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Taxer les riches : 
un aveu d'échec des gouvernants
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Au delà de l'austérité...

Taxer les riches : un aveu d'échec des gouvernants

Taxer les plus haut revenus : voici l'un des points du plan d'austérité publié mercredi dernier. Et si cette mesure cachait quelque chose de plus profond sur la société française ?

Panagiotis Christias

Panagiotis Christias

Panagiotis Christias est philosophe et sociologue, professeur à l’Université de Chypre.

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Certaines questions d’actualité provoquent les passions sociales et empêchent la raison d’y voir clair. Parmi ces questions, celle de savoir si on doit ou non (sur-)taxer les riches se nourrit des frustrations des citoyens abandonnés et trahis face à une crise financière et sociale sans précédent. Elle ranime ainsi les animosités de la lutte sociale, rappelle l’existence toujours virulente de l’opposition des classes et divise la société.

De mon point de vue, ce n’est pas tant le fait de taxer les riches qui est important dans le débat actuel. Ce qui est important, c’est le fait que cette question revient à l’actualité de l’agenda du ministère des Finances à chaque fois que l’État est en manque de revenu. La temporalité de la taxation est plus importante que la taxation elle même.

Dans les circonstances actuelles, la crise mobilise un imaginaire de « solidarité révolutionnaire », contraignante pour l’individu à plusieurs points de vue. S’appuyant sur le ressentiment que provoque la richesse excessive, souvent facile et non méritée, l’État se permet de restreindre le droit à la propriété des individus quand il le juge utile, et cela à travers une législation d’urgence, imposant un régime fiscal d’exception. Or, restreindre la liberté individuelle est le contraire de ce que l’on demande à un État libéral !

Chaque citoyen est en droit de savoir d’avance et pour toute sa vie sa part des charges communes. Le Prince, ou le Pouvoir, peu importe qui se cache derrière cette persona, un monarque héréditaire, le Peuple ou les corporations que l’on appelle aujourd’hui « partis politiques », n’a pas le droit de changer la loi fiscale quand il a besoin de plus d’argent ou pour des raisons électorales. Une loi arbitraire, suspendue à l’humeur ou à l’appétit du Prince, tue tout sentiment de justice et finit par tuer le Prince lui-même.

Ce qui apparaît à l’opinion publique comme un acte juste, à savoir surtaxer les vainqueurs de la lutte sociale et, de cette façon, « punir » leur réussite, est en fait un acte d’injustice et un signe de faiblesse et d’échec des gouvernants. Cet acte montre que l’État est structurellement incapable de faire son travail, qui consiste à bien surveiller les règles de production de la richesse et protéger ainsi les plus défavorisés. Surtaxer arbitrairement la richesse au fur et à mesure de ses besoins est une erreur de plus qui montre aux citoyens que l’État est, en réalité, indifférent à la fois aux pauvres, aux riches et à la Loi : il ne s’intéresse qu’à sa propre reproduction.

La réponse à la crise ne peut pas être une réponse irresponsable, mais un questionnement responsable sur l’avenir de la société française. À mon avis, au lieu de débattre sur la nécessité de taxer les riches, il faudrait réfléchir sur la manière de rendre l’excès de richesse socialement utile sans le « confisquer » par le biais de la taxation.

La nature de la richesse est de s’investir, et l’investissement le plus sûr en temps de crise est le capital naissant de la jeunesse, la vigueur de l’enseignement et de la recherche, de l’inventivité et de la création. La publication de la dernière liste de Shanghai des meilleures universités du monde vient encore une fois confirmer ce qui était attendu de tous : les universités américaines semblent intouchables par la crise, et cela grâce à un genre de patriotisme mêlé d’évergétisme qui fait que les grandes institutions de recherche et d’enseignement supérieur des Etats-Unis bénéficient des donations individuelles et des bienfaits d’un système bien organisé de fondations et de think tanks. Au lieu de soutenir l’État, osons soutenir directement la société civile ! En temps de crise, la classe aisée française se doit d’être moralement et financièrement à la hauteur de ce qui est exigée d’elle !

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