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Les activités de communication, notamment Radio-Vatican (23,5 millions d'euros de déficit) et le journal l’Osservatore romano (4,6 millions d'euros de déficit), sont un poste de dépense important du Vatican.
Les activités de communication, notamment Radio-Vatican (23,5 millions d'euros de déficit) et le journal l’Osservatore romano (4,6 millions d'euros de déficit), sont un poste de dépense important du Vatican.
©REUTERS/Dylan Martinez

Bonnes feuilles

Vatican, mini budget mais maxi efficacité : la réalité des chiffres des finances du Saint-Siège

Quel est vraiment l'état des finances du Vatican ? Le point avec un extrait de "Finance catholique" (1/2).

Antoine R. Cuny De La Verriere

Antoine R. Cuny De La Verriere

Antoine R. Cuny De La Verriere est docteur en Droit et fondateur de l'Observatoire de Finance Chrétienne - Christian Finance Observatory (OFCCFO).

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Certains auteurs ont décrit l’Église comme une institution sachant exploiter au maximum les ressources dont elle disposait : « maîtresse dans l’art d’économiser, elle sait prévoir l’avenir et constitue par là-même une organisation dont maints gouvernements devraient s’inspirer ». Peu d’organismes accomplissent autant avec si peu de moyens, et cela est rendu possible grâce au dévouement et à l’efficience de ses membres.

L’Etat du Vatican a parfois pu être décrit comme une société commerciale dès l’époque médiévale. D’aucuns font aussi remonter les principaux concepts économiques capitalistes à des origines chrétiennes. Pourtant, le manque de transparence financière, dénoncé depuis plusieurs décennies, et les différents scandales financiers, viennent atténuer quelque peu ces louanges. Même si le Saint-Siège a réagi par un ensemble de dispositions promulguées le 30 décembre 2010. Quoiqu’il en soit du mode de gestion, l’Église est restée une institution de charité qui se procure de l’argent par charité et qui le dépense pour la charité. Et pour accomplir cette mission, ni le trésor, ni l’habileté de l’administration financière du Vatican, ni ses revenus, ne suffisent à répondre aux innombrables demandes de secours.

En 2005, le Saint-Siège a dégagé un résultat positif de 9,7 millions EUR, malgré l’organisation du dernier conclave (qui a coûté 7 millions d’euros). Benoît XVI a souhaité consacrer cette somme « à des interventions caritatives pour manifester la proximité du Siège apostolique et de l’Église universelle envers les populations des pays touchées par les calamités de diverses natures ». Les budgets n’ont pas toujours été à l’équilibre. Rappelons qu’en 1975, le budget a été gravement déficitaire. Notamment parce qu’en 1974 les valeurs mobilières du Saint-Siège ont subi les conséquences de la chute des bourses internationales. Par ailleurs, le Vatican perdit une trentaine de milliards de lires en raison de la liquidation de la Banca Unione.

En ce qui concerne les éléments de son bilan, l’Etat du Vatican possède, tout d’abord, des actifs immobilisés corporels, à commencer par le territoire du Vatican, dont l’étendue a largement évolué avec le temps, jusqu’à voir son existence même menacée en 1870 lors de la naissance de l’Etat italien. Aujourd’hui, l’Etat de la cité du Vatican a une superficie de 44 ha et comptait au 31 décembre 2011, une population de 450 personnes. Le Vatican possède de nombreux tableaux, ce qui constitue un patrimoine culturel sans doute inestimable, mais en grande partie inaliénable. L’Etat du Vatican possède aussi des actifs immobilisés incorporels (p. ex. droits d’auteurs) et des immobilisations financières. S’agissant des titres de participations, c’est-à-dire des investissements qui visent à prendre part au développement d’une autre société, il est avéré que le Vatican possède des valeurs mobilières, en raison des surplus de trésorerie qui doivent être obligatoirement investis pour ne pas perdre de valeur.

A la fin des années 1970, certains observateurs ont évalué les capitaux investis à une somme oscillant entre cinquante et soixante-dix milliards de francs. Par exemple, un rapport officiel faisait état d’investissements dans 58 sociétés italiennes. The Economist écrivait le 27 mars 1965 « qu’avec un portefeuille de titres représentant une valeur de quelque deux mille millions de livres sterling, le pape est le plus important actionnaire du monde ». Certains de ces placements ont été dénoncés comme étant de nature spéculative. Le Saint-Siège est réputé pour avoir également fait de nombreux placements dans le domaine immobilier.

S’agissant de l’origine des fonds, le Vatican les tient des donations sous forme de denier de saint Pierre, dont l’usage remonte au VIIIe siècle, ou de legs. Les diverses ressources dispensent le Saint-Siège de recourir à l’impôt, même indirect. S’agissant du denier de saint Pierre, il a rapporté, en 2005, la somme de 46 millions EUR (enregistrant une hausse de près de 15 %), tandis que les diocèses du monde contribuaient à hauteur de 20,7 millions EUR (dont un tiers venait des États-Unis44, le reste surtout d’Allemagne et d’Italie)45. En 1958, selon l’Osservatore, les distributions de dons s’étaient élevées à environ 50 millions USD. Les recettes extraordinaires sont plus difficiles à évaluer puisque leur source est par définition irrégulière et inconnue. Il faut inclure dans cette catégorie les offrandes apportées par les pèlerinages. Les trois domaines d’Assise, de Lorette et de Padoue apportent également sous forme de biens fonciers un important appoint au budget du Saint-Siège, ainsi que les offrandes recueillies à Lourdes et Lisieux.

On mentionnera, par ailleurs, l’indemnité de 96 419,35 USD versée en 1956 au Saint-Siège par le gouvernement des Etats-Unis en réparation des dommages causés à Castelgandolfo, en 1944, par les bombardements alliés. L’Etat du Vatican dispose d’autres ressources. Il peut s’agir des rentes du bénéfice vacant, du papier timbré ou encore des pièces de monnaie de collection. S’agissant des dettes, il est arrivé par le passé que le Vatican recourt à l’endettement. Par exemple, en juillet 1870, le Saint-Siège emprunta 200 000 USD à la Banque Rothschild pour faire face à ses échéances. En 1919, le pape Benoît XV chargea son représentant aux Etats-Unis de négocier un prêt d’environ un million de dollars. Selon des sources officielles, en 1928, 1,5 millions USD furent remis au cardinal Mundelein, archevêque de Chicago.

Les dépenses du Saint-Siège sont variées. Les activités de la curie ont coûté, en 2005, la somme de 36,9 millions d’euros. Autre poste important : les activités de communication, notamment Radio-Vatican (23,5 millions EUR de déficit) et le journal l’Osservatore romano (4,6 millions EUR). Parmi les principales dépenses, on peut aussi citer les frais de canonisation, les frais de procédure devant les juridictions épiscopales (Rote, Signature), les écoles de Rome, les frais de bulles, les dépenses du consistoire public, les réceptions (ricevimenti) qui suivent l’imposition du galero, les largesses (mancie) obligées à divers personnages et employés du palais. Il faut aussi compter l’entretien ou la construction d’un séminaire, l’aumône à une église dévastée ou à une mission indigente.

Extrait de "Finance catholique, au fondement de la finance éthique et solidaire", Antoine R. Cuny De La Verriere (EMS éditions), 2013. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

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