Soupçons de chantage à l’encontre du roi du Maroc : pieds nickelés naïfs ou racketteurs ? | Atlantico.fr
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Eric Laurent et Catherine Graciet auraient renoncé à tout écrit à charge sur le Palais royal, avec comme contrepartie une indemnisation de 2 millions d’euros.
Eric Laurent et Catherine Graciet auraient renoncé à tout écrit à charge sur le Palais royal, avec comme contrepartie une indemnisation de 2 millions d’euros.
©Reuters

La plume dans la tirelire

Soupçons de chantage à l’encontre du roi du Maroc : pieds nickelés naïfs ou racketteurs ?

Quelle que soit la suite de l’instruction, cette histoire de soupçon de chantage à l’encontre du roi du Maroc montre que deux journalistes se sont assis sur la plus élémentaire déontologie. Elle révèle aussi, c’est le côté rocambolesque, que pour la première fois, des auteurs demandent à être payés… Pour ne rien écrire. Une grande première !

Gilles Gaetner

Gilles Gaetner

Journaliste à l’Express pendant 25 ans, après être passé par Les Echos et Le Point, Gilles Gaetner est un spécialiste des affaires politico-financières. Il a consacré un ouvrage remarqué au président de la République, Les 100 jours de Macron (Fauves –Editions). Il est également l’auteur d’une quinzaine de livres parmi lesquels L’Argent facile, dictionnaire de la corruption en France (Stock), Le roman d’un séducteur, les secrets de Roland Dumas (Jean-Claude Lattès), La République des imposteurs (L’Archipel), Pilleurs d’Afrique (Editions du Cerf).

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"Je me dis que si j’accepte cette somme [1 million d’euros],  ça va changer ma vie." C’est ainsi que Catherine Graciet, dans une interview au Parisien, a justifié entre autres, la demande puis l’acceptation d’un tel pactole pour renoncer à la publication d’un livre à charge contre le roi du Maroc. Son confrère et co-auteur, Eric Laurent, lui, a invoqué la santé chancelante de son épouse atteinte d’un cancer au stade terminal. Quels aveux ! Ainsi donc, les deux journalistes reconnaissent explicitement avoir réclamé une somme fort coquette de la part de l’avocat marocain Hicham Naciri, émissaire du roi du Maroc, Mohammed VI.

Y a-t-il bien eu chantage et tentative d’extorsion de fonds de la part des deux journalistes selon les termes de l’article 312 du Code Pénal ? La juge d’instruction le pense, puisqu’elle a mis en examen les deux journalistes. Est-ce à dire qu’Eric Laurent et Catherine Graciet vont nécessairement se retrouver devant un Tribunal correctionnel avec le risque - c’est la peine prévue - d’écoper sept ans de prison ? Nous n’en sommes pas encore là, car les deux journalistes, vont tout faire pour démontrer que, selon l’expression de Catherine Graciet, c’est le "Palais qui propose", "le Palais qui corrompt", tandis qu’Eric Laurent n’en démord pas : il n’a jamais sollicité l’entourage de Mohammed VI… Bref, à en croire les deux journalistes, il n’y aurait eu qu’une suite d’entretiens avec l’avocat de Rabat, au cours de ce mois d’août, se terminant par une sorte de gentleman agreement, une transaction, au terme de laquelle Eric Laurent et Catherine Graciet renonçaient à tout écrit à charge sur le Palais royal, avec comme contrepartie une indemnisation de 2 millions d’euros. Autant dire une grande première dans le monde du journalisme et de l’édition ! En effet deux auteurs auraient été payés pour ne rien écrire… Du jamais vu !

Sous cet angle, cette affaire apparait disons un peu rocambolesque. Sur le plan pénal, pour que le délit de chantage soit constitué, la juge va devoir prouver notamment que les deux journalistes ont proféré, à l’égard du souverain de manière explicite des menaces en cas de non-paiement de la somme exigée et qu’ils ont eu la volonté de le contraindre à la régler. Sinon, l’infraction pourrait s’étioler. La procédure de flagrance telle qu’elle s’est déroulée mérite interrogation : pourquoi les enregistrements sur lesquels repose l’accusation ont-ils été effectués via l’iPhone de l’avocat du roi ? N’aurait-il pas été préférable que les limiers de la Brigade de répression de la délinquance contre la personne (BRDP) soient maîtres du jeu ? Il n’empêche. Pour Eric Dupond-Moretti, autre avocat du roi, les faits sont carrés : les deux journalistes ont eu recours à "un racket digne de voyous." Difficile de le contester : ces derniers, ils l’ont reconnu, étaient bien disposés à recevoir les 2 millions d’euros promis par l’émissaire de Mohammed VI, comme l’atteste la petite provision de 40 000 euros chacun qu’ils ont accepté d’empocher ce jeudi 27 août lors d’une dernière rencontre avec Me Naciri à l’hôtel Raphaël. Et comme le montre la lettre qu’ils ont accepté de signer.

Ce qui apparait certain, c’est que, sans accabler davantage les deux journalistes, ils ont commis une faute déontologique. De même, comment des journalistes aussi avertis qu’Eric Laurent et Catherine Graciet, qui depuis des années, ne cessent de tourner autour du roi du Maroc, de son entourage, et de publier des écrits explosifs pouvaient-ils penser qu’il n’y aurait pas de retour de bâton ? Alors, ces derniers ont-ils agi comme des Pieds nickelés naïfs ou des racketteurs illuminés par l’amour du risque et le vertige du gain ? A la justice d’apporter une réponse… Il est clair que la confrontation probable dans le cabinet de la juge entre d’une part, Me Naciri et d’autre part, les deux auteurs, permettrait de lever le voile sur quelques zones d’ombre.

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