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Tout sur le dessous des chiffres du retour à la croissance : ce que l’on a vraiment perdu depuis 2008 (ça fait peur) et à qui nous devons quoi
©Reuters

Hollande, Macron ou… Draghi ?

Tout sur le dessous des chiffres du retour à la croissance : ce que l’on a vraiment perdu depuis 2008 (ça fait peur) et à qui nous devons quoi

Après 1.1% en 2016, la croissance économique française atteint son plus haut niveau depuis six ans avec un chiffre de 1.9% pour 2017. Un résultat qui mérite d'être mis en perspective

Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann

 

Nicolas Goetzmann est journaliste économique senior chez Atlantico.

Il est l'auteur chez Atlantico Editions de l'ouvrage :

 

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Atlantico : Après 1.1% en 2016, la croissance économique française atteint son plus haut niveau depuis 6 ans avec un chiffre de 1.9% pour 2017. Comment interpréter un tel résultat ?

Nicolas Goetzmann : Il s'agit en effet du meilleur résultat depuis l'année 2011, qui fut une année de reprise post-crise. Avant les erreurs commises dans la stratégie économique européenne qui avait conduit à cet effet de "double creux" que l'Europe a connu, au contraire des États Unis par exemple. Il est donc naturel de se féliciter de ce résultat, mais il convient immédiatement de le mettre en perspective.

Il faut distinguer l'économie française de 1999 à 2007, c’est-à-dire la période qui débute avec la naissance de l'euro, et se termine par la grande crise de 2008, de la période qui la suit, c’est-à-dire de 2008 à fin 2017. Entre 1999 et 2007, la croissance moyenne en France est de 2.30% par an. Cette même moyenne a été de 0.71% entre 2008 et 2017, soit un effondrement de 70% de ce que nous avons connu auparavant.

Pour être encore plus concret, il est intéressant de suivre l'évolution de la croissance nominale, c’est-à-dire la croissance que l'on pourrait qualifiée de "brute" dont l'inflation n'est pas encore retranchée, qui peut être comparée grossièrement à l'idée de la croissance du chiffre d'affaire pour une entreprise. Cette notion de croissance nominale, c'est aussi ce que l'on appelle "la demande". Là encore, d'une moyenne de 4.04% entre 1999 et 2007, le chiffre moyen de 2008 à 2017 n'a été que de 1.71%. La chute est sévère et atteint 58% entre les deux périodes.

La croissance nominale est importante puisqu'elle permet également de mettre la croissance 2017 en perspective. En terme nominal, la croissance 2017 a été de 2.75% contre une moyenne de 4.04% entre 1999 et 2007, ce qui signifie que nous sommes encore bien en deçà des chiffres de cette période. Et pourtant rien ne justifie un tel écart, il n'est pas possible de se résigner en pensant que ce dont était capable l'économie dans les années 2000 serait inatteignable aujourd'hui. La seule explication possible est justement notre résignation, notre accoutumance, après 10 ans, à une croissance qui reste encore médiocre.

Médiocre parce que le taux de croissance annuel ne fait pas tout. Il faut arriver à se représenter l'économie française comme un édifice qui se construit année après année, qui grandit ainsi de façon progressive. Ce qui apparaît alors, c'est une plaie béante de 10 années. On peut voir la muraille de Chine depuis la lune comme on observe la grande crise de 2008 sur des séries statistiques longues, et l'on aperçoit alors cette faille qui a écrasé l'économie du pays sur une décennie. Pour se figurer de cet écart, il suffit d'observer l'évolution du PIB nominal français (qui comptabilise l'inflation) et de le comparer à ce qu'il aurait été si l'économie française avait simplement suivi son rythme d'avant crise, c’est-à-dire la même moyenne qu'entre 1999 et 2007, et le résultat est la :

PIB nominal trimestriel (Ligne rouge) et tendance de la croissance du PIB nominal (99-2007 – Ligne noire). INSEE

L'écart entre les deux lignes, entre ce que nous avons et ce que nous aurions pu avoir atteint le chiffre de 30% de croissance nominale, un manque à gagner qui ferait passer notre PIB de 2300 milliards à 3000 milliards d'euros. C'est ce que nous avons perdu au cours de cette crise. L'idée n'est donc pas d'en revenir à un taux de croissance annuel qui serait équivalent à ce que nous avions avant crise, mais de savoir ce que nous devons entreprendre pour rattraper, au moins en partie, ce que nous avons perdu au cours de ces 10 dernières années. Mais cette question n'est même pas abordée par nos dirigeants.


Le président LR de la commission des Finances de l'Assemblée nationale, Eric Woerth a déclaré "Entre nous, n'importe quel président de la République aujourd'hui aurait le même taux de croissance, ce n'est pas un effet Emmanuel Macron". Dans quelle mesure cette ​ affirmation est-elle réaliste ? ​

L'idée d'un effet Macron est un peu curieuse. Il suffit de prendre un peu de recul pour s'en rendre compte. La croissance de la zone euro est à son plus haut de 10 ans, à 2.5% pour l'année 2017, c’est-à-dire plus que celle de la France. La question qui se pose alors est celle-ci : Emmanuel Macron a-t-il provoqué un tel bouleversement pour en arriver à faire gonfler la croissance au-delà même des frontières française (l'Espagne est à 3.0%, l'Allemagne à 2.2%) par un effet de rayonnement ou est-ce qu'inversement, c'est la politique économique européenne qui porte ses fruits ? La première version est évidemment absurde. La croissance de la zone euro est le résultat de l'action de la BCE qui est menée depuis 2012, et qui a permis de sortir le continent de la déflation dans un premier temps, et de raviver la croissance dans un second temps. Emmanuel Macron est là au bon moment, c'est un fait, mais il n'a pas grand-chose à voir avec le résultat. C'est Mario Draghi qu'il faut remercier.

Selon une tribune publiée par Slate.fr "Et si la politique de François Hollande avait finalement relancé l'économie française ? " l'économiste Pierre Rondeau émet l'hypothèse qu'une part du résultat actuel serait la conséquence de la politique menée par François Hollande au cours du quinquennat précédent. Qu'en est-il ? 

Les réformes de l'offre n'ont, par définition, qu'un impact extrêmement limité sur la croissance qui dépend essentiellement de l'action de la Banque centrale. Si l'offre ne rencontre pas la demande, il n'y a rien à attendre. Si une carrosserie est améliorée (l'offre) mais que le moteur est à l'arrêt (la demande), il ne peut pas y avoir de résultat. Encore une fois, c'est bien la BCE et son président Mario Draghi qui ont permis ce retour de la croissance, mais on pourrait surtout objecter qu'il serait temps d'en faire beaucoup plus pour rattraper le chemin perdu.

Mais peut être est-il possible d'émettre l'hypothèse que François Hollande a permis ce revirement de la BCE, au tout début de son mandat, lors de la réunion de Camp David en mai 2012, qui avait vu Angela Merkel être cernée par Barack Obama et un président français fraichement élu, pour la forcer à laisser Mario Draghi agir dans le sens d'une relance européenne. En sortant de cette réunion, François Hollande avait déclaré « Je considère que le mandat qui m’a été confié par les Français a déjà été honoré".  Ce qui est peut-être un signe, mais sans que cela soit confirmé. Quoi qu'il en soit, Mario Draghi ouvrait le bal de ses actions deux mois plus tard, en lançant son "Whatever it takes" qui a été le premier signe d'une reprise en main économique par la BCE. 

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