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Euro 2012, la révolution bleue : 
comment Laurent Blanc 
a transfiguré l’équipe de France 
en 5 leçons
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Euro 2012, la révolution bleue : comment Laurent Blanc a transfiguré l’équipe de France en 5 leçons

On saura ce mardi soir si le "minimum syndical", c'est-à-dire le passage du premier tour lors de l’Euro, va être atteint par l’équipe de France. Elle affronte la Suède pour sa qualification. Au vu des deux premiers de match, le XI tricolore pourrait continuer sa montée en puissance. Voici les cinq raisons qui ont sauvé les Bleus du naufrage.

Philippe David

Philippe David

Philippe David est cadre dirigeant, travaillant à l'international.

Il a écrit trois livres politiques : "Il va falloir tout reconstruire", ouvrage qui expliquait le pourquoi du 21 avril,  "Journal intime d'une année de rupture", sorti en 2009 aux éditions de l'Ixcéa, qui retrace les deux premières années de présidence Sarkozy et  "De la rupture aux impostures", Editions du Banc d'Arguin (9 avril 2012). 

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On saura ce soir si le « minimum syndical », c'est-à-dire le passage du premier tour lors de l’Euro, va être atteint par l’équipe de France. Au vu des deux premiers de match, et si le XI tricolore continue sa montée en puissance, la France fera bien partie du Top 8 européen en attendant, nous l’espérons tous, mieux. Mais comment cette équipe, qui sortait de deux compétitions cataclysmiques (2 nuls et 4 défaites en 6 matches sans oublier les affres de Knysna) a-t-elle pu remonter la pente aussi vite au point d’en être aujourd’hui à une série de 23 matches sans défaite ? Cinq raisons majeures expliquent à mon avis ceci.

 

1-Le changement radical de sélectionneur.

Laurent Blanc est l’antithèse de Raymond Domenech et ce, à tous les niveaux. En termes de comportement, celui de Raymond Domenech face aux médias était impressionnant tant en termes de mépris que de langue de bois à tel point que l’ancien sélectionneur avait, bien longtemps avant son limogeage, perdu toute crédibilité. Pour avoir écouté une bonne partie de la conférence de presse de Laurent Blanc hier au soir, celui-ci répond aux questions, toujours avec courtoisie et, quand il n’a pas envie de répondre, s’en tire avec une pirouette sans jamais prendre qui que ce soit de haut. Dans ce domaine, Blanc a gagné la confiance des médias par KO ce qui n’était, vu son prédécesseur, par particulièrement difficile.

Par rapport aux joueurs, le rapport de force s’est inversé. A Knysna, on a vu un groupe en rébellion demander au sélectionneur de lire un communiqué de la même manière qu’un groupe terroriste peut demander à un otage de lire devant la presse une liste de revendications. Personne aujourd’hui n’imagine que ceci puisse se reproduire avec Laurent Blanc, celui-ci renvoyant à mon avis sans hésiter les meneurs à leurs pénates par le premier avion. Il faut dire que le palmarès du « Président » parle pour lui et que son expérience est telle que personne ne peut se permettre de les mettre en cause. Si vous ajoutez à cela que Domenech était un psycho-rigide qui ne supportait pas la moindre critique, au risque pour l’outrecuidant d’être définitivement viré  de l’équipe de France, on peut affirmer que les rapports staff technique-joueurs sont aujourd’hui aux antipodes de ce qu’ils étaient il y a encore deux ans.

Dans ces deux domaines, Laurent Blanc a gagné la partie en se mettant tans les médias que son groupe dans la poche et l’amour, vous avez bien lu, qu’un groupe a pour son chef peut lui donner des ailes pour réaliser des performances qu’il ne réaliserait jamais avec un autre homme à sa tête.

 

2-L’équipe de France a enfin un schéma de jeu.

Qu’on aime la tactique à un attaquant ou pas (et je n’en suis pas particulièrement fan), il faut reconnaître que ce schéma de jeu est une des marques de fabrique de l’ère Blanc. Aujourd’hui, tout le monde le sait dans la planète foot, l’équipe de France joue avec 4 défenseurs, 5 milieux de terrain et 1 attaquant. Pour soutenir l’attaquant il y a toujours au moins deux milieux offensifs décalés (Ribéry et Ménez face à l’Ukraine), l’ajustement se faisant dans le positionnement des deux autres milieux (Diarra étant immuablement positionné devant la défense). Habitués à travailler ainsi, les joueurs ont maintenant des automatismes qui rappellent les plus belles générations de Tricolores. Le sélectionneur a un schéma tactique et il s’y tient. Rien à voir avec l’ère Domenech où tout et n’importe quoi avait été essayé sans que celui-ci ait une autre réponse à ceux qui l’interrogeaient sur son schéma tactique que : « la tactique, c’est entre les joueurs et moi, on en parle qu’entre nous »…

 

3-Un comportement nouveau sur le terrain

Les deux premiers matches de l’Euro l’ont prouvé : La France est une équipe. Logique me direz vous dans un sport collectif même si ce n’est pas toujours évident. Regardez en effet l’équipe des Pays-Bas dans cet Euro qui a réussi la prouesse en tant que vice-championne du monde de faire pire que la France à l’Euro 2008 avec trois défaites pour trois matches (la France avait fait un nul et deux défaites). Pourtant, les individualités des « Oranje » sont impressionnantes mais elles jouent chacune pour soi et en aucun cas pour l’équipe à tel point qu’on croit revoir l’équipe de France d’il y a quelques années.

Aujourd’hui l’équipe de France est soudée et joue en bloc. Dès qu’un joueur perd le ballon, un ou deux autres partent pour le récupérer ce qui explique, avec les automatismes acquis entre les joueurs,  le fait que la France a dans ses matches une possession de balle toujours supérieure à ses adversaires. Comme disait Johan Cruyff : « Le meilleur moyen de ne pas prendre de but est d’avoir le ballon dans les pieds ». Comme on dit dans toutes les écoles de foot : « On se fatigue moins en courant avec le ballon dans les pieds qu’en courant après le ballon ».

 

4-Un comportement nouveau hors du terrain

Les joueurs de l’équipe de France sont redevenus…des footballeurs, aussi bizarre que cela puisse paraître. La bunkerisation qui régnait sous l’ère Domenech a fait beaucoup de mal à l’équipe de France qui était tout autant coupée des réalités que coupée du public. Les joueurs qui sortaient avec leur casque audio sur les oreilles font désormais partie du passé. Pour avoir des enfants d’amis qui avaient été retenus parmi les ramasseurs de balle lors de la dernière visite des Bleus à Toulouse il y 4 ans (pour le match de préparation France-Paraguay), ceux-ci (à qui on avait promis qu’ils rencontreraient les joueurs) ne les ont finalement pas rencontrés, la paranoïa allant même jusqu’à leur interdire de les prendre en photo lorsque ceux-ci passaient à proximité (et il s’agissait d’un match amical). On comprend mieux dès lors la fracture entre l’équipe de France et son public, fracture qui devint béante après les évènements de la Coupe du Monde en Afrique du Sud. Les rencontres avec les supporters remises à l’ordre du jour par Laurent Blanc ont fait un bien fou à tout le monde et le jeu déployé lors de l’Euro devrait faire le reste. Si en plus de cela les Bleus vont loin en jouant bien, Laurent Blanc aura réussi le pari de refaire aimer aux français une équipe qu’ils haïssaient, et à juste titre, il y a peu.

 

5-The right man at the right place

Le retour en sélection de joueurs qu’il aurait été logique de voir en Afrique du Sud a fait du bien aux Tricolores. Benzema, Nasri, Mexès auraient eu leur place en Afrique du Sud mais les problèmes relationnels avec l’ex sélectionneur (ainsi que parfois des problèmes de performances) ont été la cause de leur absence lors de la Coupe du Monde. Ils font aujourd’hui partie des cadres des Bleus et leur présence dans le groupe relève de l’évidence. De même, Laurent Blanc a eu raison de donner leur chance à des joueurs devenus aujourd’hui des titulaires indiscutables alors qu’ils sont jeunes et ne jouent pas dans des « grands » clubs comme Mathieu Debuchy et Yohan Cabaye (ceci n’a rien d’injurieux pour les « Dogues » ou les « Magpies »). Enfin, Blanc fait jouer les joueurs au poste où ils jouent en club. Sous Domenech, on avait vu face à l’Autriche la paire de défenseurs centraux (Mexès Gallas) intervertie par rapport à leur position en club. Le résultat fût une défaite avec trois buts encaissés. De même, la titularisation d’Abidal en position de défenseur central alors que c’est un arrière gauche de métier a souvent coûté cher, comme contre l’Italie lors du dernier Euro avec un penalty et un carton rouge pour l’intéressé. Blanc fait jouer les joueurs là où ils ont des automatismes, ce qui n’était pas le cas de son prédécesseur.

 Tous ces changements prouvent que Laurent Blanc a accompli en deux ans la tête de l’équipe de France une véritable « révolution Bleue ».

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