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Récolte du blé dans la région de Rostov, dans le sud de la Russie
Récolte du blé dans la région de Rostov, dans le sud de la Russie
©STRINGER / AFP

Risque de crise alimentaire

Vers une coupure du gaz : l’heure de vérité sur notre dépendance aux hydrocarbures a sonnée

La forte hausse du prix du pétrole et du gaz sort ses effets, nombreux et inattendus. Que cette crise nous serve au moins à nous rendre compte de ce que nous ne nous passerons pas d’eux et que les énergies renouvelables n’aideront pas à résoudre le problème énergétique. C’est vrai dans beaucoup de domaines et, en particulier, dans l’agriculture. Voici pourquoi sans pétrole et gaz nous aurions une grave crise alimentaire.

Samuel Furfari

Samuel Furfari

Samuel Furfari est professeur en géopolitique de l’énergie à l’Université Libre de Bruxelles, docteur en Sciences appliquées (ULB), ingénieur polytechnicien (ULB) et Président de la Société Européenne des Ingénieurs et Industriels. Il a été durant trente-six ans haut fonctionnaire à la Direction générale de l'énergie de la Commission européenne.

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Lorsqu’en avril 2020, le prix du pétrole est passé en territoire négatif, les idéologues écologistes ont tenté de faire croire aux naïfs que l’ère du pétrole était enfin terminée. Maintenant que le prix du pétrole brut a régulièrement dépassé les 110 dollars le baril ($/b), le souci est de continuer à approvisionner le marché européen, l’UE ayant décidé de se passer du pétrole russe livré par voie maritime. Depuis le premier choc pétrolier de 1973, on dit que l’on va réduire la consommation de pétrole et l’on a fait exactement le contraire. La production mondiale en 1973 était de 58 millions de barils par jour (Mb/j) et, en 2019 (avant la Covid), elle était de 95 Mb/j et en 2021, selon les dernières statistiques publiées par BP la semaine dernière, la consommation de pétrole a augmenté de 5,3 millions de barils par jour (b/j).

Nous sommes tellement habitués à entendre dénigrer les combustibles fossiles que nous ne réalisons pas leur rôle indispensable et incontournable dans tous les domaines de notre vie. Le charbon génère 36 % de l’électricité mondiale, 74 % en Inde. Sans pétrole, il n’y a pas de transport puisqu’il dépend à plus de 90 % des produits pétroliers. Sans gaz naturel, il n’y a pas de chauffage ni d’utilisation thermique industrielle (70 % du gaz étant utilisé pour chauffer). « Pour le dire clairement : Il n’existe pas de solution à court terme pour remplacer le gaz naturel en provenance de Russie », a déclaré Martin Brudermülle, directeur général de BASF, le géant allemand de la chimie mondiale, très inquiet pour l’avenir de son entreprise.

L’inadmissible famine guette

Il en va de même pour notre alimentation. Il a fallu la terrible guerre en Ukraine pour que le public, confronté à la crise alimentaire mondiale qui couve, se rende compte que le monde tournait bien avant sans que l’on n’y prête attention. La crise est très préoccupante puisque le secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres,  a averti le 24 juin que les problèmes d’accès à la nourriture, cette année, pourraient se transformer en pénurie alimentaire l’année prochaine, et qu’aucun pays ne sera à l’abri des répercussions sociales et économiques d’une telle catastrophe. Il a déclaré qu’« il ne peut y avoir de solution efficace à la crise alimentaire mondiale sans réintégrer la production alimentaire ukrainienne, ainsi que les aliments et les engrais produits par la Russie, sur les marchés mondiaux ».

La crise du blé

En effet, l’Ukraine exporte normalement environ 10 % du blé mondial, une bonne partie d’ailleurs va à destination de la Chine puisque ce pays a acheté en 2013 des terres agricoles en Ukraine pour une surface équivalente à la superficie de la Belgique. Le blocage des ports par lesquels l’Ukraine exportait son blé l’a contrainte à trouver des alternatives, par la route, le rail ou la mer, qui, bien que méritoires, sont insuffisantes. Si les dirigeants politiques parlent de chantage russe, c’est parce qu’il n’y a pas d’alternative satisfaisante. Que ce soit par train ou par camion vers la Pologne ou un peu par le port roumain de Constanța, ce sont environ 2 millions de tonnes par mois (Mt/m) qui sont exportées quand l’Ukraine exporte normalement 6 ou 7 Mt/m. Ces voies d’exportation compliquent aussi la logistique. Si avant la guerre le blé était transporté par bateau, c’est parce que cela était cohérent. La compagnie ferroviaire allemande prépare le transport par une noria de train. De plus, l’empattement des rails en Ukraine est différent, ce qui complique la situation et les Russes détruisent les voies ferrées ukrainiennes plus rapidement qu’elles ne peuvent être réparées. Un bateau de type Panama transporte l’équivalent d’une cinquantaine de trains, sans compter qu’à destination, il faut encore transborder leur chargement sur un bateau si on veut faire des livraisons lointaines. Que l’on doive effectuer ce transport par voie ferroviaire s’explique par le fait que nous sommes dans une économie de guerre et qu’il faut faire face « quoi qu’il en coûte ».

Mais la Russie exporte six fois plus que l’Ukraine, ce qui lui donne un avantage en géopolitique, car le besoin premier de l’humanité est de se nourrir. Même s’il existe encore des poches de malnutrition, il faut reconnaître que grâce à la révolution verte (celle de l’agriculture) ces dernières décennies, la faim dans le monde a fortement diminué. C’est ce qui explique la croissance démographique : dans la première phase de développement, une bonne alimentation entraîne une meilleure espérance de vie et par voie de conséquence une croissance démographique. Il y a donc plus de bouches à nourrir qu’auparavant et cela donne à la Russie un avantage similaire à celui qu’elle a dans le domaine de l’énergie. 

Heureusement, les citoyens de l’UE ne doivent pas trop s’inquiéter des pénuries de céréales : une grande partie de celles-ci est produite en interne grâce au développement de la politique agricole de l’UE. Bien sûr, étant donné les difficultés d’approvisionnement mondial, le prix sera plus élevé. Par contre, des difficultés pourraient surgir dans d’autres régions du monde qui ne peuvent pas se permettre de payer un prix fort. Il faut toutefois pondérer ce risque, car le marché des céréales est habitué à des évolutions cycliques puisque les récoltes dépendent de la météorologie, qui est par nature toujours incertaine.

La révolution verte

Quand tout va bien, on ne se préoccupe pas de savoir ce qui permet de jouir de cet état de bien-être. Confrontés à la crise, les médias vont-ils expliquer à la population qu’il faudrait réfléchir aux avantages de la consommation de pétrole et de gaz y compris dans le secteur primaire de l’agriculture ?

Si on mange à sa faim dans l’UE, c’est grâce à la politique agricole commune qui, depuis le traité de Rome de 1957, a permis de mutualiser les productions et de créer un véritable marché unique des produits agricoles. Ce succès a été copié par le reste du monde, même s’il reste des progrès à faire dans certains pays notamment en Afrique. Il a été réalisé grâce à la véritable révolution verte. Grâce aux méthodes scientifiques (par exemple, la sélection des semences, y compris des OGM), à l’utilisation d’intrants et à l’introduction de la technologie (mécanisation) dans l’agriculture au cours des années 1960 et 1990, on a assisté à une augmentation spectaculaire de la productivité agricole. 

Le meilleur indicateur du succès de cette augmentation est le recul tout aussi spectaculaire de la faim dans le monde. La critique de l’eutrophisation, de la perte de biodiversité (comment la mesurer ?) ou autres pollutions réelles ou supposées est puérile face aux millions de vies sauvées de la famine. Seuls ceux pour qui la nature a autant de valeur qu’une seule vie humaine se permettent de nier la prouesse de l’agriculture moderne, l’agriculture verte.

Le retour à l’énergie musculaire ?

Malgré cet indéniable succès, des écologistes européens prétendent dire aux agriculteurs africains comment ils doivent s’y prendre et s’avisent de leur conseiller de ne pas nous copier. Ils rejettent les avancées technologiques en matière d’agriculture, jusqu’à abandonner l’usage des tracteurs au profit de la « force musculaire » — néologisme écologiste pour désigner le dur labeur à la sueur du front et avec le recours au fouet pour animaux. 

Un petit calcul suffit pour mesurer le ridicule de leur proposition. Dès que le moteur à combustion interne est devenu disponible, l’agriculture s’est mécanisée, précisément pour éviter cette corvée. Selon les dernières données de la Banque mondiale, en 2002, il y avait 24 millions de tracteurs agricoles en service dans le monde. Vingt ans plus tard, il est raisonnable d’estimer qu’il y en a maintenant 30 millions. La puissance des tracteurs varie de quelques chevaux-vapeur (CV) à 600 CV pour ceux utilisés dans les grandes exploitations agricoles aux États-Unis. En calculant, largement par défaut, une puissance moyenne de 100 CV par tracteur, on arrive à plus de 22 milliards d’équivalents-hommes. La puissance des tracteurs utilisés dans le monde est au moins équivalente à la puissance du triple de la population mondiale totale, personnes âgées et enfants compris. Et cela, grâce à l’utilisation des produits pétroliers (essentiellement le gasoil) ! L’élimination des travaux pénibles — c’est-à-dire de la force musculaire ! — a largement contribué à l’amélioration de la santé des travailleurs agricoles et de leur espérance de vie. La détermination des écologistes à revenir à l’énergie musculaire ne peut s’expliquer que par leur vision malthusienne, car il est évident que l’abandon de l’énergie des hydrocarbures dans l’agriculture ne peut que conduire à une malnutrition mortifère.

Par ailleurs, les multinationales n’étant pas les bienvenues en Afrique, les ONG environnementales, les églises, les agences étatiques et onusiennes s’opposent à la véritable révolution verte. Il en résulte que malheureusement l’« agroécologie » se développe en Afrique subsaharienne plus que l’agriculture verte. Comme c’est souvent le cas, alors que nous pensons bien agir, le résultat est inverse. La revue Nature Food a publié en juillet 2020 une étude intitulée « Limites de l’agroécologie pour surmonter les faibles rendements des cultures en Afrique subsaharienne » qui conclut sur base de 933 observations dans 16 pays que « bien que l’agroécologie puisse apporter des avantages en matière de conservation des sols, elle ne permet pas aux petits exploitants africains de surmonter la faible productivité des cultures et l’insécurité alimentaire à court terme ».

Il en est de même pour la mode de la permaculture. Si pendant des millénaires l’être humain a retourné la terre à la sueur de son front pour s’alimenter, on se demande sur quelle base on est soudainement devenu intelligent en semant sans labourer… L’inventeur de la charrue était-il masochiste ?

Les organisations caritatives portent une lourde responsabilité. En effet, l’agroécologie ne supprimera pas les déficits et les carences alimentaires. Avait-on besoin d’une étude pour le démontrer ? Pourquoi avons-nous en Europe et aux Etats-Unis abandonnés l’agroécologie  ? Pour faire plaisir aux compagnies pétrolières en leur achetant du gasoil ? Il n’y a aucune comparaison entre l’agriculture mécanisée et fertilisée et les faibles augmentations de rendement des nouvelles technologies promues par la constellation d’ONG environnementales et prétendument humanitaires avec l’argent des contribuables européens.

  1. L’irrigation grâce à l’énergie


Figure 1 Éolienne abandonnée sur le plateau de Lassithi (Crète). Photo de S. Furfari

L’irrigation, qui dépend également de l’énergie, joue un rôle indispensable. Depuis que le monde existe, la seule eau qui a quitté la planète Terre est l’urine des astronautes. Pour le reste, pas une seule molécule d’eau n’a quitté notre planète. Pour paraphraser Archimède, donnez-moi de l’énergie et je vous donnerai toute l’eau que vous voulez. Avec l’énergie, vous alimentez les pompes qui distribuent l’eau partout et avec des procédés de la chimie industrielle on purifie l’eau. En outre, les barrages hydroélectriques ne servent pas seulement à produire de l’électricité renouvelable, mais aussi à bien gérer l’eau, car ils constituent des réservoirs extrêmement utiles pour les périodes de faibles précipitations, et par la retenue des eaux parfois trop abondantes, ils permettent d’éviter des inondations.

Bien entendu, puisque ces pompes fonctionnent à l’électricité, certains pourraient donc imaginer la production d’électricité produite par le vent ou le soleil. Il convient de se souvenir de la leçon du plateau du Lassithi en Crète. Cette zone agricole vivrière prospère d’environ 25 km2 située dans le cratère d’un ancien volcan est connue comme « la vallée aux 10 000 moulins ». Ce sont des éoliennes munies des pales recouvertes de toiles (comme les moulins à vent) qui servaient à pomper l’eau pour l’irrigation. Vestiges d’une époque révolue, elles ont toutes été abandonnées, car l’électrification du plateau a donné de bien meilleurs résultats.

De plus, la recherche permet de développer des plantations ou des variétés qui nécessiteront moins d’eau et qui seront mieux adaptées aux conditions de sécheresses ou de chaleur des certaines régions.

  1. L’hydrogène nous sauve de la famine

Ces progrès n’auraient toutefois pas été possibles sans l’intervention déterminée depuis plus de 150 ans de la chimie en agriculture. Les plantes ont besoin de trois éléments principaux pour se développer pleinement : l’azote, l’acide phosphorique et le potassium. Les plantes tirent ces éléments nutritifs de sources organiques présentes naturellement dans le sol, mais à chaque récolte, le sol s’épuise et les rendements sont moindres. Les gens ont vécu de cette manière pendant des milliers d’années. Nos ancêtres ont découvert que le fumier et le compost amélioraient la productivité de la terre. L’azote de l’air, qui en constitue pourtant 71 %, est inutile aux plantes, qui doivent le prélever dans le sol sous forme de nitrate. Les chimistes du début du 19e siècle, comme Marcelin Berthelot, ont fini par découvrir que les engrais azotés (nitrate de sodium, nitrate d’ammonium, sulfate d’ammonium, chlorure d’ammonium…) « fertilisaient » le sol.

D’après la FAO, entre 2002 et 2019, la production d’engrais est passée de 87 millions de tonnes (Mt) à 123 Mt ; le principal producteur est la Chine avec 32 Mt soit un quart de la production mondiale. Ce n’est que normal, puisque la Chine doit nourrir 1,4 milliard d’êtres humains. Selon le Green Paper on Population and Labor : Report No. 19 on China's Population and Labor Issues, il faudra attendre 2065 pour qu’elle avant que la population chinoise ne baisse à 1,2 milliard. La Chine restera le géant de la demande en alimentation, en engrais et en énergie.

Figure 2 Étapes qui au départ du gaz naturel conduisent au développement des rendements agricoles

En effet, pour produire ces engrais, il faut de l’ammoniac, et l’ammoniac est produit à partir de l’azote de l’air et d’hydrogène, lui-même fabriqué à partir d’hydrocarbures ou de charbon (Figure 2). Dans son livre de 1922 sur la chimie industrielle — vieux d’un siècle ! — Paul Baud explique qu’en 1912 (Figure 3), un mètre cube d’hydrogène produit par électrolyse de l’eau coûtait 0,55 à 0,95 franc et qu’à partir du charbon le prix était de 0,15 à 0,19 franc. La chimie n’ayant pas changé, cela explique pourquoi l’hydrogène, base des engrais, n’est toujours pas produit à partir de l’électrolyse de l’eau par l’électricité qu’elle soit d’origine nucléaire ou renouvelable. Cette réalité chimique demeurera à jamais, de sorte que dans un monde ouvert et compétitif, il n’y a aucune chance de produire l’hydrogène à partir de l’électricité. Je l’explique en détail dans mon livre « L’utopie hydrogène ».

D’autre part, les éoliennes et les panneaux solaires peuvent produire de l’électricité verte pour le réseau ou pour produire de l’hydrogène vert pour les transports propres (puisque la Commission européenne vise à rendre le secteur des transports plus écologique). Faire les deux en même temps n’est pas possible. C’est pourquoi les écologistes, qui n’aiment pas l’hydrogène, ont dénoncé la politique de l’hydrogène qui « cannibalise » la belle production d’électricité verte.

Étant donné que 130 Mt par an d’hydrogène sont produites pour l’industrie chimique, et que dans un marché mondialisé il ne peut y avoir qu’un seul prix (comme le montre la douloureuse explosion actuelle du prix du pétrole), tout hydrogène qui devrait hypothétiquement être produit par électrolyse de l’eau avec des énergies renouvelables ira sur le marché indispensable de la production d’engrais et non sur le marché de luxe de l’électricité verte. Sauf à subventionner cette importation avec de nouvelles taxes justifiées par l’EnergieWende, l’Allemagne n’importera pas d’hydrogène du Maghreb ni de l’Angola pour le brûler telle une banale énergie primaire. La Belgique devra dépenser beaucoup d’argent public pour importer l’éventuel hydrogène produit en Namibie. En outre, il s’agirait d’un éco-colonialisme, puisque ce pays du sud-ouest de l’Afrique importe toute son électricité des pays voisins et que Eskom, la compagnie d’électricité d’Afrique du Sud, est obligée d’opérer des délestages de ses fournitures d’électricité dans son propre pays pour satisfaire à ses obligations de livraison  en Namibie. Brûler de l’hydrogène, c’est comme brûler un sac à main Louis Vuitton pour produire de la chaleur et c’est mettre en danger la production agricole.

La Russie possède les plus grandes réserves de gaz naturel au monde avec des coûts de production faibles et elle est une grande productrice d’engrais azotés dont le monde a cruellement besoin. Selon la FAO, entre 2002 et 2019, les exportations d’engrais sont passées de 24 millions de tonnes (Mt) à 46 Mt et le principal exportateur est la Russie avec 5,4 Mt, soit 12 % du commerce mondial. Malgré ce grand besoin d’engrais, la Commission européenne a tenté de s’opposer à un texte du Conseil qui recommandait la construction d’usines d’engrais en Afrique et au Moyen-Orient pour des raisons environnementales.

Sans énergie fossile, la faim dans le monde reviendra

Notre forte dépendance à l’égard du blé, des engrais et de l’énergie montre que nous aurions eu un intérêt stratégique à désamorcer la crise en cours il y a 20 ans. La stratégie de l’UE a échoué parce que les augmentations de prix de l’énergie ont été créées par sa désinvolture stratégique en se focalisant sur l’idéologie verte.

L’UE qui devrait abandonner la marche forcée vers les énergies renouvelables qui détruisent notre prospérité s’entête à accélérer la décarbonation comme le montrent les décisions récentes. Depuis 2000, l’Europe entend imposer envers et contre tout les énergies renouvelables. A présent que nous en payons durement les conséquences (les prix à la consommation dans la zone euro ont augmenté de 8,6 % en juin), il est urgent que l’UE réhabilite l’énergie conventionnelle (fossile, nucléaire et hydraulique) pour garantir à nos citoyens et à notre industrie une énergie abondante et bon marché. L’agriculture ni toutes les autres activités ne pourront se passer de l’énergie fossile, que ce soit directement ou indirectement. 

Dans sa déclaration liminaire à la déclaration du 9 mai, Robert Schuman avait annoncé « Une Europe où la Ruhr, la Sarre et les bassins français travailleront de concert et feront profiter de leur travail pacifique, suivi par des observateurs des Nations Unies, tous les Européens, sans distinction qu’ils soient de l’Est ou de l’Ouest, et tous les territoires, notamment l’Afrique qui attendent du Vieux Continent leur développement et leur prospérité ». Cette phrase reste un appel urgent afin que nous fassions le nécessaire pour éliminer les zones d’Afrique où les gens mangent trop peu ou mal ou au prix d’un labeur surhumain — que certains appellent l’énergie musculaire sans se rendre compte du mépris de leur proposition… 

Les générations précédentes ont construit un monde de bien-être qui a éradiqué la famine, éliminé le travail pénible et augmenté l’espérance de vie. La révolution verte — la vraie — en a été l’un des instruments clés. Elle a été rendue possible par le pétrole. Sans une énergie abondante et bon marché, le progrès n’aurait été que l’apanage des riches et des privilégiés. Le pétrole, malgré tous les inconvénients qu’on peut lui trouver, restera indispensable pour poursuivre ce progrès dans l’agriculture et dans toutes nos autres activités. 

Les tracteurs ne rouleront jamais avec des panneaux solaires ou de l’hydrogène. Comme notre alimentation, notre besoin d’énergie ne disparaîtra jamais. La géopolitique doit en tenir compte, même au sein de l’UE.

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Les derniers ouvrages de Samuele Furfari sont « Énergie tout va changer demain. Analyser le passé, comprendre l’avenir » et « L’utopie hydrogène ». 

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