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Rob Chambers prend la parole lors d'une présentation d'une mission prévue sur Mars au 68e Congrès international d'astronautique 2017 à Adélaïde le 29 septembre 2017.
Rob Chambers prend la parole lors d'une présentation d'une mission prévue sur Mars au 68e Congrès international d'astronautique 2017 à Adélaïde le 29 septembre 2017.
©PETER PARKS / AFP

Contamination biologique

Voilà pourquoi les agences spatiales veulent à tout prix éviter de contaminer Mars ou d’autres planètes avec des formes de vie terrestres

Depuis l'origine de la conquête spatiale, 30 engins spatiaux se sont posés sur Mars. Des microbes auraient pu survivre au voyage. Les agences spatiales sont mobilisées pour réduire ce risque au maximum.

Anna Alter

Anna Alter

Anna Alter est journaliste et écrivain. Docteur en astrophysique, elle a été journaliste à Science et Vie, à l'Evènement du jeudi, grand reporter à Marianne et rédactrice en chef adjointe de La Recherche. 

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Atlantico : Depuis le début de l’ère spatiale, l’humanité a envoyé environ 30 engins spatiaux sur la planète rouge et avec ces véhicules il est possible que des microbes se soient immiscés comme passagers clandestins. Est-il possible qu’ils aient résisté au voyage ?    

Anna Alter : Quand nous envoyons des engins sur place, nous prenons toutes nos précautions pour éviter de contaminer la planète rouge avec nos microbes. Pour une raison simple : si l’on veut savoir si notre voisine abrite ou a abrité de la vie, il faut être sûre que ce que nous analysons lui appartient en propre et que les éventuelles traces de vie qu’on y trouverait ne sont pas nos miasmes…Idem, si on veut connaître l’origine de la vie en regardant de près les comètes : ces petits corps célestes frigorifiés gardent la mémoire du système solaire à ses débuts et certains astrophysiciens, Fred Hoyle en tête, les soupçonnent d’avoir ensemencé notre planète en la balayant avec leurs grandes queues, d’après leur théorie de la panspermie nous leur devrions non seulement la vie  mais aussi quelques  épidémies. Le problème c’est qu’on ne sait pas qui contamine qui, où, comment, étant donné que nous sommes des sacs à microbes ambulants alors qu’on n’a jamais vu d’organisme extraterrestre vivant. Des bactéries s’installent dans notre corps à notre naissance, elles entrent par tous les orifices, colonisent nos nez, nos oreilles, nos intestins etc. Chaque millimètre carré de notre peau en contient des paquets. Nous avons beau stériliser nos appareils, nous sommes jamais sûr à 100% qu’un microorganisme ultra résistant n’a pas réussi à se faufiler dedans et passer dans le cosmos clandestinement. Franchir les barrages hygiéniques ou la frontière terrestre pour une bactérie capable de réparer son ADN comme  Deinococcus radiodurans c’est une partie de rigolade, elle peut s’adapter à des conditions extrêmes,  supporter des radiations,  endurer toutes les privations et même ressusciter quelques heures après sa mort.  Des chercheurs ont suivi cette bactérie très particulière dans l’espace et ils ont observé qu’elle arrive à survivre au moins trois ans sur des plaques d’aluminium placées à l’extérieur de la Station orbitale internationale, ce qui montre qu’elle résisterait parfaitement à un voyage sur Mars qui dure bien moins longtemps…. Et elle n’est peut-être pas la seule. 

Les agences spatiales semblent tout faire pour éviter que des contaminations biologiques fassent partie prenante du trajet. Pourquoi cela les préoccupent-elles ? Quels protocoles mettent-elles en place ?    

Le traité de protection planétaire ne date pas d’hier : signé en 1967,  il statue  que « les Etats qui effectueront l’étude de l’espace extra-atmosphérique, y compris la Lune et les autres corps célestes, et procéderont à leur exploration de manière à éviter  les effets préjudiciables de leur contamination ainsi que les modification nocives du milieu terrestre résultant de l’introduction de substances extraterrestres ». En fait, le problème est double et va dans les deux sens : en envoyant des engins ou en se rendant sur Mars on risque de la contaminer mais inversement en ramenant des échantillons de là-bas on risque d’introduire sur Terre des micro-organismes venus d’ailleurs et passés inaperçus  auxquels nos systèmes immunitaires ne sont pas préparés. Des protocoles ont été mis en place depuis le début de la conquête spatiale. Les sondes Viking envoyés sur la planète rouge en 1975 ont été scrupuleusement stérilisées séjournant des heures dans un bain à 115 degrés pour tuer tous les microbes.  Aujourd’hui pour ne pas abîmer les composants,  on utilise des techniques plus soft, et on lave et désinfecte chaque pièce en profondeur. En revanche, pour se prémunir contre les échantillons martiens qui vont être ramenés dans les années à venir, on est encore en train de réfléchir….

Qu’est-ce qu’impliquerait une contamination microbienne sur une planète autre que la nôtre pour les chercheurs ?  

Une contamination microbienne fausserait toutes les études et mettrait  les travaux des chercheurs en péril…. Ce qui n’empêche pas de rêver…. Nous envisageons de plus en plus sérieusement un vol habité vers Mars au quel nous comptons bien survivre. Si jamais nous débarquons sur la planète rouge, nous ferons tout pour garder nos microbes pour nous, enfermés sous des combinaisons stériles étanches. Il n’est de toutes les façons pas  question de se promener nus là-bas, l’atmosphère irrespirable ne se prête pas à ce genre d’exhibition… 

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