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Une personne sur le stand de Pôle Emploi lors d'un salon sur l'emploi.
Une personne sur le stand de Pôle Emploi lors d'un salon sur l'emploi.
©PHILIPPE HUGUEN / AFP

Réalités économiques

Tensions inflationnistes sur le marché de l’emploi : quel est le taux de chômage optimal ?

Des économistes de l’Université Brown et de l’Université de Californie proposent une règle simple pour évaluer si l'économie et le marché du travail sont sous tension. Leurs critères permettent de déterminer quel est le taux de chômage optimal. L’enjeu clé concerne la quantité d'offres d'emploi par rapport au nombre de chômeurs.

Pascal Michaillat

Pascal Michaillat

Pascal Michaillat est professeur associé au département d'économie de la Brown University. Il a terminé son doctorat en économie à l'Université de Californie à Berkeley en 2010, sous la direction de George Akerlof et Yuriy Gorodnichenko. Ses recherches portent principalement sur le chômage.

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Atlantico : Votre étude "Figuring out efficient unemployment" publiée avec Emmanuel Saez sur VoxEU préconise une règle pour évaluer si l'économie, et notamment le marché du travail, est trop tendue ou trop molle : y a-t-il plus d'offres d'emploi que de chômeurs ? Pourquoi cette règle est-elle la plus efficace pour déterminer la situation du marché du travail ?

Pascal Michaillat : Nous appliquons la formule au marché du travail américain. Nous constatons qu'en moyenne le taux de chômage efficace est de 4,2%. Nous constatons également que le taux de chômage réel est généralement supérieur au taux de chômage efficient, et que cette inefficacité est exacerbée en période de récession. Cela signifie que le marché du travail ne fonctionne pas de manière efficace, contrairement à ce que les économistes supposent souvent. Cela signifie également que des politiques monétaires et fiscales sont nécessaires pour réduire le chômage dans les périodes difficiles.

Bien entendu, cette formule pourrait également être appliquée à d'autres pays.

D'après vos conclusions, qu'est-ce qu'un chômage "efficace" ? Quel est le taux de chômage otpimal ? Comment le définissez-vous et le mesurez-vous ?

Il n'est pas physiquement possible d'avoir un chômage zéro car les gens entrent et sortent constamment des emplois. La question est donc la suivante : Quelle est la quantité optimale de chômage, d'un point de vue social ? Nous définissons le taux de chômage optimal d'un point de vue social comme le taux qui minimise l'utilisation non productive de la main-d'œuvre : à la fois la main-d'œuvre sans emploi et la main-d'œuvre utilisée pour recruter au lieu de produire.

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Aux États-Unis, nous savons que le nombre de recruteurs peut être mesuré par le nombre d'offres d'emploi. Le travail non productif est donc la somme des taux de chômage et de vacance d'emploi. En outre, le chômage et les postes vacants sont inversement liés en raison de la courbe de Beveridge, de sorte que les postes vacants augmentent de 1% lorsque le chômage diminue de 1%.

En raison des rôles symétriques joués par les travailleurs au chômage et les emplois vacants, nous constatons que l'utilisation non productive de la main-d'œuvre est minimisée lorsqu'il y a autant de travailleurs au chômage que d'emplois vacants. Une autre implication mathématique est que le taux de chômage efficace est la moyenne géométrique des taux de chômage et d'emplois vacants. Comme ces taux sont mesurés chaque mois par les agences statistiques (le Bureau of Labor Statistics aux Etats-Unis), nous pouvons produire une mesure mensuelle du taux de chômage efficace.

Comment pourrions-nous utiliser vos résultats dans la situation économique actuelle, post-Covid ? Qu'est-ce que cela nous permettrait de déterminer ? Qu'implique notre formule pour la situation économique actuelle, post-Covid ?

Nous pouvons utiliser notre formule dans la période post-Covid. Aux États-Unis, il y a maintenant environ deux fois plus d'emplois vacants que de chômeurs. Cela signifie que le marché du travail est beaucoup trop tendu. En fait, nous constatons qu'il y a plus d'emplois vacants que de chômeurs depuis mai 2021, ce qui signifie que le marché du travail est trop tendu depuis presque un an maintenant. En examinant les données historiques remontant à 1930, nous constatons que la dernière fois que le marché du travail américain était aussi tendu, c'était à la fin de la Seconde Guerre mondiale. C'est une situation très inhabituelle et, à ce titre, il est surprenant que la Réserve fédérale n'ait pas commencé à resserrer sa politique monétaire plus tôt.

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Pourquoi votre formule est-elle le moyen le plus approprié pour déterminer la situation du marché du travail ?

Il n'existe pratiquement aucun autre moyen d'évaluer si le marché du travail fonctionne de manière efficace, notre formule comble donc un vide.

Dans un article précédent, nous avons calculé une formule plus sophistiquée pour le taux de chômage efficace. Cette formule nécessite le suivi de trois statistiques en plus des taux de chômage et de vacance, elle est donc plus difficile à calculer pour les décideurs politiques. Cette nouvelle formule est beaucoup plus pratique.

Les économistes examinent souvent l'inflation des prix pour déterminer si le marché du travail a atteint le plein emploi, mais cette approche présente plusieurs problèmes. Une augmentation de l'inflation, comme celle observée à la suite de la pandémie, peut être le signe d'une surchauffe de l'économie, mais l'inflation peut également augmenter en raison de perturbations temporaires telles que des problèmes de chaîne d'approvisionnement. En outre, dans les théories modernes du marché du travail, il n'existe pas de lien définitif entre l'inflation et la distance par rapport au plein emploi.

Pour retrouver l'étude de Pascal Michaillat et Emmanuel Saez publiée sur VoxEU, cliquez ICI

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