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Une très large étude anglo-saxonne révèle que l’impact des réseaux sociaux sur les adolescents est… mineur
©Reuters

Chassez le réel, il revient au galop

Une très large étude anglo-saxonne révèle que l’impact des réseaux sociaux sur les adolescents est… mineur

Selon une étude menée de 2009 à 2017 sur 12 000 adolescents britanniques par l'équipe de recherche de l'Université d'Oxford et publiée dans la revue PNAS, les effets de l'utilisation des réseaux sociaux sur le bonheur des adolescents (10-15 ans) seraient assez limités.

Michael Stora

Michael Stora

Michael Stora est psychologue clinicien pour enfants et adolescents au CMP de Pantin.

Il y dirige un atelier jeu vidéo dont il est le créateur et travaille actuellement sur un livre concernant les femmes et le virtuel.

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Atlantico : Selon une étude menée de 2009 à 2017 sur 12 000 adolescents britanniques par l'équipe de recherche de l'Université d'Oxford et publiée dans la revue PNAS, les effets de l'utilisation des réseaux sociaux sur le bonheur des adolescents (10-15 ans) sont assez limités. Les réseaux sociaux ont-ils les moyens de rendre les adolescents plus heureux ?

Michaël Stora : 10 et 15 ans, c'est deux âges très différents en termes de développement et d'inscription sur les réseaux. 10 ans, c'est vrai que c'est l'âge où l'on va commencer à s'inscrire sur certains réseaux sociaux spécifiques aux plus jeunes : Snapchat, Instagram entre autres. En 2014, les adolescents étaient encore sur Facebook, mais aujourd'hui, ils n'y sont quasiment plus.

Il faut rappeler que l'adolescence n'est pas une période d'épanouissement. Cela reste quand même une période de construction identitaire où les réseaux sociaux ont une fonction de relai de cette construction identitaire qui se faisait déjà dans la classe, la cour de récré, les booms, etc.

Ce qui est vrai, c'est que quand on rentre dans le détail de la philosophie de ces réseaux sociaux, c'est là où l'on se rend compte qu'ils ont installé des normes propres à une culture américaine, culture du waouh et de l'amazing, qui à l'adolescence, n'est pas toujours la meilleure des propositions. De plus, les réseaux sociaux proposent un modèle aux adolescents qui ne se sentent pas forcément bien s'ils ne sont pas à la hauteur de cet archétype. Pour finir, les outils que l'on propose sont peu créatifs alors que la créativité à l'adolescence est une des meilleures défenses face à la souffrance adolescente : que ce soit sur Facebook ou sur Instagram, on est dans la bataille des clones et dans l'exacerbation de la compétitivité des clones. Cette guerre n'aide pas dans le développement de l'adolescent.

Selon cette même étude, le bien-être dépend davantage de la situation familiale, sociale et scolaire des adolescents. Les réseaux sociaux ne participent-ils pas justement aux trois ?

Les réseaux sociaux restent finalement gadgets par rapport aux investissements affectifs essentiels que sont la famille, les amis et l'école. Cela me rassure plutôt sur le fait que le réseau social n'est qu'un vernis. Après, on a pu voir que dans certaines situations dramatiques, que le réseau social a un impact : le cyber bashing par exemple.

Les adolescents utilisent surtout Snapchat, donc de la messagerie et cette histoire d'entretenir la flamme. Donc c'est peut-être un relai et un amplificateur. Un ado qui va utiliser de manière excessive certains réseaux sociaux, peut-être de manière aliénante, va révéler qu'il y a un dysfonctionnement ailleurs. Au sein de la famille, mon travail clinique me montre que quand certains parents disent que les situations compliquées viennent de tel réseau social ou de tel autre, cela fait écran à une autre histoire. Finalement, les interactions réelles restent plus importantes. Même si on se demande parfois si les créateurs des réseaux sociaux ne veulent pas modeler l'humain dans sa réalité, ce n'est en fait pas possible. C'est une bonne leçon d'humilité pour les GAFA.  Le numérique sert le réel, et non l'inverse.

Le bien-être des ados est avant tout dans les interactions réelles, dans sa réussite scolaire par exemple. Une réussite scolaire aura beaucoup plus d'impacts que le nombre de like sur Instagram.

La place du réseau social dans l'épanouissement des ados ou dans leur construction identitaire a-t-elle changé entre leurs débuts et aujourd'hui ?

Oui, parce qu'avec les années, les grands frères et les grandes sœurs ont pris conscience de ce qui se passe chez leurs petits frères ou petites sœurs. Au-delà du fait d'être attentif à ce que les plus jeunes font sur ces réseaux, de leur conseiller certains usages, les grands frères ou les grandes sœurs remettent des normes. Les normes à cet âge-là, même si elles vécues comme contraignantes, sont aussi extrêmement contenantes. Ce phénomène vient aussi révéler des dysfonctionnements dans la parentalité : ce sont les adolescents plus âgés qui éduquent les plus jeunes sur ces questions. L'éducation entre paires est forte. Les parents parlent mal de ces questions de normes, surtout parce qu'elles touchent à la sexualité. Il faut dire les choses : les réseaux sociaux sont aussi utilisés pendant cette période où la question de la sexualité surgit. Donc par exemple, les grands frères ou sœurs, nés dans les années 2000, préviennent la sexualisation trop précoce présente sur certains réseaux. Ils rappellent qu'il faut respecter l'âge que l'on a.

On constate néanmoins, que cette "adultification" des adolescents depuis dix, quinze ans, n'a rien à voir avec les écrans. Elle peut l'influencer mais il y a déjà un contexte familial. Il faut faire attention : les interactions réelles, encore une fois, vont impacter le virtuel, et ce n'est pas l'inverse.

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