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Le président Emmanuel Macron et le ministre français de la Santé, Olivier Véran, lors d'une visite d'un centre d'appel de la Sécurité sociale dédié à la vaccination contre le Covid-19, en mars 2021 à Créteil.
Le président Emmanuel Macron et le ministre français de la Santé, Olivier Véran, lors d'une visite d'un centre d'appel de la Sécurité sociale dédié à la vaccination contre le Covid-19, en mars 2021 à Créteil.
©Ludovic MARIN / POOL / AFP

Déconfinement

Voilà les informations sanitaires vitales que le gouvernement aurait dû penser à inclure dans sa campagne d’auto-célébration sur les réouvertures

Pour promouvoir la stratégie du déconfinement et clarifier le calendrier des réouvertures, le gouvernement a dévoilé un clip. Cette vidéo, qui ne donne pas d'informations sanitaires vitales, est déjà très critiquée.

Christophe Daunique

Christophe Daunique

Christophe Daunique est consultant en management, spécialisé dans le secteur public. Il publie régulièrement des articles sur son blog personnel (https://christophe-daunique.medium.com/).

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Atlantico : Dans une vidéo de présentation du déconfinement, le gouvernement présente les dates clefs du calendrier des réouvertures avec de petites animations sans pour autant rappeler des informations sanitaires vitales. Peut-on établir des mesures de réouverture sans rappeler l'importance de porter des masques chirurgicaux dans les espaces clos ?  

Christophe Daunique : Depuis le début de cette pandémie, l’une des faiblesses majeures de la lutte contre le virus porte sur l’absence de prise en compte du mode de contamination par aérosols alors que c’est vraisemblablement le mode majoritaire. Concrètement depuis un an, il n’y a pas eu une seule communication officielle de la part du gouvernement sur le sujet. Par conséquent, lorsque je fais un rapide sondage autour de moi, très peu de personnes sont capables d’expliquer ce qu’est un aérosol et donc l’intérêt de porter un masque.

Au lieu de présenter une vidéo de présentation du déconfinement, qui ressemble plutôt à une bande-annonce de blockbuster, les autorités auraient mieux fait de produire quelques clips simples expliquant la contamination par aérosols. A titre d’exemple, je pense à un clip que j’ai vu à la télévision portugaise (que je n’ai malheureusement pas réussi à retrouver) où deux amis sont en train de discuter. Le clip représente les aérosols émis par l’un d’entre eux comme un nuage de points, semblable à un essaim, sortant de sa bouche et qui se dirige vers l’autre personne. De mémoire c’est un clip court, qui doit durer au plus une minute, avec une voix off explicative qui délivre très simplement et efficacement le message.

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Au-delà de cet exemple, il serait également utile de rappeler en conséquence l’importance de porter un masque chirurgical dans un espace clos avec les messages simples suivants :

  • La contamination par aérosols est le principal mode de contamination ;
  • Les aérosols sont émis par une personne lorsqu’elle respire ou parle ;
  • Dans un espace clos, mal aéré, ils ont tendance à s’accumuler ce qui augmente la probabilité pour les autres d’être contaminé ;
  • Le port du masque sert à réduire drastiquement les aérosols émis par une personne et donc diminue la probabilité pour les autres d’être contaminé ;
  • Un masque chirurgical filtre beaucoup plus les aérosols qu’un masque en tissu, et c’est pour cette raison que le premier doit être privilégié. L’ordre de grandeur à retenir est que le masque en tissu ne filtre généralement qu’entre 70 et 90 % des particules émises, alors qu’un masque chirurgical en filtre plutôt autour de 95 % ;
  • Un masque chirurgical doit être bien, mis et se porter sur la bouche et le nez puisque nous respirons aussi par là.

Par ailleurs, dans la mesure où l’approvisionnement en masque n’est aujourd’hui plus un problème, il pourrait également être utile d’inciter la population à porter des masques FFP2, dans des situations à risque, caractérisée par une forte densité de population dans un espace clos. En plus de filtrer les particules émises, ces masques permettent de filtrer considérablement les particules inspirées et protègent donc directement leur porteur.

Enfin, il y a deux autres points que je voudrais évoquer en conclusion de cette question :

  • La non-prise en compte suffisante de la contamination par aérosols après un an de pandémie reste incompréhensible à mes yeux alors que de nombreuses études et articles de scientifiques éminents convergent pour démontrer son importance et que de nombreux collectifs ( https://nousaerons.fr/, https://ducotedelascience.org/ …) ont essayé en vain d’alerter les autorités. Au niveau du gouvernement et des décideurs, notamment le Président de la République, je ne peux l’expliquer que par le fait qu’ils sont très mal conseillés par des personnes qui nient encore ce mode de contamination.
  • Les clips gouvernementaux et assimilés concernant la pandémie sont globalement très mauvais car ils sont trop peu explicatifs. Je l’ai décrit dans plusieurs articles personnels, au sujet des mesures barrière, de la vaccination, et de l’isolement.

Après un an de pandémie, pourquoi est-il important de rappeler que le taux de CO2 en intérieur joue un rôle majeur dans les risques de contamination ? Une bonne aération est-elle finalement la clef ? 

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Le Haut Conseil de la Santé publique vient justement de publier avant-hier le 3 mai 2021, un avis sur l’aération, la ventilation et la mesure du CO2 dans les établissements recevant du public. C’est probablement le document le plus complet, issu d’une institution publique, jusqu’à présent.

Concernant le CO2, son importance est très bien expliquée dans la note :

  • Il est difficile voire impossible de mesurer la concentration en particules virales dans l’air mais il est démontré que ces particules se dispersent de la même manière que les gaz expirés dont le CO2. Autrement dit, la concentration en CO2 est un proxy de la concentration en particules virales.
  • Indirectement, la concentration en CO2 est aussi un indicateur du renouvellement de l’air dans une pièce. Lorsque l’air se renouvelle, les molécules de CO2 vont quitter la pièce ce qui fait donc diminuer la concentration en CO2.
  • Par conséquent, le HCSP recommande, pour les commerces et autres établissements recevant du public, de mettre en œuvre des actions d’aération et d’assurer le bon fonctionnement de la ventilation.
  • Dans sa note, le HCSP recommande d’atteindre une valeur autour de 800 ppm en CO2 pour une situation dans laquelle toutes les personnes présentes portent un masque.
  • Dans un lieu de restauration, le HCSP propose de viser une valeur inférieure, par exemple de 600 ppm,  ce qui constitue pour lui un bon compromis entre la sécurité et ce qu’il est possible de réaliser.

Le meilleur moyen de mesurer la concentration en CO2 est de le faire via un détecteur ou capteur de CO2. Le HCSP décrit d’ailleurs dans sa note divers conseils à ce sujet, notamment pour utiliser cet appareil. De son côté, le collectif Du côté de la science aborde également leur utilisation et a même sélectionné des modèles qui lui semblent efficaces dans son site internet

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Le HCSP décrit dans sa note plusieurs manières de maîtriser la diffusion des aérosols.

La première manière consiste à diluer les aérosols en apportant de l’air neuf par aération / ventilation / renouvellement de l’air. Concrètement, plusieurs mesures sont envisageables :

  • Le plus simple est encore d’ouvrir systématiquement les fenêtres voire les portes de ces établissements, idéalement de deux côtés à la fois afin de créer un courant d’air. Ceci ne devrait pas poser de problèmes avec une météo printanière puis estivale. En revanche, cela peut poser des problèmes de sécurité dans certaines configurations.
  • Si ce n’est pas possible, il faut alors utiliser une ventilation mécanique, contrôlée à simple flux ou double flux ou encore une ventilation mécanique par insufflation. Mais cette option est moins simple à mettre en œuvre car elle implique de repenser la ventilation et peut donc nécessiter des travaux. Elle semble plus adaptée pour des grands établissements où il y a déjà des obligations fortes comme des établissements culturels ou des centres commerciaux.

S’il n’est pas possible de renouveler l’air, il faut alors éliminer les aérosols ce qui peut se faire de deux façons :

  • Des filtres HEPA, à haute efficacité, capables de filtrer les particules fines dans l’air. Ils sont généralement incorporés aux circuits de ventilation et de climatisation. Par conséquent, leur installation nécessite également des travaux, qui pourraient utilement être couplés avec ceux concernant la ventilation. Il faut également faire attention à les entretenir régulièrement.
  • Si cela n’est pas possible, il est alors possible d’utiliser des purificateurs d’air, c’est-à-dire des dispositifs portables qui servent à aspirer l’air vicié, le filtrer et le renvoyer idéalement dans un flux vertical. C’est par exemple une option possible à mettre en place sur les tables d’un restaurant pour éviter que les personnes installées en face ne se contaminent. C’est une mesure qui est en apparence simple, car on peut penser qu’il suffit seulement d’acheter le matériel, mais qui se révèle dans les faits beaucoup plus complexe car il faut réfléchir minutieusement à leur positionnement. Par ailleurs, elle est aussi coûteuse puisque ces appareils sont plutôt onéreux. A titre d’exemple, un restaurant californien a mis en place ce type d’appareils.

Une dernière mesure est aussi envisageable, il s’agit de de diminuer le nombre de personnes dans le local clos avec une jauge plus restrictive puisque cela agit directement à la baise sur le nombre d’aérosols émis. En revanche, cette mesure pose un problème économique pour la plupart des établissements. De plus, si elle n’est pas accompagnée d’autres mesures d’aération ou de filtration de l’air, le bénéfice potentiel de la demi-jauge est grandement limité puisque les aérosols restent dans l’air.

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