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Des sociétés militaires privées françaises pour protéger les intérêts nationaux à l'étranger ?
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Les 7 mercenaires

Des sociétés militaires privées françaises pour protéger les intérêts nationaux à l'étranger ?

Aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, des sociétés militaires privées de défense et de sécurité sont devenues un acteur incontournable. Ces gardes armés sont utilisés pour protéger des acteurs civils ou diplomatiques dans les pays dangereux ou pour lutter contre les pirates.

Christian Ménard

Christian Ménard

Christian Ménard est député UMP du Finistère. Membre de la commission de la défense nationale et des forces armées, il a travaillé sur plusieurs rapports liés à la piraterie maritime.

Il est médecin de formation.

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Atlantico : Vous défendez l’idée que la France a besoin de mettre en place ses propres sociétés militaires privées (SMP) - des entreprise fournissant des services de sécurité et de défense aux Etats ou entreprises privées - comme le font les anglo-saxons. Quelle serait leur utilité ?

Christian Ménard : La principale motivation est liée à la piraterie maritime. J’ai effectué deux missions parlementaires sur ce sujet suite aux prises en otage du Ponant et du Carré d’As. Pour faire face à la menace pirate, nous avons proposé de mettre en place des Equipes de protection embarquées (EPE) composées de soldats de la Marine nationale à bord des navires de pêche qui passent à proximité du Golfe d’Aden. Les armateurs étaient au départ fermement opposés à cette idée. Ils ont totalement changé d’avis en constatant qu’aucun des bateaux sur lesquels étaient présentes des EPE n’ont été attaqués.

Les exactions des pirates perdurent. Elles se sont même étendues sur la totalité de l’Océan Indien, aux Maldives ou même aux Seychelles. Il y a aussi des attaques moins connues en mer de Chine ou en Amérique du Sud. Or nous n’avons pas assez de militaires pour protéger tous les navires français. Les soldats sont très pris par les opérations extérieures. Nous avons alors envisagé de déployer des réservistes fraîchement sortis des rangs de la Marine. Là aussi, leur nombre risque de ne pas être suffisant.

Les armateurs ont commencé à m’expliquer qu’un nombre croissant de navires français se sont mis à changer de pavillon afin de pouvoir engager des SMP anglo-saxonnes. C’est un état de fait : nous n’avons pas d’autres solutions que de recourir à des gardes privés pour protéger les bateaux. C’est loin d’être aberrant : de nombreux employés de ces sociétés étrangères sont des Français issus de nos corps d’élite. Pourquoi dans ce cas ne pas créer une sorte de label français ?

Vous proposez donc des SMP françaises. Comment et sous quelles conditions les mettre en place ?

Il faudrait faire évoluer la loi. Nous pourrions nous intéresser à la loi de juillet 1983 sur les convoyeurs de fonds. Il suffirait de la compléter d’un passage incluant les navires en mer. Il s’agirait de prévenir, dissuader et protéger contre les attaques de pirates. Les gardes embarqués pourraient alors embarquer à bord des armes avec pour seul objectif d’assurer la légitime défense de l’équipage et du bâtiment. Il faut évidemment faire une liste des armements qui seraient autorisés à l’usage de ces SMP.

Le problème, c’est que nous arrivons en fin de mandature. Un tel texte ne sera pas étudié tout de suite. Pour la mandature suivante, quelle qu’elle soit, il y aura d’autres priorités. Il est peu probable qu’une telle réforme ne soit entreprise avant trois ou quatre ans.

J’ai cherché à convaincre le ministre de la Défense, Gérard Longuet, d’expérimenter de telles méthodes. Nous pourrions très bien utiliser le statut de convoyeur de fonds au sein de l’Océan indien en confiant quelques missions à des sociétés comme la Djibouti maritime security qui existe déjà. A Djibouti, c’est cette société qui labellise et encadre les SMP. Le système fonctionne parfaitement : il y a une armurerie sur le port. Les gardes privés peuvent prendre des armes sous surveillance des gendarmes qui les accompagnent systématiquement du port au bateau.

Par la suite, nous pourrons proposer un label pour SMP françaises. Autre exemple : il y a un mois, je me suis rendu en Libye. J’ai rencontré une société baptisée Argus. C’est une SMP composée uniquement de militaires français armés qui garde l’emprise de l’Union européenne. Mais pour cela, ils ont dû monter leur société dans le cadre du droit hongrois.

A combien évalue-t-on le marché potentiel des SMP en France ?

Nous avons évoqué la question de la piraterie. Mais à termes, ces SMP pourraient également se charger de la sécurité de grandes emprises françaises à l’étranger. Je pense à des entreprises comme Areva, parfois basées dans des pays à risques comme le Niger.

On évalue le marché immédiat à 100 millions d’euros. Il faudrait ensuite pouvoir regrouper les grandes sociétés entre elles. Nous avons de véritables experts en matière d’expertise et de conseil. En regroupant plusieurs structures, la France pourrait s’attaquer à des marchés internationaux.

La France dispose-t-elle des entrepreneurs, des moyens humains, pour mettre en place de telles sociétés ?

Je suis dépassé par le nombre de personnes qui viennent me voir sur ce sujet. Depuis que je travaille sur les questions de piraterie maritime et de SMP, ça n’arrête pas. Je reçois beaucoup de gens qui restent très sérieux. Ce sont principalement des personnes issues des fusiliers marins, des services de renseignements ou des forces spéciales. Ces gens s’organisent déjà mais aimeraient pouvoir le faire sous un label français qui les autorise à exercer.

Je pense que nous serons amenés à évoluer dans cette direction. En 2010, le SGDSN a été chargé de mener une enquête pour chercher des solutions sur cette question. La seule personne que j’ai rencontré qui soit resté fermement opposée à la création de SMP françaises, c’est l’ancien patron de la Marine nationale, l’amiral Pierre-François Forissier. Il estime que le pouvoir régalien de la France ne peut pas être sous-traité.

Un incident diplomatique a éclaté suite à une récente bavure de militaire italiens présents sur un navire : ils ont tué par accident des pêcheurs indiens. N’est-ce pas la preuve que l’usage d’armes dans ces eaux reste particulièrement dangereux et complexe ?

Effectivement, cela prouve qu’on ne peut pas mettre n’importe qui sur les navires. C’est pour cette raison qu’il faut s’assurer d’avoir des SMP parfaitement formées. Elles doivent être suivies, entraînées et encadrées par la France, y compris à l’étranger.

L’exemple des Indiens est intéressant. Il ne faut pourtant pas oublier comment eux règlent les questions de piraterie : on retrouve régulièrement des carcasses de navires somaliens qui ont été coulés sans autre forme de procès.

Propos recueillis par Romain Mielcarek

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