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Un quart du conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne se retrouve aujourd’hui opposé à la politique poursuivie par l’autorité monétaire européenne.
Un quart du conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne se retrouve aujourd’hui opposé à la politique poursuivie par l’autorité monétaire européenne.
©Reuters

Mémoire courte

Révolte à la BCE : quand Berlin refuse au sud de l'Europe la politique monétaire et budgétaire qui a rendu possible le "miracle allemand"

Des membres de la Banque centrale européenne s'élèvent contre la décision présentée par Mario Draghi d’abaisser les taux directeurs à un niveau sans précédent de 0.25%.

Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann

 

Nicolas Goetzmann est journaliste économique senior chez Atlantico.

Il est l'auteur chez Atlantico Editions de l'ouvrage :

 

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Dans son édition du 10 novembre, Le Financial Times relate les dissensions actuelles au sein du conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne. Parmi les 23 membres, 6 se sont élevés contre la décision présentée par Mario Draghi d’abaisser les taux directeurs à un niveau sans précédent de 0.25%. Cette "révolte" aurait notamment été le fait de deux représentants allemands, un Autrichien et un Néerlandais. Ainsi, un quart du conseil se retrouve aujourd’hui opposé à la politique poursuivie par l’autorité monétaire européenne.

L’opinion allemande est tendue face à ce qui est assimilé à un insupportable laxisme. Hans Werner Sinn, économiste vedette en Allemagne, a pu faire état de son mécontentement dans le quotidien Bild, accusant Mario Draghi "d’abuser le système européen en donnant des prêts à taux réduits pour les pays du sud, taux qu’ils ne pourraient obtenir sur les marchés". Le Financial Times fait également part des critiques de la presse locale, pointant le "diktat d’une nouvelle « Banca Italia » basée à Francfort".

Ces positions relèvent du fanatisme. Alors même que la BCE est aujourd’hui comptable d’une inflation de 0.7% au sein de la zone euro, c’est-à-dire une situation proche de la déflation, la position officielle de la Bundesbank est à la désapprobation. Selon elle, ce serait l’inflation qui menacerait la zone euro, alors qu'un taux de chômage de 12.2% ne semble pas la préoccuper. Une telle attitude peut être source d’interrogation sur la volonté réelle de la Bundesbank ; l’Europe doit-elle être une "grosse Allemagne" ?

Car si de nombreuses paroles apportent leur soutien à l’Allemagne "vertueuse", elles oublient l’origine de cette prospérité. Cette économie qui était qualifiée "d’homme malade de l’Europe" en 2002 est parvenue à rétablir un équilibre certain grâce au soutien de la Banque centrale européenne. En effet, l’autorité monétaire a pu tolérer une croissance nominale de l’ordre  4% entre la création de l’euro et l’année 2008. C’est bien au courant de cette période que l’Allemagne, contrainte de se réformer, a notamment procédé à la mise en place des fameuses lois Hartz. Ce corpus législatif a justement pu être adopté car il correspond à une logique économique : ce que le gouvernement prend d’une main est amorti par le pouvoir monétaire.

L’Allemagne semble oublier le régime monétaire qui lui a permis de redresser son économie, en croyant fermement que la seule vertu des honnêtes travailleurs locaux a permis le "miracle allemand". L’absurdité d’une telle croyance semble pourtant faire mouche au sein d’une Europe admirative et béate.

Car c’est bien l’efficacité d’un tel "Policy mix" (austérité budgétaire et relance monétaire) que l’Allemagne refuse aujourd’hui à l’ensemble de la zone euro. La contrainte est exercée de toute part. Tout d’abord l’austérité monétaire, avec une BCE qui ne permet qu’une croissance nominale de l’ordre de 2% (au mieux et négative au pire) depuis 5 ans. Puis, la réduction de déficits, l’assouplissement du droit du travail etc.…qui sont imposés aux pays les plus fragiles de l’Union. Ce qui s’apparente à une opération cardiaque menée sans anesthésie. La mise en place de telles lois dans un contexte d’austérité monétaires est en effet un acte de pure folie économique.

Il est souvent rétorqué à cet argument que les cigales du sud auraient dû se réformer au même moment que l’Allemagne. Il devrait être inutile de rappeler que si cela avait été le cas, la croissance en Europe n’aurait pas été si forte et le rétablissement Allemand serait toujours en attente.

Malgré les résultats calamiteux de cette politique, un taux de chômage jamais atteint au sein de la zone euro et les perspectives peu encourageantes des élections européennes de 2014, rien ne change. L’Allemagne est aussi responsable de cette situation que les pays qui en sont les victimes. Il est en effet tout à fait incompréhensible de constater le renoncement des autorités italiennes, espagnoles, grecques, portugaises, mais surtout françaises. François Hollande se contente d’un silence coupable alors qu’il lui appartiendrait, dans une logique européenne de tandem franco-allemand, de siffler la fin de la partie.

Bien évidemment, les pays du sud doivent se réformer, la France doit se réformer, mais une telle ambition ne pourra être efficace que si elle est soutenue par la Banque centrale européenne. Aucune économie n’est jamais parvenue à procéder aux ajustements nécessaires sans le soutien de son autorité monétaire, pas même l’Allemagne. Mais c’est pourtant bien le programme qui est administré, plus ou moins de force, à tous ces "fainéants du sud", France comprise.

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