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Une infirmière américaine prépare un vaccin contre le Covid-19.
©Frederic J. BROWN / AFP

Contre-intuitif

Vaccination massive ET quatrième vague : mais que se passe-t-il aux Etats-Unis ?

Les Etats-Unis font face à une remontée des contaminations et craignent une quatrième vague de Covid-19, quand bien même 30% de la population est déjà vaccinée. Cette situation montre que le vaccin n'est pas suffisant pour espérer une sortie de crise rapide.

Antoine Flahault

Antoine Flahault

 Antoine Flahault, est médecin, épidémiologiste, professeur de santé publique, directeur de l’Institut de Santé Globale, à la Faculté de Médecine de l’Université de Genève. Il a fondé et dirigé l’Ecole des Hautes Etudes en Santé Publique (Rennes, France), a été co-directeur du Centre Virchow-Villermé à la Faculté de Médecine de l’Université de Paris, à l’Hôtel-Dieu. Il est membre correspondant de l’Académie Nationale de Médecine. 

 

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Atlantico : Malgré une campagne de vaccination intensive et accélérée par l'administration de Joe Biden, les Etats-Unis craignent une quatrième vague. Comment expliquer ce qui est pour l'instant un pic de remontée de l’épidémie malgré les mesures prises ?

Antoine Flahault : En effet les Etats-Unis ont vacciné environ 30% de leur population et malgré cela le nombre de cas remonte ou est en plateau élevé dans tous les Etats américains sauf six d’entre eux où la situation s’améliore mais reste fragile (Alaska, Mississipi, Arkansas, Georgia, Oklahoma et Wyoming). La situation aux Etats-Unis et au Canada se détériore comme en Europe, avec une remontée du taux de reproduction (R) qui reste cependant inférieur à 1,20 dans la plupart des Etats, mais comme les Etats-Unis sont dans une situation où le nombre de nouvelles contaminations quotidiennes est encore très élevé (de l’ordre de 70.000 nouveaux cas par jour et près de 1000 décès quotidiens), le risque, avec la remontée du R actuel serait d’enregistrer un doublement du nombre de cas toutes les deux ou trois semaines, ce qui à terme ne serait à nouveau pas soutenable.

La situation aux Etats-Unis relance-t-elle le débat sur l’efficacité des vaccins face aux variants ?

Pour être efficace au point de freiner significativement le processus épidémique, il faudrait arriver à une couverture vaccinale élevée de l’ordre de 60 ou 70%. Ce que provoquent les nouveaux variants éventuellement, c’est d’augmenter ce seuil d’immunité collective nécessaire pour protéger la population de nouvelles vagues épidémiques. Il faudra peut-être désormais 75 ou 80% de couverture vaccinale, mais en revanche on n’observe pas à l’heure actuelle de manque d’efficacité des vaccins sur les formes sévères qu’elles soient dues à de nouveaux variants ou aux souches originelles.

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Avec une couverture vaccinale certes presque trois fois plus élevée aux Etats-Unis qu’en Europe (30 contre 12%), mais très inférieure au seuil d’immunité collective, on ne pouvait pas espérer que les Etats-Unis puissent se trouver en mesure de bloquer l’arrivée d’une nouvelle vague de contaminations. Par ailleurs, comme en Europe ce sont plutôt les personnes âgées et vulnérables qui ont bénéficié les premières de la vaccination, et elles se trouvent plutôt en bout de chaînes de contaminations dans la communauté, donc les vacciner ne visait pas à casser ces chaînes dès leur origine. En revanche, la vaccination des personnes âgées a permis de les soustraire du risque de complications et de décès que l’on aurait eu à déplorer sinon en beaucoup plus grand nombre dans ce segment à risque de la population.

Dans les pays comme Israël qui ont réussi une vaccination rapide de leur population et rouvert certaines activités, les autorités demeurent prudentes. C’est également le cas dans les pays ayant choisi l’éradication du virus. Croire aux effets de la vaccination seule est-il une erreur ? La vigilance doit-elle rester la même avec une population vaccinée ?

La vaccination est une carte maîtresse qu’il convenait d’avoir tôt dans son jeu pour contrer la pandémie, et c’est désormais chose faite, mais on ne peut pas mettre tous ses œufs dans le même panier et il est capital d’associer une ambitieuse politique de vaccination de toute la population, à une stratégie complémentaire dite de « suppression » c’est-à-dire visant la circulation minimale du virus sur le territoire. Certains dirigeants européens semblent avoir cru pouvoir s’exonérer de cette étape. Mais on voit que seuls les pays qui arriveront à réduire substantiellement la circulation du virus devraient pouvoir être en mesure de rouvrir rapidement leur vie sociale et économique, tout en continuant à vacciner massivement leur population. Lorsque l’ensemble de la population aura eu accès au vaccin, on pourra alors réfléchir à lever les gestes barrières, sinon c’est que l’on ne croit pas que la vaccination est efficace ! En attendant, on peut, entre personnes vaccinées, dans la sphère privée, tomber le masque et les gestes barrières sans prendre de risque, de part et d’autre, de faire une forme grave de Covid. Entre personnes vaccinées et non-vaccinées, il convient encore de rester prudent et d’observer des précautions en particulier avec les personnes à risques, car une personne même vaccinée peut transmettre le virus. Dans la sphère publique, tant que tout le monde n’a pas accès à la vaccination, il convient que chacun, vacciné ou pas, respecte les mêmes règles.

Ce sursaut de la pandémie doit-il nous faire abandonner l’espoir d’une sortie de crise rapide, même en cas de vaccination ?

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Ce sursaut de la pandémie que l’on observe dans de nombreux pays nous montre que nous ne pouvons pas continuer la stratégie qui consiste à espérer « vivre avec » le virus. Cette stratégie dite en anglais de « mitigation » est valable pour lutter contre des pandémies de grippe mais on voit bien qu’elle est insuffisante pour lutter contre ce coronavirus. Certains pays ont choisi une stratégie visant à ne plus vivre avec ce virus, soit une stratégie de « suppression », c’est-à-dire de circulation minimale du virus, soit une stratégie zéro Covid, d’élimination du virus (on ne parle d’éradication qu’une fois débarrassé du virus de toute la planète, on y est loin). La stratégie de suppression peut être considérée comme un premier pas vers le zéro Covid et tous les pays d’Europe devraient rapidement s’en inspirer. Les Japonais ou les Sud-Coréens ont choisi ce modèle de suppression, mais aussi en Europe les Finlandais et les Norvégiens. Pour poursuivre avec l’exemple pragmatique du Japon qui a connu une deuxième vague au même moment que la France, son pic de contamination était de moins de 8.000 cas par jour pour 126 millions d’habitants. Autrement dit, le sommet de ce qu’on appelle une vague au Japon correspond à la décrue visée par la France (de moins de 5000 nouveaux cas par jour, objectif proposé par le Président de la République dans son discours du 28 octobre 2020). Il faudrait donc que la France, après ce troisième confinement n’accepte plus d’enregistrer plus de 5.000 cas par jour sur son territoire, et alors elle pourra espérer retrouver une vie sociale et économique très proche de la normale. Un tel objectif n’est évidemment pas encore accessible à la France qui flirte aujourd’hui avec 50.000 cas quotidiens et 300 décès. Il est néanmoins accessible à l’issue des mesures de confinement proposées le 30 mars dernier si l’on décide de mettre tous les moyens possibles pour l’atteindre et que l’on s’y tient (discours que l’on n’a pas entendu des autorités à ce jour).

Les mesures actuelles (fermeture des écoles et mesures de confinement et de restriction de la mobilité des Français) devraient permettre de parvenir à moins de 5.000 cas par jour en l’espace de cinq à six semaines (mais probablement pas en trois ou quatre semaines). Ensuite, il faudrait se préparer à mettre en œuvre les quatre piliers de cette stratégie de « suppression » que sont le contrôle sanitaire très strict aux frontières, la recherche rétrospective (« à la japonaise ») des contacts (alors que la France les recherche prospectivement et assez inefficacement, comme partout en Europe), le recours plus intensif aux traces digitales à la manière des enquêtes policières lorsque les autorités de santé investiguent des chaînes de contaminations, et enfin l’isolement efficace et garanti des personnes positives. Sans un tel dispositif, et sans de tels objectifs chiffrés, on risque de ne pas sortir de cet enchaînement de stop and go tant que la population n’aura pas été massivement vaccinée et tant que n’apparaissent pas de nouveaux variants qui échapperaient à l’efficacité conférée par les vaccins. En cas de stratégie de suppression, on ne laisse pas d’espace aux variants pour s’y déployer, comme on le constate actuellement dans les pays qui l’ont mise en œuvre. Le pari qui consisterait à se contenter d’un « vivre avec » couplé à l’actuelle campagne vaccinale serait très hasardeux. Il conviendrait donc de border les risques que nous connaissons bien désormais après plus d’un an d’expérience pandémique de par le monde, par une stratégie ambitieuse calquée sur celles que les champions dans la lutte contre cette pandémie ont adoptée. Si plusieurs pays européens partagent ensemble cette vision, alors ils pourraient s’unir pour créer un espace sécurisé commun à l’intérieur duquel les citoyens pourraient circuler sans risques et que le pass sanitaire pourra alors appuyer. N’était-ce pas l’objectif de l’espace Schengen ?

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