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©DANIEL ROLAND / AFP

Marchés financiers

Valeurs boursières en baisse, taux en hausse : comment se protéger ?

Alors que la guerre en Ukraine s’étend, la Chine connaît un fort ralentissement. Les menaces de récession pèsent aux États-Unis et en Europe. Les pénuries de blé et les crises du bitcoin et des cryptomonnaies perturbent également les marchés financiers. Jusqu’à quand l’économie mondiale va-t-elle pouvoir résister ?

UE Bruxelles AFP

Jean-Paul Betbeze

Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.

Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ; 2012 : 100 jours pour défaire ou refaire la France, et en mars 2013 Si ça nous arrivait demain... (Plon). En 2016, il publie La Guerre des Mondialisations, aux éditions Economica et en 2017 "La France, ce malade imaginaire" chez le même éditeur.

Son site internet est le suivant : www.betbezeconseil.com

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Restez encore liquides, prenez patience ! N’achetez ni bons du trésor, ni actions. Ni bons du trésor, aussi longtemps que les prix augmentent et que les banques centrales montent leurs taux courts, dans l’attente de leur inflation stabilisée à 2% en moyenne. Ni actions, puisque la correction de ce qu’il faut bien nommer une bulle semble se poursuivre. « Bulle des actions », autrement dit des valorisations d’entreprises qui échappent aux calculs, mais pas aux politiques économiques, aux discours optimistes et aux « bonnes raisons » des experts et autres conseillers qui l’ont fait naître et gonfler.

N’en jetez plus, de ces nouvelles inquiétantes : laissez-nous les digérer ! L’euro est à 1,05 contre 1 dollar, comme en 2016 : bientôt à 1 pour 1 ? Le CAC 40 est à 6430 points, et non plus à 7360, comme en ce début janvier. Le fameux titre Apple cote 150, et plus 180 comme fin mars, et ainsi de suite pour les quelques valeurs phares qui faisaient, seules, monter l’indice. L’emprunt d’état américain à 10 ans est désormais proche de 3%, contre 1,7% il y a un an, et le même en France à 1,5% contre 0,3%. Il ne faut évidemment pas oublier le Covid-19 qui ne cesse de muter, la guerre en Ukraine qui s’étend, le fort ralentissement en Chine, les menaces de récession aux États-Unis et en Europe, l’inflation partout, les manques de puces informatiques et les pénuries de blé, les crises du bitcoin et de ces cryptomonnaies qui se prétendaient stables… La liste est longue de ce qui peut angoisser. Jusqu’à quand l’économie mondiale va-t-elle y résister ?

Essayons un premier diagnostic : ce qui nous arrive n’est ni tout à fait stagflation, combinaison instable de stagnation et d’inflation, ni heureusement slumpflation, où l’inflation cohabite avec la baisse de l’activité. Ce qui est nouveau aujourd’hui, c’est que ces deux diagnostics classiques sont pire qu’inadéquats, dangereux. D’abord, on parle beaucoup de stagflation. Aux États-Unis par exemple, le PIB a baissé de 0,3% au premier trimestre de cette année, après 4% en moyenne pour celui de 2021, avec 8,3% d’inflation. En zone euro, on n’est pas très loin non plus de ce couple problématique : 0,2% de croissance en début d’année, avec 7,5% d’inflation.

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Mais pourquoi donc ce couple d’indicateurs est-il si « problématique » ? Parce que la liste de leurs deux « solutions » est contradictoire. Monter les taux d’intérêt, dans une situation économique fragile, pour calmer les hausses de salaires ou les programmes d’investissement, c’est risquer la récession. Pire encore, réduire les dépenses publiques et surtout augmenter les impôts, un « prix » à payer le plus lourd, économique et surtout politique, c’est s’en approcher davantage. Heureusement, on ne parle pas de slumpflation, couple plus terrible encore, qui viendrait de terribles erreurs dans les « soins » portés à la stagflation !

Essayons ensuite d’attirer l’attention sur les deux risques qui ont déjà commencé : le krach boursier et le krach obligataire, deux écueils liés. Les taux longs artificiellement bas des bons du trésor ont créé une bulle boursière, pour aider à sortir de la crise financière des subprimes, en 2007-2008 ! Toutes les grandes banques centrales s’y sont mises, en achetant massivement des bons de leurs trésors. C’était le temps du fameux quantitative easing, pour faire baisser les taux longs et éviter une dépression « pire que 1929 », comme on disait à l’époque, pour faire tout accepter.

De fait, ces taux long  artificiellement  abaissés ont permis un creusement des déficits budgétaires sans coût (puisque les banques centrales créent elles-mêmes la monnaie pour acheter les bons du trésor) et sans risque (puisque ces mêmes banques centrales allaient les garder). Ceci a poussé les entreprises et les ménages à s’endetter, tout ce qui allait soutenir la bourse – un effet richesse bienvenu.

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Survient alors la pandémie qui pousse les États à accroître encore leurs déficits et les banques centrales à acheter davantage de bons du trésor. La crise du Covid induisait une récession en V, avec la chute quasi-immédiate des services. Mais, compensée par ces énormes soutiens monétaires et budgétaires, arrive très vite une reprise, puis une tension sur les marchés du travail, avec hausses des salaires puis des prix, donc des taux longs. Alors, les banques centrales n’ont plus le choix : elles doivent monter leurs taux courts ! On comprend bien pourquoi, dans un tel contexte, LUNA qui se voulait « stable coin », monnaie stable, ne peut résister et amène 40 milliards de dollars dans sa chute, le bitcoin continuant d’inquiéter, avec tous les membres de sa troupe.

Moralité : les taux courts vont continuer de monter, et les politiques de dire qu’ils vont réduire leurs déficits budgétaires, l’idée étant de tout faire pour calmer l’inflation. C’est seulement ainsi que la bourse se reprendra vraiment, et que l’on pourra sortir de la liquidité.

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