RIO CORGO : une invitation authentique mais exigeante au voyage intérieur | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Culture
RIO CORGO : une invitation authentique mais exigeante au voyage intérieur
©(DR)

Atlanti-culture

RIO CORGO : une invitation authentique mais exigeante au voyage intérieur

Rio Corgo, l'essai documentaire de Sergio da Costa et Maya Kosa est une perle rare. Une oeuvre tout autant singulière qu’envoûtante.

Gilles Tourman pour Culture-Tops

Gilles Tourman pour Culture-Tops

Gilles Tourman est chroniqueur pour Culture-Tops.

Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).
Voir la bio »

CINEMA
RIO CORGO
Portugal/Suisse. Couleur. Documentaire de Sergio da Costa et Maya Kosa. Avec Joaquim Silva

RECOMMANDATION : EXCELLENT

THEME

Après avoir parcouru son pays depuis son adolescence, Joaquim Silva retrouve sa maison d’enfance à Relvas, village perdu dans les hauteurs de Tras-Os-Montes (Portugal). Entre gestes quotidiens, balades, rencontres avec les anciens mais aussi la jeune Ana, qui lui apporte sa viande quotidienne, il réinvestit les lieux qu’ils confrontent à sa mémoire et à son vécu. Or l’un comme l’autre sont riches des expériences chez cet homme un peu poète, fils d’un réparateur de parapluies et dont la mère quitta la région alors qu’il il avait 4 ans, et qui a exercé plusieurs métiers, d’artisan à magicien et clown…

POINTS FORTS

Il y a d’abord Joaquim Silva lui-même, aux allures de Pancho Villa avec son sombrero et sa grosse moustache, balançant entre silences observateurs et phrases tour à tour laconiques, profondes ou ironiques.

Il y a ensuite le somptueux paysage de cette région montagneuse, aux couleurs vives, aux contours multiples où le présent paraît avoir pénétré avec parcimonie.

Il y a enfin, qu’on prenne la vie comme un cycle (avec ce retour au point de départ) ou comme une linéarité (le récit en action), la résonance des questionnements de Joaquim Silva avec notre for intérieur : quelles sont les figures qui nous peuplent ? Qu’est-ce qui nous a construit ? Qu’avons-nous fait de nos aptitudes, qu’elles soient innées ou acquises ? Comment transformer les souvenirs en ultime ados du temps qu’il reste à vivre ?

Mais loin d’être un pensum philosophique ou pompeux, la malice du propos, les échappées poétiques, le flirt incestueux entre imagination et réalité font de ce parcours un authentique voyage introspectif pour chacun. Il est vrai que la mise en image et en sons, venant compléter les silences et les vides, est d’une haute intelligence, y compris au sens premier de “relier les choses entre elles”. En effet, ici, le silence fertilise la parole, les bruits (de la faune, des pieds sur le sol, de la nature et du village) complètent ce que les yeux perçoivent et les nombreux animaux, spectateurs  des agitations humaines, comme l’élément féminin (symboliquement présent à travers les rivières, la lune, la nuit… et a fortiori les femmes racontées et croisées) nous ouvrent à l’univers de Joaquim Silva pour mieux raviver le nôtre.

Comme il se doit, le rythme épouse cette flânerie existentielle et contemplative. Et s’il s’accélère sur la fin, c’est qu’à l’approche de la mort, il devient urgent de solder ses fantasmes et ses réminiscences avant de tirer sa révérence.

POINTS FAIBLES

Attention ! Il s’agit bien d’un point faible en terme d’amplitude du public à atteindre mais en aucun cas une critique péjorative : il faut impérativement accepter de lâcher prise, savoir observer, être à l’écoute et se laisser porter.

EN DEUX MOTS

Découlant du “point faible”, voilà un film dont la puissance de pénétration est proportionnelle au vécu du spectateur et des questions qu’il se pose sur sa vie. Ce qui pourra paraître abscons à un public jeune ou non porté au questionnement.

In fine, ce réalisateur éminemment original, confectionnant des œuvres cinématographiques profondes, à la cinégénie aussi envoûtante qu’exigeante, “se mérite” selon la formule consacrée.

UN EXTRAIT

“Ô critiques et spectateurs français ! Qu’est-ce que le cinéma ?! Ne répondez-pas et faites confiance à notre ami... Faites confiance à M. Silva, personnage  principal de Rio Corgo, un dinosaure portugais au sombrero mexicain.  Même s’il n’a probablement pas vu beaucoup de films ou pas de très bons, il semblerait qu’il connaisse tout de même intimement la nature et les caprices du cinéma. M. Silva est déjà un film en soi. En plus du chapeau déjà mentionné, il a : des souvenirs très variés (peut-être un chagrin d’amour...), un double de lui-même, des connaissances en matière de magie, une grande fatigue à force d’avoir parcouru un vaste territoire, une moustache très digne, le désir obstiné d’atteindre la fin de la route.”. Miguel Gomes

LES REALISATEURS

 Né en 1972 à Lisbonne (Portugal), Miguel Gomes suit des études de cinéma à l’Ecole supérieure de théâtre et de cinéma de la capitale lusitanienne. Après un passage comme critique dans la revue Publico, il réalise son premier court métrage en 1999, lequel met en scène, de façon musicale et chorégraphique, les états d’âme de trois adolescents. Tout en poursuivant dans ce créneau, il passe au long en 2004 avec La gueule de l’autre puis en 2008 Ce cher mois d’août qui, entre documentaire et fiction (sa marque de fabrique), narre les amours d’une chanteuse de bal avec son cousin. Suivent Tabou en 2012 racontant, entre onirisme et poésie sur un noir et blanc fantasmatique, la quête mémorielle d’un homme par trois femmes sur fond de décolonisation portugaise en Afrique et en 2015 Les mille et une nuits, présenté à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes avant de se retrouver proposé à l’Oscar du meilleur film en langue étrangère, en 2016.

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !