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Tout ce que vous risquez à ne pas vous soigner les dents
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On vous aura prévenus

Tout ce que vous risquez à ne pas vous soigner les dents

"Tant qu'on n'a pas mal, pas la peine d'y aller !" Ou alors, "c'est trop cher". Les excuses ne manquent pas pour ne pas se rendre chez le dentiste. Pourtant, à l'éviter, on court de gros risques, comme (eh oui !) une endocardite infectieuse.

Harold  Lhermite

Harold Lhermite

Harold Lhermite est chirurgien-dentiste.

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Atlantico : D'après une récente étude, 80 % des Français ne vont pas plus d'une fois chez le dentiste par an. Pourtant, les maux bucco-dentaires sont nombreux. Comment expliquer que les Français soient si nombreux à accorder aussi peu d'importance à un élément pourtant essentiel de leur santé ?

Docteur Harold Lhermite : Quatre des principaux « freins » à la visite annuelle recommandée par l’UFSBD (Union Française de la Santé Bucco-Dentaire) :

La peur du dentiste demeure tenace : 13% des français ont encore peur de se rendre chez leur dentiste (Source IPSOS 2012). La peur d’avoir mal chez le dentiste est aujourd’hui totalement infondée car la douleur en cours de soin est devenue rarissime, tant les techniques et produits anesthésiants dont nous disposons sont efficaces. Mais la « mémoire collective » des soins prodigués dans les décennies précédentes et les histoires familiales entretiennent ce phénomène.

Il y a aussi ceux qui jouent la montre « tant que je n’ai pas mal, c’est que tout va bien » ! Politique de l’autruche bien connue. Et comme il est relativement difficile de se rendre compte que l’on a un problème bucco-dentaire et/ou de son importance (sans le voyant « douleur » allumé), on se dit « ça va passer tout seul ou j’irais plus tard, quand j’aurais le temps ».

La bouche demeure un endroit intime, c’est le premier « pas» vers l’intérieur du corps. "Violer" cette intimité peut parfois faire reculer certaines personnes.

Enfin vous avez le facteur financier qui entre en ligne de compte. Ce sujet est hautement polémique du point de vue des professionnels de la santé que nous sommes. Depuis plusieurs années maintenant, les pouvoirs publics, relayés par les médias nationaux (sous lobbying des mutuelles vers qui glisse doucement la prise en charge de la santé bucco-dentaire notamment avec les largesses accordées par la Loi Le Roux du 27 Janvier 2014), stigmatisent la profession en la rendant responsable du coût des soins et des prothèses (comme elle le fait d’ailleurs avec nos confrères médecins libéraux de plus en plus sous pression concernant leurs honoraires libres).

Le fait est qu’une partie non-négligeable de la population française n’a pas forcément les moyens de se faire soigner là où elle l’aimerait et doit se diriger vers les centres mutualistes, vers les structures hospitalo-universitaires, voire à l’étranger (tourisme médical) avec les divers désagréments que cela peut engendrer, notamment en cas de problème post-traitement.

La mise en place depuis 2000 de la CMU (Couverture Médicale Universelle) a, de ce point de vue, été une véritable avancée en permettant aux plus démunis d’avoir accès aux soins.

Quels sont les risques les plus fréquents, à ne pas prendre suffisamment soin de ses dents ?

10% des Français ne se brossent pas les dents 1 fois par jour, et 1 Français sur 3 ne se brosse pas les dents 2 fois par jour (2010).

Le temps moyen de brossage des français est de 43 secondes alors que sont nécessaires 2 brossages de 2 minutes par jour (matin et soir).

Comme ces chiffres nous le prouvent, nous sommes de mauvais élèves en terme d’hygiène bucco-dentaire et ce malgré l’action importante des pouvoirs publics dans le développement des campagnes de prévention sur le terrain ou bien encore d’information et d’éducation via divers médias.

Les risques principaux sont de deux ordres :

-        Le développement des caries dentaires (infections pouvant entrainer des abcès si elles ne sont pas soignées à temps).

-        L’atteinte des tissus de soutien des dents, gencive et os, pouvant entrainer la perte pure et simple des dents si rien n’est fait.

-        Ne négligeons pas non plus les divers cancers buccaux qui sont souvent « silencieux » mais détectables par un professionnel. Les dépister très tôt augmente considérablement les taux de succès des traitements.

Il est également question d'infections qui pourraient mener à des infections sur le cœur. Qu'en est-il, véritablement ? Ce lien est-il pertinent ?

Lors de soins dentaires, d’abcès non pris à temps, voire lors d’un brossage énergique blessant la gencive d’une bouche mal entretenue, des bactéries peuvent transiter dans la circulation sanguine. Ces bactéries présentes dans le sang peuvent, lors de leur passage au niveau du cœur, se fixer et se développer sur le revêtement interne de ses cavités (endocarde) et plus particulièrement sur les valves cardiaques engendrant donc l’endocardite infectieuse.

L’incidence de cette infection est faible (2200 cas/an  en France), mais son taux de mortalité est élevé (20%). Et lorsqu’elle ne tue pas, l’infection peut entrainer de nombreuses complications comme une insuffisance cardiaque grave, une infection généralisée, des troubles rénaux ou du rythme du cœur. Dans certains cas, il peut même se produire un accident vasculaire cérébral (AVC).

Quelles sont les populations les plus concernées par ce manque d'hygiène ? Finalement, les dents – et la santé bucco-dentaire –  constituent-elles un marqueur social ? Pourquoi ?

Toutes les couches socio-culturelles sont concernées par le manque d’hygiène.

Cependant, on peut trouver des facteurs économiques et sociaux à ce dernier car plus la partie la population observée est pauvre et d’éducation réduite, plus l’hygiène bucco-dentaire diminue. Ainsi 80% des problèmes d’ordre bucco-dentaire se concentrent sur 20% de la population française.

La question du marqueur social est pertinente, car dans nos sociétés occidentales modernes, avoir de belles dents et un beau sourire sont devenus des conditions sine qua none à une représentation d’une bonne santé. Le sourire est sans doute un des composants essentiel de la vie sociale et des relations humaines. Comme le disait Charlie Chaplin "le sourire est le chemin le plus court entre deux personnes".

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