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Vin : pourquoi 2015 pourrait être la meilleure année de tous les temps pour les crus français (avant l’inéluctable déclin face à la Grande-Bretagne)
©Reuters

Goûtons voir si le vin s'ra bon ...

Vin : pourquoi 2015 pourrait être la meilleure année de tous les temps pour les crus français (avant l’inéluctable déclin face à la Grande-Bretagne)

Il y a de grandes chances pour que le réchauffement en France atteigne 6°C à la fin du siècle. Les changements climatiques auront alors des répercussions importantes sur le secteur viticole français qui sera confronté à une remise en cause ‘‘potentiellement radical’’, peut-on lire dans rapport de Greenpeace intitulé ‘‘Changements climatiques et impacts sur la viticulture en France’’.

Fabrizio Bucella

Fabrizio Bucella

Fabrizio Bucella est professeur des Universités (Université Libre de Bruxelles), physicien, docteur en Sciences et sommelier.

Il est Juré-Expert dans de nombreux concours internationaux, journaliste à la Revue des Vins de France, et il écrit régulièrement des articles et billets concernant le vin et la bière pour des sites spécialisés et généralistes.

Consultez son dossier des 10 meilleurs bars à vin à Bruxelles (Revue des Vins de France).
Son compte Twitter :@FabSommelier

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Atlantico: Dans quelle mesure le réchauffement climatique peut-il faire tomber la France de son piédestal dans le domaine viticole ? L'année 2015 marquera-t-elle l'apogée de la production de vins français, avant un long déclin, comme le prédise certains cavistes ?

Fabrizio Bucella : Le réchauffement climatique produit déjà des impacts sur la viticulture : avancée des dates de début de vendanges, augmentation du taux de sucre et diminution de l’acidité lors de la récolte, augmentation du poids des grappes de raisins … L’étude de Greenpeace indique qu’il faut ajouter le risque nouveau de maladies remontées du Sud (comme la flavescence dorée) couplé au risque de gel au printemps si le débourrement est précoce. Enfin, l’augmentation de température favorise également la croissance des moisissures du raisin.

Il est évident que la viticulture française sera bouleversée par l’augmentation structurelle de la température (on parle de 2 à 6°C à l’horizon 2050-2100 en fonction des scénarios). Réussira-t-on à endiguer cette augmentation ? La viticulture réussira-t-elle à s’adapter aux changements ? Comment le vignoble français, actuellement premier mondial en terme quantitatif mais surtout qualitatif va-t-il réagir ? Ces questions ne sont pas tranchées à l’heure qu’il est.

Quels sont les terroirs français qui risquent d'être le plus touchées et le plus rapidement ?

Les cartes prédictives sont sans appel, les vignobles du Midi seront les plus exposés, les conditions thermiques pourraient structurellement dépasser les 20° C. La vigne dans ces régions est déjà aux limites des potentialités biophysiques. Les cépages devraient migrer sur un axe sud-est / nord-ouest.

L’exemple que l’on prend souvent est celui de la Bourgogne, région septentrionale où le pinot noir trouve ses lettres de noblesses. Ce cépage a été planté partout dans le monde, en Espagne, Italie, Afrique du Sud, dans la Napa et Sonoma Vallée aux Etats-Unis ou encore en Australie ou Nouvelle-Zélande. Jamais il n’a été possible de créer des vins qui avaient la finesse et la complexité des grands bourgognes. Cela n’augure rien de bon pour les gourmets si le vignoble bourguignon devait disparaître suite au réchauffement climatique.

Quels sont les impacts ayant d'ors et déjà été constaté du réchauffement climatique sur la production viticole, en France ou ailleurs dans le monde ?

On se rappelle l’année caniculaire, celle de l’été 2003. Les bans de vendanges avaient été proclamés dès le mois d’août. Les raisins arrivaient surmûris en cuverie, presque confits. Les vins étaient souvent capiteux et lourds, chargés en alcool et manquant d’acidité. Verra-t-on dans les années qui viennent de plus en plus de millésimes qui ressemblent à 2003 ?

Dans le Languedoc-Roussillon ou en Australie par exemple, on a constaté des baisses de rendements et des blocages de maturation dus au stress hydrique. Il faudra sans-doute investir dans de l’irrigation dite de précision. Ces investissements sont longs et couteux et modifieront le cadre socio-économique de la production de vin.

En quoi ces changements climatiques entraînent-ils une modifications du goût du vin? Cela va-t-il pousser les Français à changer leurs habitudes de consommation ?

Des études ont été menées sur les choix des dates de vendange en lien avec la qualité microbiologique des mouts et leur arôme. On sait que le goût d’un vin rouge récolté précocement porte sur de arômes végétaux et herbacés, alors qu’à maturité ce sont les arômes de fruits rouges comme la fraise, la framboise ou le cassis. Enfin, en surmaturité le vin a des odeurs de figue ou pruneau qui rappellent des vins de type ‘‘cuits’’ ou ‘‘oxydés’’.

Si on prend comme hypothèse que le réchauffement climatique produit des vins qui ressemblent à des vins issus de raisins surmûris, les caractéristiques de fruits frais vont faire place à celles de fruits cuits. Le changement ne se fera pas du jour au lendemain mais la tendance de fond pourrait être celle-là.

Eléments d’analyse tirés de ‘‘Incidence de la date de récolte sur la stabilité microbiologique et l’arôme des moûts et des vins . Exemple du cabernet sauvignon’’, Alexandre Pons et al. Revue des Œnologues n°155, avril 2015 ainsi que de ‘‘Le changement climatique dans les vignobles méditerranéens – Etat des lieux et perspectives dans le Roussillon (France) et à McLaren Vale (Australie)’’, Anne-Laure Lereboullet, Revue des Œnologues ibid.

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