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Une nouvelle étude montre que si, l'argent fait bien le bonheur...(et de plus en plus)
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épanouissement

Une nouvelle étude montre que si, l'argent fait bien le bonheur...(et de plus en plus)

Selon une récente étude, la corrélation entre le revenu et le bonheur n'a cessé d'augmenter au fil des ans chez les personnes âgées de 30 ans et plus entre 1972 et 2016. Quelles sont les raisons permettant d'expliquer ce lien entre bonheur et argent ?

Pascal Neveu

Pascal Neveu

Pascal Neveu est directeur de l'Institut Français de la Psychanalyse Active (IFPA) et secrétaire général du Conseil Supérieur de la Psychanalyse Active (CSDPA). Il est responsable national de la cellule de soutien psychologique au sein de l’Œuvre des Pupilles Orphelins des Sapeurs-Pompiers de France (ODP).

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Sandra Ouaknine

Sandra Ouaknine

Sandra Ouaknine est psychologue clinicienne à Neuilly-sur-Seine. 

 

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Atlantico.fr : The Expanding Class Divide in Happiness in the United States, 1972—2016, publié la semaine dernière dans la revue « Emotion », a révélé que chez les personnes âgées de 30 ans et plus, la corrélation entre le revenu et le bonheur n'a cessé d'augmenter au fil des ans. Quelles sont les raisons permettant d'expliquer cette connexité entre bonheur et argent ? 

Sandra Ouaknine : Si l’adage dit « l’argent ne fait pas le bonheur » on entend de plus en plus la suite «  mais il y contribue largement »... Plus encore aujourd’hui, la notion de pouvoir et de toute puissance passe la propriété, la possession. Posséder rassure, pouvoir consommer permet d’éviter la frustration qui est pour beaucoup source d’un fort conflit intérieur. Nous vivons dans une société qui pousse à la consommation révélant pour beaucoup ce qu’on appelle une intolérance à la frustration qui se révèle la plupart du temps par des symptômes anxiodepressifs, lorsque la personne ne peut consommer comme elle le souhaite. 

Ainsi, on peut comprendre aisément l’augmentation de la corrélation entre bonheur et revenu. Bien gagner sa vie, permet d’accéder plus facilement à ses rêves, ses envies et d’oublier toutes les frustrations grâce au matériel, avoir une belle maison, une belle voiture, faire de beaux voyages. Aujourd’hui tout est tellement plus simples et finalement plus accessible que pour ceux qui ne peuvent y avoir parvenir cela devient finalement encore plus frustrant que par le passé. 

Pascal Neveu : Il s’agit d’une vaste enquête sociale générale, à laquelle 44 198 participants ont répondu.

Car la corrélation argent/bonheur questionne l’humain.

Mais les résultats sont plus complexes que se dire « Je suis plus heureux si je gagne beaucoup d’argent ».

L’argent rassure, l’argent fait rêver, l’argent permet, l’argent illumine… mais n’est pas synonyme de bonheur.

Ainsi, l'Université de Princeton montrait en 2010 qu'à des niveaux supérieurs à 75 000 $, une augmentation du revenu n'est pas associée à un plus grand bonheur.

En 2012, une étude publiée dans la célèbre revue Nature, effectuée auprès de 1,7 millions de personnes sur toute la surface du globe, permettait de se définir comme « heureux » par « régions » en fonction des revenus bruts et affinait les montants.

De manière décroissante :
Australie/Nouvelle Zélande : 125 000 $
Moyen-Orient/Afrique du Nord : 115 000 $
Asie : 110 000 $
Amérique du Nord : 105 000 $
Europe de l’Ouest/Scandinavie : 100 000 $
Asie du Sud-Est : 70 000 $
Europe de l’Est/the Balkans : 45 000 $
Afrique sub-saharienne : 40 000 $
Amérique Latine/Caraïbes : 35 000 $

Ces données sont bien évidemment très subjectives, fonction du PIB, de notre relation à la symbolique de l’argent, de notre culture, de l’importance du regard social… Mais cette disparité est importante à souligner pour discuter de cette dernière étude uniquement américaine. (face au contexte actuel, sont cités les résultats et la terminologie publiés dans cette étude ; des majuscules sont présentes pour le respect de la dignité humaine, ainsi que deux guillemets afin qu’il n’y ait aucune polémique)

Il a par exemple été constaté une division croissante du bonheur dans les « classes », le bonheur des Blancs sans études diminuant régulièrement depuis 1972, tandis que le bonheur des Blancs avec des études universitaires est resté stable.

En revanche, pour les Afro-Américains, les résultats étaient différents mais reflétaient toujours une corrélation croissante argent-bonheur: les niveaux de bonheur des Noirs sans diplôme universitaire sont restés stables depuis 1972, tandis que le bonheur des Noirs avec un diplôme universitaire a augmenté. Pour les deux « races », l'écart de bonheur par l'éducation s'est creusé.

L’étude a également porté sur une question fondamentale : « Dans l'ensemble, comment diriez-vous que les choses se passent de nos jours? Diriez-vous que vous êtes très heureux, assez heureux ou pas trop heureux? »

Les réponses portent sur le style de vie et non sur leurs émotions.

Nombre de questions ne sont pas posées afin de mieux cerner l’aspect socioculturel du panel, l’idéal de vie, leur connexion aux réseaux sociaux, à la téléréalité… Cette étude me semble méthodologiquement très incomplète.

Entre autre, en interrogeant les 10% gagnant plus que le « revenu du bonheur », seuls 5% affirment être « très heureux » face aux autres.

Et l’étude conclut que seuls 1% sont beaucoup plus satisfaits de leur vie que tout le monde.

Il n'a donc toujours pas été trouvé de preuve que le bonheur diminue ou augmente après un certain revenu.

Pour autant, la relation revenu/bonheur semblerait plus forte maintenant qu'au cours des décennies précédentes, et la baisse du bonheur parmi les personnes à faible revenu peut être le résultat d'une augmentation des inégalités, augmentation de la valeur des biens immobiliers et diminution de la capacité de payer les études.

Les nouvelles générations seraient donc plus sensibles à l’appât du gain afin de tendre vers leurs réalisations et l’idéal du bonheur.

Nous sommes face à une situation exceptionnelle depuis plusieurs semaines... Pensez-vous que les diverses crises sociales, économiques et sanitaires peuvent consolider ce rapport entre bonheur et revenu ? 

Sandra Ouaknine : Ce que nous venons de vivre nous a tous fait travailler quelque chose de très difficile : « le lâcher prise », avec le covid, le confinement, les incertitudes qui y sont associées, toute projections dans le futur étaient impossibles. Ce qui a fait beaucoup de bien à de nombreuses personnes. Ce retour à la simplicité, au quotidien, va sans doute remettre les choses à leur place. Cette période que nous venons de traverser nous a permis de nous recentrer sur l’essentiel et des désirs profonds. Finalement, on ne peut pas faire de généralités, puisque finalement ce confinement aura pour conséquence, soit l’acceptation de ce que nous possédons déjà ou finalement exacerbera le sentiment de frustration de ce que nous n’avons pas... 

Pascal Neveu : Je ne peux m’exprimer au niveau mondial. Mais en France, suite à de nombreuses réunions mêlant ces différents aspects et les conséquences psychosociologiques liées au confinement, nous sommes très inquiets.

D’un côté la Covid-19 nous a renvoyé à un contexte de mort qui fait écho à plus d’un titre et notamment à notre relation à l’argent et au bonheur (je reviendrai sur cette notion de bonheur). D’un autre côté, entre celles et ceux qui ont pu travailler, les autres ne percevoir aucun revenu, un grand nombre craindre pour leur retour à l’emploi, dans des contextes de prêts, de projets de vie heureux… tant de questionnements liée à cette crise multiforme inattendue nous faisant plonger dans une réalité et irréalité ! Sans oublier un historique de crises passées qui reviennent en mémoire et nous amènent à des comportements de protection… d’angoisses dans un monde confiné où les moments de plaisirs sont limités, où l’on vit la frustration… comme nos aînés ont vécu à une époque sinistre des privations terribles, morbides… Des conflits ont émergé entre les « privilégiés » et les « privés » de la vie et de plaisirs.

D’ailleurs d’où cette libération post-confinement.

Chez les personnes âgées, beaucoup ont tendance à amasser de l'argent, voire le cacher, afin de lutter symboliquement contre la vieillesse et la mort.

L'argent porte donc une symbolique très puissante. Il est synonyme de puissance et de plaisir absolu. Il permet à certains d'exercer un pouvoir sur les autres, dans le couple, en famille ou au sein de l'entreprise.

L'argent représente aussi la sécurité, la protection.

Plusieurs études montrent que suite à une confrontation à la mort, notre relation au bonheur et à l’argent est considérablement modifié.

Est-ce que ce « trésor » que nous donnerait l’argent serait… la liberté ? Celle de faire, d’être et d’avoir…

Celui ou celle qui a la liberté de faire grâce à ses revenus ce qu’il a envie de faire, d’être qui il veut être et de posséder ce qu’il a envie de posséder pourrait alors se considérer comme heureux !

Oui, l'argent est source de plaisir. Mais un plaisir éphémère, instable quand il vient combler un vide intérieur avec le risque de générer une dépendance.

Egalement quand l’argent compense une faille narcissique, identitaire.

Mais nous l’avons hélas vu et subi… l’argent n’a pas permis de soudoyer la grande faucheuse qui se présentait à nos portes.

L’argent a été utilisé via des achats compulsifs, ou au contraire a été protégé, voire fructifié par certains traders ou aguerris de la bourse…

Mais, in fine, toutes les études ont montré que l’absence de lien social et affectif avait été le gros manque, l’argent ne pouvant pas acheter le bonheur.

L'adage "l'argent ne peut pas acheter le bonheur" est-il encore d'actualité selon vous ? 

Sandra Ouaknine : Comme je le disais plus haut, l’argent contribue largement au bonheur, particulièrement dans la société d’aujourd’hui. Si posséder permet pour certains d’assouvir le sentiment de toute puissance, ce que nous venons de traverser est venu mettre à mal cette « pseudo certitude », car face à la maladie personne ne s’est révélé invincible et pour beaucoup le covid est venu mettre en exergue notre vulnérabilité et nous remettre finalement tous au même niveau face à la maladie, à la mort et ce quelque soit notre revenu, notre catégorie socio professionnelle. 

Pascal Neveu : L'argent peut peut-être acheter le bonheur… mais si on sait comment l'utiliser !

Dans un premier temps faudrait-il d’abord déjà être capable de définir le bonheur… cette utopie dont le cheminement est une succession de moments et de vie de plaisirs et d’amour.

Depuis des décennies, on a questionné les gens sur leur état de satisfaction, et les chercheurs ont évalué que le bonheur se vivrait en U.

A 18-25 ans, nous serions heureux, mais les années passant, on le serait de moins en moins jusqu’à ce qu’on arrive à la base du U qui se situe vers 40-45 ans.

Par la suite, la courbe remonterait si bien que vers 60 ans le bonheur est de retour. Évidemment, tout le monde ne rapporte pas être parfaitement heureux à 18 ans et à 60 ans, mais les moyennes sont plus élevées.

Par exemple, le fait d’avoir moins de responsabilités pourrait entrer en jeu. Si on a relativement peu d’argent à 18 ans, normalement vers 60-65 ans la situation est meilleure, avec moins de responsabilités et souvent plus d’argent.

Pour autant, que ce soit notre argent, notre travail, nos relations, notre famille, nos expériences de vie n’apportent pas le bonheur. Car le bonheur reste un état intérieur.

On peut vivre seul, sans un sou, sans grande occupation ou désir de réussite, se contenter de méditation, et être heureux.
Tout autant heureux que la personne riche, en couple avec des enfants et un travail rémunérateur.
L’argent n’apporte pas tout alors que le bonheur est un état intérieur.

A contrario, des études montrent que le manque d’argent peut bien évidemment être une source de mal-être de dépression et d’anxiété.

 Il s’agit à nouveau d’une réflexion philosophique sur l’argent. Les politiques et les économistes se sont déjà emparés de ces réflexions.

Il faut absolument penser l’humain et le droit non seulement à son bonheur, mais surtout à ne pas être malheureux ni dans la souffrance.

Une réflexion plus humaniste nous amènerait à comprendre qu’une fois nos besoins satisfaits nous puissions tous devenir égaux devant le bonheur.

C’est une réflexion collective.
La question du revenu universel est un sujet qui, suite à cette crise sanitaire et économique mondiale, revient dans les réflexions.
Pour autant l’être humain, dans sa complexité, même s’il n’angoisse plus ou moins quant à sa survie financière, se posera toujours indéfiniment la question du bonheur.

Le bonheur n’existe pas. Y tendre et espérer le toucher est sans doute l’espérance d’une vie.

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