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Retour en force de la question sociale : Benoît Hamon ou la fin de la gauche Terra Nova
©Reuters/Charles Platiau

Cette fois, la page est tournée

Retour en force de la question sociale : Benoît Hamon ou la fin de la gauche Terra Nova

Le résultat du premier tour de la primaire de la gauche est venu confirmer l'existence de deux gauches au sein du PS, dont les idées sont aujourd'hui bien éloignées de celles développées par Terra Nova.

Sylvain Boulouque

Sylvain Boulouque

Sylvain Boulouque est historien, spécialiste du communisme, de l'anarchisme, du syndicalisme et de l'extrême gauche. Il est l'auteur de Mensonges en gilet jaune : Quand les réseaux sociaux et les bobards d'État font l'histoire (Serge Safran éditeur) ou bien encore de La gauche radicale : liens, lieux et luttes (2012-2017), à la Fondapol (Fondation pour l'innovation politique). 

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Avec 36,21% des voix, Benoît Hamon est arrivé en tête du premier tour de la primaire de la gauche, devant Manuel Valls qui, lui remporte 31,19% des voix. En l'espace de quelques semaines, celui que l'on a finit par considérer comme le troisième homme de cette primaire a su créer une dynamique autour de la question écologique et de la question sociale. C'est grâce à ces deux questions, et non pas au droit de vote des étrangers ou à la dépénalisation du cannabis - thématiques également abordées lors des débats télévisés de la primaire de la gauche - que le choix des électeurs lors de ce premier tour s'est porté sur la candidature de Benoît Hamon. La page de l'obsession sociétale est tournée. 

Atlantico : Comment peut-on juger de l'influence du think tank Terra Nova sur la gauche socialiste, depuis sa création en 2008 jusqu'à aujourd'hui ? Qu'en est-il tout particulièrement du changement de cible opéré par le PS, des catégories populaires vers les populations urbaines et éduquées ? 

Sylvain Boulouque : Terra Nova a été fondée en 2008 par des universitaires membres du PS. Elle s’inscrit dans un mouvement général dans lequel les intellectuels souhaitent influencer les partis politiques en apportant leurs connaissances, leurs idées et leurs expertises. Elle était au départ animé par des militants du PS comme Olivier Ferrand (devenu député en 2012 et mort subitement) et Julie Méadel (devenue ministre). Cette fondation est né suite aux différentes défaites de la gauche aux élections majeures de 2002 et 2007. Elle a cherché à renouveler la gauche en prospectant vers de nouvelles terres électorales. L’idée principale était de dire que les anciennes classes populaires ne pouvaient plus constituer la seule référence et qu’il fallait absolument, pour remporter les élections, se tourner vers les classes moyennes et les classes moyennes supérieures d’une part et vers les différentes catégories sociales populaires principalement issues de l’immigration. La logique initiée se poursuit aujourd’hui depuis que Thierry Pech, après le retrait forcé de François Chérèque, a pris la direction de la fondation avec cependant une évolution puisqu’il s’agit de renouveler le corpus doctrinal de la gauche.

Cependant, depuis quelques années, l’influence de Terra Nova s’est détachée de l’influence directe sur le PS pour chercher à influencer directement les hommes politiques d’une part, et d’autre part avoir une prise directe sur la société. Elle continue d’avoir l’écoute de certains hommes politiques de gauche. 

Le résultat du premier tour de la primaire de la gauche a confirmé le fait que la gauche socialiste est divisée en deux, avec d'un côté une gauche caractérisée par un discours d'autorité, incarnée par Manuel Valls, et de l'autre une gauche en recherche d'un nouveau modèle de croissance qui intégrerait les enjeux socio-économiques, incarnée par Benoît Hamon. Comment expliquer ce constat ?

Depuis le XIXe siècle, voire même depuis la Révolution française, les deux gauches ont toujours existé. Certaines fois, la gauche tenait même les deux discours ensemble comme Clémenceau ou Guy Mollet. Aujourd’hui, c’est une questions de priorité : une partie de la gauche de gouvernement estime que pour l’emporter, il faut développer les questions sécuritaires alors que l’autre gauche pense qu’il faut d’abord évoquer les questions sociales. C’est une question de groupe cible des candidats pendant la primaire. Cependant pour espérer l’emporter aux élections, il faudra s’adresser à l’ensemble de la population et ne pas viser uniquement certaines parties d’entre elle. 

Quelles propositions font désormais l'identité du PS ? Dans quelle mesure traduisent-elles la perte d'influence de Terra Nova sur le parti ? 

Pour le moment, les fondations n’ont pas d’influence directe sur le PS dans la mesure où l’on ne sait pas qui sortira vainqueur de la primaire socialiste. C’est seulement après les élections que l’on y verra plus clair. A moins que Macron d’un côté, qui reprend directement des idées de Terra Nova, ne s’impose ou que Mélenchon devienne le nouveau héros de la gauche et dans ce cas, cette fondation ne sera pas écoutée. 

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