui ils ne peuvent pas avoir confiance parce qu’ils seraient corrompus et ne défendraient pas leurs intérêts. Cela donne deux mouvements de rejet. Chez les républicains : les Tea Party et chez les démocrates : les Occupy Wall Street qui montre qu’il y a un décalage énorme entre l’élite, les politiciens et l’homme de la rue…

L’équilibre budgétaire américain est pourtant mis à mal depuis quelques temps... 

Oui, le problème est que même les républicains avant Bill Clinton n’avaient pas réussi à équilibrer les finances de l’Etat. Pas même Ronald Reagan qui s’était fait élire sur un message de déréglementation et de baisse des impôts… Et qui les avait, finalement, raugmentés pour éviter un excès de déficit budgétaire. Mais celui qui a sans doute le plus abîmé l’image des Républicains, est sans doute George W. Bush qui s’est fait élire sur un message conservateur plein de compassion (compassionate conservatism). Et qui, finalement, a fait tout le contraire puisqu’il a complètement attaqué le credo et les dogmes du Parti républicain. Quelques exemples : la politique étrangère. Là où les républicains sont généralement favorables à un relatif désengagement, George W. Bush, poussé par les néo-conservateurs, a engagé le pays dans deux guerres en Afghanistan et en Irak. Il a aussi énormément creusé le déficit budgétaire – en raison des guerres, précisément.

Propos recueillis par Antoine de Tournemire

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