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10 ans après sa suppression, 
faut-il regretter le service militaire ?
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Ecole du citoyen

10 ans après sa suppression, faut-il regretter le service militaire ?

Il y a dix ans jour pour jour était supprimé le service militaire. Auteur d'une note pour le think-tank Terra Nova, Annie Crépin prône un service civique obligatoire pour le remplacer.

Annie Crépin

Annie Crépin

Annie Crépin est présidente du Club Raspail.

Elle est l'auteure avec le club Raspail de la note de Terra Nova Le service civique : un dispositif à étendre.

 

Voir la bio »

Atlantico : Faut-il regretter le service militaire ?

Annie Crépin : On ne peut pas le regretter tel qu’il était devenu à la fin du XXe siècle. En raison de la diversification – louable –  de ses formes à la suite de sa transformation en service national en 1965, l’inégalité était réapparue. Par exemple, ceux qui avaient fait des études avaient tendance à partir en coopération, et ne risquaient plus de rencontrer d’autres jeunes moins diplômés qui, eux, se retrouvaient en caserne à réaliser des tâches répétitives. Et il devint de plus en plus difficile de demander à des conscrits et des conscrites de participer à des guerres hors du territoire. En outre, ces guerres, par exemple la première guerre du Golfe,  semblaient nécessiter le recours à un haut niveau de technicité et donc aux compétences de militaires professionnels.

Mais on peut regretter toutes les conséquences heureuses qu’était parvenu à atteindre le service personnel obligatoire de la IIIe République et de la IVe République quand il était véritablement universel  : cohésion et intégration sociales, apprentissage du civisme. Car presque tous les garçons d’une même génération et de classes sociales différentes étaient obligés de se mêler, de se côtoyer et de vivre ensemble. Bien sûr, il ne faut pas idéaliser le passé – voir ce qu’en disait Courteline déjà au temps de sa splendeur –  et le service comportait des zones d’ombre ; ne serait-ce que l’exclusion des femmes. Il est vrai que pendant longtemps les femmes ne furent pas considérées comme des citoyennes et que le service militaire était perçu comme l’expression par excellence de la citoyenneté.  

Le service militaire a disparu dans un silence général. Il aurait fallu le réformer profondément mais cette réforme aurait coûté cher. Il a été remplacé par une Journée d’appel de préparation à la défense (JAPD), devenue Journée de la Défense et de la citoyenneté (JDC). Une seule journée semble bien insuffisante ! C’est juste un premier contact avec les militaires et avec les questions de Défense.

Vous prônez un service civique obligatoire…

Oui, car le service militaire fut aussi une école du citoyen. Bien sûr, il ne s’agit absolument pas de revenir à une forme militaire du service mais de retrouver son équivalent en matière d’apprentissage de la citoyenneté, d’intégration sociale et de solidarité. Sans non plus en faire la solution exclusive qui se substituerait entre autres au rôle de l’école car le service civique ne peut pas devenir, à lui tout seul, le palliatif des manques de toutes les autres instances de socialisation et d’intégration citoyenne.

C’est ce qu’a créé l’Agence nationale du service civique sous l’égide de Martin Hirsch. Mais pour l’instant il ne s’adresse qu’à une minorité de volontaires. Et il est encore très mal connu, malheureusement, il est vrai qu’il ne date que de 2010. Je souhaite qu’il devienne, très progressivement, obligatoire. Cette obligation et cet universalisme permettraient de remplir véritablement les attentes sociales et civiques qu’on est en droit d’espérer de ce service des citoyens .


Parle-t-on de travaux d’intérêt général ?

Non, absolument pas, et il me semble qu’il y a une confusion regrettable entre des réalités toutes différentes. Je n’aime pas l’utilisation de ce mot à propos du service civique car il renvoie à l’idée de punition ou, au mieux, à l’idée d’une sorte de réhabilitation.

Je ne nie pas l’intérêt des travaux d’intérêt général pour des jeunes qui ont été délinquants. Mais le service civique, lui, devrait s’adresser à tout le monde. C’est, comme son nom l’indique, un service, non une sanction non plus que du bénévolat, aussi estimable soit celui-ci.

Si je souhaite qu’on tende à un service civique obligatoire de façon pragmatique, c’est qu’il  faut tenir compte d’un certain nombre d’obstacles et qu’il faut procéder avec précaution. Par exemple, il faut faire attention à ne pas entrer en infraction avec le code du Travail. Les jeunes ne doivent pas faire des tâches que les salariés peuvent faire. Il faut aussi penser aux contraires budgétaires.

Donc il faudrait que ce soit court : deux mois, qui peuvent être fractionnés en plusieurs périodes de stages. Il seraient effectués en différents domaines : action humanitaire, protection civile, champ de l’environnement, apprentissage des premiers secours, formation à la prévention sous toutes ses formes etc. Il devrait y avoir, par ailleurs, une dimension européenne : par exemple, faute de créer dans l’immédiat un service civique européen, la possibilité pour les Français de faire des stages dans un pays de l’Union européenne.
Le service civique pourrait aussi avoir une dimension de prévention « militaire ». À côté des guerres de « professionnels », il peut y avoir aussi une guerre « urbaine » d’attentats , ce fut  le cas il y a une quinzaine d’années dans le métro et dans le RER parisiens. Éviter la panique qui conduit à s’en remettre au « tout sécuritaire », être formé/e à la maîtrise de soi et au sang-froid, fait partie de l’éducation du citoyen, de la citoyenne.

D’un strict point de vue comptable, la formation à la prévention, d’ailleurs, dispensée à un maximum de gens permettrait la réalisation d’économies en évitant parfois accidents et catastrophes. Le bénéfice social du service obligatoire – une plus grande cohésion sociale –  aurait aussi des retombées économiques positives !  Il doit y avoir un débat pour la campagne de 2012 : il faut que les candidates et les candidats en discutent.

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