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Le sucre crée une addiction.
Le sucre crée une addiction.
©Freepik

Vade retro Oréo

Y a-t-il des aliments capables de générer des addictions alimentaires ?

Selon une étude de l’université du Connecticut (États-Unis) publiée le 15 octobre, les biscuits Oréo seraient aussi addictifs que la cocaïne sur les rats.

Catherine Grangeard

Catherine Grangeard

Catherine Grangeard est psychanalyste. Elle est l'auteur du livre Comprendre l'obésité chez Albin Michel, et de Obésité, le poids des mots, les maux du poids chez Calmann-Lévy.

Elle est membre du Think Tank ObésitéS, premier groupe de réflexion français sur la question du surpoids. 

Co-auteur du livre "La femme qui voit de l'autre côté du miroir" chez Eyrolles. 

Voir la bio »

Atlantico : Les Oreo, biscuits préférés des Américains, seraient tout aussi addictifs que la cocaïne ou la morphine. C’est en tout cas ce que révèle une étude menée sur des rats par Joseph Schroeder, professeur de psychologie et expert en neurosciences comportementales à l’université Connecticut College. Comment interprétez-vous ces conclusions ? Existe-t-il un phénomène de dépendance à la junk food ?

Catherine Grangeard : On fait régulièrement des études comportementales avec des rats de laboratoire et on extrapole aux humains. Que nous soyons en partie câblés de la même façon que des rats suffit-il à expliquer tous les comportements étudiés ? Ensuite, à chaque fois, des spécialistes répondent que, en partie oui mais pas tout à fait car… nous sommes dans des cages un peu différentes que ces rats ! Je ne déroge pas à la règle ! Ce qui explique les attitudes humaines ne se limitent pas à nos câbles ! Il interfère des données subjectives, car nous sommes des humains. Eh oui, nous ne sommes pas tout à fait des rats comme les autres… Des raisons qui tiennent à notre histoire viennent aussi conditionner nos actes. ET… nous le savons ! Face aux même produits, Oreo y compris, nous sommes dans des relations de dépendance différentes… contrairement aux rats !

Entre les drogues "traditionnelles" (cocaïne, morphine, cannabis…) et les aliments, le comportement addictif est-il le même ? Pourquoi ?

Pour terminer sur la dernière partie de votre question précédente et commencer à répondre à celle-ci, il y a des liens de dépendance qui dépassent la nature du produit et concernent la personne. C’est cette réalité qui explique tout. Certains d’entre nous ont plus le besoin de se compléter avec un produit, quel qu’il soit. Le comportement addict (ajouter excessivement quelque chose à soi) est donc plus en lien avec la psychologie de cette personne qu’avec ce que tel ou tel autre produit active comme récepteur neuronal. Il s’agit d’une combinaison entre des facteurs de nature totalement différente.

Comment "tombe-t-on" dans la dépendance à la nourriture ? Quel est le processus addictif ?

On peut aimer manger pour diverses raisons, aimer manger excessivement bien sûr. Le plaisir est le moteur du début de l’action. Ensuite, comme dans toute drogue, il s’agit plus d’apaiser les tensions envahissantes que de plaisir. Certains sont dans la continuité de l’enfance où la place de la nourriture était essentielle dans la famille. Et là encore, pour des raisons qui peuvent être totalement opposées, en allant du plaisir convivial au seul refuge autorisé. A l’adolescence, si l’exclusion isole certains, une source de satisfaction se trouve dans les petites douceurs… Et c’est une sorte de spirale, un mécanisme qui ressemble à un cercle vicieux puisque plus le jeune grossit et plus il est moqué par les autres, plus il se referme sur lui-même. 

Existe-t-il plusieurs formes de dépendances à la nourriture ? Quelles sont-elles ?

Tout à fait, ce que je décris précédemment est un cas de figure parmi d’autres. Il n’y a pas de généralités qui vaillent dans ces processus. Ils dépendent de l’histoire de vie de chacun et c’est ce qu’on travaille en psychothérapies, au sens large du terme. Pour rester encore un peu sur cet âge de la vie qu’est l’adolescence, on sait aussi que les lieux de socialisation de cette période sont des fast food où on ne se nourrit pas très bien. Nous sommes alors dans un cas de figure très différent du précédent puisqu’ici c’est le type de socialisation qui crée les conséquences néfastes. Tout à fait récemment, une étude montre le lien entre la proximité d’un Mac Do et le taux de jeunes en excès de poids. Au fond, les dépendances sont multiples, puisque ce que l’on recherche dans la nourriture n’est pas univoque. C’est très variable même.

"Nos travaux viennent à l’appui de la théorie selon laquelle les aliments très gras et très sucrés stimulent le cerveau de la même manière que les drogues", déclare Joseph Schroeder. Faut-il en déduire que la junk food est une drogue vendue en toute légalité ?

On sait très bien que de nombreux produits tout à fait légaux induisent des accoutumances ! A commencer par les plus connus : l’alcool, le tabac… Le besoin de sucre est connu depuis belle lurette aussi. Tout stimule les neurones, ça passe du cerveau au corps… Quand vous marchez devant une boulangerie, l’odeur du pain frais vous fait bien saliver. Oui, l’effet sur le corps des odeurs a été vécu par tout un chacun. De même si vous n’êtes pas habitué à boire sucré, à manger gras, vous êtes vite écoeuré. Si vous ne fumez pas, idem vous avez le cœur qui se soulève ou mal à la tête, etc.. en faisant comme ceux qui sont habitués et intoxiqués. Cette petite démonstration satisfera peut-être quelques lecteurs qui ont l’habitude de faire des commentaires où ils critiquent les arguments trop intellos. C’est dans le ressenti, la sensation de chacun que certains retrouveront ce que je rappelle. On verra s’il y en a pour tous les goûts… et c’est bien ce qu’il faudrait pour ne pas tomber dans l’addiction !

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