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Retraites : pourquoi il faut reconstruire totalement le système pour répondre au double enjeu de la soutenabilité financière et de la justice
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Du courage !

Retraites : pourquoi il faut reconstruire totalement le système pour répondre au double enjeu de la soutenabilité financière et de la justice

Alors que le gouvernement s’acharne déjà à enterrer les mesures préconisées par le rapport Moreau, la vraie réforme des retraites, durable et juste, est écartée faute de courage politique.

Paul  Bazin,Maël de Calan et Enguerrand Delannoy

Paul Bazin,Maël de Calan et Enguerrand Delannoy

Paul Bazin est un militant de l'UMP et des Jeunes Populaires

Maël de Calan est militant UMP dans le Finistère et travaille dans le secteur privé.

Enguerrand Delannoy est militant UMP dans la Vienne et a créé son entreprise.

Ils représentent "la Boîte à idées", une des motions de l'UMP.

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Une fois encore, notre système de retraites est au bord de l’asphyxie budgétaire : il manque déjà 7 milliards d’euros pour financer les retraites ; il en manquera 20 à 25 milliards d’euros en 2020. Faute d’anticipation, le gouvernement de François Hollande et Jean-Marc Ayrault se retrouve acculé à une réforme guidée par l’urgence financière, faisant au passage voler en éclat les promesses d’un retour à la retraite à 60 ans, un peu trop vite formulées lors de la réforme de 2010.

C’était encore une question, en forme de vœu pieux, lors de la publication du rapport de la Boîte à Idées, c’est désormais une certitude : François Hollande ne réformera pas en profondeur un régime dont la situation de quasi-faillite est chronique et dont chaque paramètre est porteur d’une injustice, envers les salariés du privé, les poly-pensionnés, les femmes…

La gauche va faire l’apprentissage de la réforme des retraites, elle qui s’est opposée à toutes les précédentes. Trouvera-t-elle la force de renier ses combats réactionnaires passés, en poursuivant l’alignement entre les régimes de retraite des salariés publics et privés engagé par la réforme Raffarin-Fillon en 2003 et approfondi par la réforme Woerth de 2010 ? En s’attaquant, comme la réforme Bertrand en 2008,  aux régimes spéciaux qui coûtent, chaque année, cinq milliards d’euros aux contribuables ? En affrontant avec la même détermination que Nicolas Sarkozy, les grèves et blocages de syndicats qui protègent les intérêts d’une minorité et trompent les salariés sur la réalité de nos retraites ?

Il existe bien sûr une porte de sortie facile pour le gouvernement, celle d’une énième réforme paramétrique pour repousser de quelques années l’impasse financière, en augmentant les prélèvements sur les actifs et en diminuant les pensions des retraités, autrement dit en augmentant le coût du travail et en diminuant le pouvoir d’achat des Français qui travaillent ou ont travaillé. Tout en jurant de mettre tout le monde à contribution, on ferait en réalité payer le prix fort à notre génération. On lui ferait porter la responsabilité d’une réforme future, inévitable tant notre système est miné de l’intérieur, en repoussant à demain ce que l’on n’a pas le courage de faire aujourd’hui.

Il faut relire les travaux du Conseil d’orientation des retraites pour prendre conscience des injustices et archaïsmes de notre système de retraites, qui pour avoir réussi par le passé à préserver nos retraités de la perte brutale de revenus, n’est plus adapté à notre époque. Certains cotisent 42 ans, d’autres 25 ; certains touchent près de 75 % de leurs revenus des six derniers mois, d’autres, un pourcentage de leurs 25 meilleures années. Ce système pénalise la mobilité : ceux qui ont connu des carrières heurtées, de plus en plus nombreux, viennent grossir les rangs des poly-pensionnés qui cumulent, le plus souvent, tous les désavantages. La gabegie financière est insupportable : la quarantaine de caisses coûte 6 milliards d’euros en frais de gestion, les plus élevés d’Europe. Enfin, faute de responsabilité collective, les partenaires sociaux s’avèrent incapables d’une gestion vertueuse de la branche vieillesse.

Seule une réforme systémique est désormais à la hauteur pour répondre au double enjeu de la soutenabilité financière et de la justice. Il n’y a pas de plus grand mépris que de dire, comme l’a fait l’auteur du rapport remis au gouvernement, que les Français ne veulent pas d’une réforme globale parce qu’ils n’y comprennent rien. Nous pensons au contraire que les Français sont prêts à suivre la voie que tant de nos partenaires européens, en particulier l’Allemagne, ont tracée, à condition que la réforme soit durable et juste. L’exemple allemand montre qu’une transition rapide vers un régime par points universel et transparent, préservant les droits acquis par les salariés, est possible.

C’est pourquoi nous proposons la création d’un régime universel de retraite par points fondé sur quatre principes simples :
la liberté : chacun doit pouvoir choisir son âge de départ à la retraite et pouvoir cotiser plus lorsqu’il le souhaite ;
l’égalité : les mêmes règles de cotisations pour tous les Français et les mêmes droits à l’âge de la retraite, y compris en partageant les droits à la retraite au sein du couple ;
la lisibilité : chacun doit pouvoir comprendre le fonctionnement de notre système ;
l’efficacité économique : les cotisations sociales et les coûts de gestion du système ne doivent pas anéantir notre compétitivité et creuser nos déficits.

Il est désormais démontré que, tout en préservant les principes de solidarité qui ont guidé la création de l’assurance retraite, le passage à un système universel par points offre aux citoyens la garantie d’un système clair, équitable, et suffisamment flexible pour s’adapter à un contexte économique et démographique qui n’a plus rien à voir avec celui de l’après-guerre.

Il ne s’agit donc pas de sauter dans l’inconnu, mais bien de reconnaître que des solutions de long terme passent par des réformes d’ampleur, et non par de simples ajustements techniques. Ce dont manque notre système de retraites, ce n’est pas tant d’argent que de courage politique, celui de penser à long terme et de refuser la facilité d’un report du problème sur les jeunes générations.

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