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Vous êtes pauvre et vous voulez vous en sortir ? Ça aide d’être croyant…
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Beati pauperes

Vous êtes pauvre et vous voulez vous en sortir ? Ça aide d’être croyant…

De nombreuses études montrent, d'un côté, que les organisations religieuses sont clé pour lutter contre la pauvreté ; de l'autre, que la pratique religieuse est corrélée positivement à de nombreux traits de personnalité et de comportement positifs.

Pascal-Emmanuel Gobry

Pascal-Emmanuel Gobry

Pascal-Emmanuel Gobry est journaliste pour Atlantico.

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"Heureux les pauvres, car le Royaume des Cieux est à eux." Cette phrase connue de l'Evangile ne promet pas la richesse sur terre, et elle ne devrait pas. Mais alors que les débats autour de la religion continuent, et continueront, il peut être intéressant de se pencher sur le rôle social de la religion, et noramment sur la pauvreté. 

On pense parfois que la religion empêche le développement économique. Il est vrai qu'au niveau mondial, il existe une corrélation négative entre le niveau de pratique religieuse et la croissance. Mais corrélation n'est pas causation. Le pays le plus riche du monde, après tout, les Etats-Unis, sont une exception à cette tendance, ainsi que l'Inde, qui est le pays à l'observance religieuse la plus forte au monde, observance qui n'a pas vraiment baissée alors que le pays a renoué avec la croissance. Si on se penche de plus près sur le christianisme, la Corée du Sud est passée d'un des pays les plus pauvres du monde à la sortie de la Guerre de Corée en 1950, à aujourd'hui une société ultra-technologique, plus avancée que l'Europe ou les Etats-Unis sur certains points -en même temps que le christianisme est passé d'une proportion négligeable de la population à presque 30% aujourd'hui. Et en Chine, le christianisme est en progression très forte en Chine, alors même que le pays connaît une croissance effénée.

Si on se rapproche de plus près, on constate plusieurs choses. Une nouvelle étude s'est penchée sur l'intervalle de revenus qui existe entre les blancs et les noirs aux Etats-Unis, et le rôle de la religion. Qu'est-ce qui est arrivé aux jeunes noirs qui ont grandi dans un environnement religieux il y a trente ans, par rapport aux autres? Ceux-ci gagnent mieux leur vie trente ans après, et ont des vies plus stables. 

Une étude de deux économistes américains, W. Bradford Wilcox et Nicholas H. Wolfinger pour le National Poverty Center américain montre que pour les pauvres vivant en milieu urbain, la foi a un impact concret dans leur vie : le fait de pratiquer sa foi est corrélé au fait d'avoir des relations maritales plus saines et plus fortes, ce qui est à son tour corrélé au fait d'avoir de meilleurs emplois et plus de stabilité économique.

Cela correspond aux travaux du sociologue Arthur Brooks, qui a étudié pendant vingt ans le bonheur : qu'est-ce qui provoque le bonheur, qu'est-ce qui rend heureux ? Sa conclusion : il y a quatre piliers qui permettent de construire le bonheur. Ceux-ci sont : le travail, la famille, la communauté (notamment les amis)...et la religion. 

Ca ne veut pas dire que si on n'a pas la foi on n'est pas malheureux, évidemment, mais ceux qui ont ces quatre piliers dans leur vie sont heureux, et ont également des vies stables. 

Et les piliers sont liés entre eux. Brooks parle également des Mormons, dont l'église américaine est gérée avec une efficacité redoutable, et qui gère le système d'allocations et d'aide sociale le plus important au monde. L'église Mormonne aide ses membres en ayant une approche holistique de la personne : une personne en grave difficulté sera d'abord aidée matériellement, mais ensuite coachée pour se remettre sur pied et trouver un emploi, et ensuite accompagnée psychologiquement et spirituellement afin que son retour dans une vie stable et prospère soit pérenne.

Il y a également des corrélations négatives entre la pratique religieuse et une série de comportements socialement destructeurs, comme le divorce, les comportements sexuels à risque (notamment à l'adolescence), le tabagisme, l'alcoolisme, la drogue. Il y a également une corrélation avec le fait d'avoir plus d'espoir et de sens dans la vie, d'estime de soi, et moins de stress.

Au niveau mondial, on parle souvent du travail énorme que font les organisations religieuses pour aider les plus pauvres. Mais contrairement aux ONG laïques, les religions n'apportent pas seulement une aide matérielle, mais également de l'espoir. Comme le raconte Matthew Parris, humanitaire athée, dans de nombreux cas l'impact des ONG religieuses est beaucoup plus fort et durable que celui des ONG laïques car il agit sur l'état d'esprit de ceux qui sont aidés, pas seulement leurs circonstances matérielles. 

La religion est souvent vue comme une matière purement privée, presque comme un hobby, sans rôle ou impact social, ou si c'est le cas, sous l'angle de questions de moeurs controversées. C'est pourquoi il est important de se rappeler que la foi a également un rôle social moins visible et bien réel, pour apporter de l'aide aux plus démunis, et pour renforcer la vie de nombreuses personnes. Rien de cela ne prouve la désirabilité -encore moins la vérité- d'aucune religion, mais ce genre de corrélations, partout avérées dans les études pertinentes en sciences sociales, apparaît très rarement dans le débat public, et il peut donc être bon de le signaler. 

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