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Succession à la tête de la CGT : Bernard Thibault est-il
le Dark Vador du syndicalisme ?
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Je suis ton syndicaliste

Succession à la tête de la CGT : Bernard Thibault est-il le Dark Vador du syndicalisme ?

Les relations étroites entre l'emblématique syndicaliste et Nicolas Sarkozy font-elles de lui un "traître" passé du côté obscur de la force ?

Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr Il vient de créer un nouveau site : www.lecourrierdesstrateges.fr
 

Diplômé de l'Ena (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un Dea d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

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Bernard Thibault est entré en 1974 comme apprenti au technicentre SNCF de Noisy-le-Sec. Ce début de parcours ne s’invente pas. Il le campe d’emblée dans la mythologie ouvrière française, au milieu des vapeurs Diesel et des tâches de cambouis qui sont les passages obligés pour toute carrière dans l’extrême gauche de l’époque.

Il rejoint la CGT en 1977 et prend rapidement en charge la commission des jeunes travailleurs. Comme souvent à la CGT, sa légitimité au sein de l’appareil se forge avec les luttes sociales. En 1986, on le trouve à l’avant-garde des grèves, avec une innovation majeure : il accepte le principe de l’intersyndicale. Il se taille alors l’image d’un syndicaliste déterminé, mais ouvert d’esprit et capable de négocier.

En 1987, il entre au Parti communiste. Il commence son ascension dans l’appareil de la CGT, selon les règles traditionnelles de la carrière marxiste-léniniste : responsabilités syndicales et loyauté politique à la cause. Avec cet élément d’originalité : sa capacité à négocier des sorties de grève qui préservent son image et le font progresser. C’est ainsi qu’en 1995, sa figure émerge au moment des grèves contre le plan Juppé de réforme de la sécurité sociale. Thibault tient alors la puissante fédération CGT du rail. Il négocie une sortie de grève qui préserve le régime spécial des cheminots, une forte concession du gouvernement pour avoir la paix sociale.

Cette image de syndicaliste à la fois combatif et négociateur lui vaut d’incarner une vision moderne de son organisation. Il en prend la tête à l’issue d’une succession tumultueuse, en 1997, où son prédécesseur Louis Viannet, tente d’imposer une femme, Maryse Dumas, dont il est proche.

D’un côté, Thibault est l’homme du côté lumineux de la force. Il abandonne ses fonctions à la tête du PCF en 2001, et achève ainsi la transformation en profondeur de l’appareil de la CGT, qui s’éloigne sans discontinuer du modèle soviétique tant idéalisé aux belles heures du rideau de fer. Il continue à vivre sur un train de vie de syndicaliste militant, avec le salaire d’à peine 3 000 euros que lui offre son entreprise d’origine, la SNCF.

D’un autre côté, les mauvaises langues prêtent à Bernard Thibault des dépassements de plus en plus fréquents vers le côté obscur de la force. Ses relations intelligentes avec Nicolas Sarkozy font jaser. Certains prétendent que depuis 2004 il existe entre les deux hommes une sorte de Yalta que dissimulent mal les postures de combat affichées dans la presse. La rumeur dit que, depuis 2007, Thibault se rend régulièrement à l’Elysée pour traiter avec les conseillers du prince les grands dossiers sociaux qui font l’actualité.

Selon des centrales syndicales rivales, les réformes périodiques des retraites en sont la preuve flagrante. En 2003, la CGT sous Thibault s’empresse d’enterrer les grèves contre la réforme Fillon. En 2007, à l’arrivée de Nicolas Sarkozy au pouvoir, la CGT finit par consentir à la réforme des régimes spéciaux moyennant des concessions extrêmement coûteuses pour le gouvernement. En 2010, on dit que Thibault demande confidentiellement à Nicolas Sarkozy de renoncer à son idée d’un grand débat sur la réforme. Il préfère que le gouvernement passe en force, pour pouvoir afficher une posture de conflit devant sa base et mieux préparer le rabibochage avec le pouvoir. Thibault a gardé en mémoire les dégâts à long terme laissés par le débat de 2003 au sein de la CFDT.

Agit-il librement ? Ou bien le gouvernement le tient-il en menaçant régulièrement de sortir les affaires des comités d’entreprise d’EDF, de la SNCF ou d’Air-France et autres dossiers ? En novembre 2009, toutes les centrales syndicales n’ont-elles pas été perquisitionnées dans le cadre de l’affaire UIMM sauf la CGT ?

Personne ne sait exactement quels sont les tenants et aboutissants de ce système où Thibault s’est somme toute comporté comme le meilleur briseur de grèves que le gouvernement pouvait rêver. Et son obstination à vouloir être remplacé par Nadine Prigent ajoute au mystère.

Cette méthode opaque a conduit ses proches à l’abandonner peu à peu, à la manière de Dark Vador qui se retrouve de plus en plus seul dans le vaisseau amiral de l’Empire. Le dernier revirement fracassant est celui d’Agnès Naton, à qui Thibault aurait promis la succession face au rejet dont Nadine Prigent serait l’objet. Lors du conseil de vendredi dernier, à l’appel à la loyauté lancé par le secrétaire général, Agnès Naton aurait sonné l’hallali, en répondant très vivement que la loyauté, c’était Thibault lui-même qui la bafouait en bafouant ses engagements.

Ce qui rend difficile aujourd’hui un consensus autour de celle qui a renié le maître.

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