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Des jeunes visitent le Salon Européen de l'Education - Salon de l'Etudiant le 22 novembre 2013 à Paris.
Des jeunes visitent le Salon Européen de l'Education - Salon de l'Etudiant le 22 novembre 2013 à Paris.
©Marion Ruszniewski / AFP

Les entrepreneurs parlent aux Français

Reprise des salons et évènements : comment la technocratie française achève les chevaux

Denis Jacquet revient cette semaine sur les difficultés pour les organisateurs de salons et les entrepreneurs face aux restrictions sanitaires et aux contraintes administratives.

Denis Jacquet

Denis Jacquet

Denis Jacquet est entrepreneur (Edufactory), investisseur (Entreprise et conquête) et président de Parrainer la croissance, une association d'aide aux PME pour rechercher la croissance, et cofondateur de l'observatoire de l'Uberisation. 

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Vous êtes organisateurs d’évènements, de salons, de conférences ? Dans un élan fou d’optimisme, après 18 mois de fermeture dictatoriale, vous aspirez à ouvrir les portes de votre évènement ? Oubliez cela tout de suite, remisez immédiatement cet élan positif afin qu’il retrouve sa cave aux cauchemars, laissez le spleen teinter de noir vos pensées « rosissantes » et donc coupables. L’administration française veille à ce que le taux de bonheur soit immédiatement dilué dans la réalité technocratique. Restez au chômage, soignez votre refus de l’indigence pour le cultiver à nouveau, rentrez chez vous, la France aime tuer dans l’œuf et vous resterez le calimero d’un État qui a décidé que l’activité économique n’était qu’un mal nécessaire, sans intérêt face à la nécessité de briller au journal de 20H.

Je vais vous expliquer ce que vivent les organisateurs d’évènements au moment où pour la première fois, ils espèrent ouvrir les portes de salons tant attendus, dans un pays qui n’a pourtant pas dépassé le cap de 95 morts par jour depuis 1 mois, et plus vraisemblablement 30, corrigé des facteurs de comorbidité.

Tout d’abord la jauge de 5000. Ne me demandez pas d’où sort ce chiffre à peu près aussi consensuel que fantaisiste (d’autres pays voisins l’utilisent aussi), les voies technocratiques sont aussi impénétrables que celle du seigneur, même si moins inspirées ! C’est le fruit de la jurisprudence Tchernobyl, dont les nuages empoisonnés furent bloqués à la frontière française. Le virus doit être doté d’un logiciel que nos scientifiques brillants ont décodé, et qui explique que dans une station de montagne, il contamine les gens accrochés à un tire-fesse, mais pas le passager du métro Parisien, qu’il touche les gens assis à une terrasse de restaurant mais pas les passants en position debout dans la rue, qu’il adore Indochine (preuve de sa dangerosité J ) qu’il laisse jouer en concert, mais déteste l’intérieur des restaurants qu’il faut ainsi laisser fermer. Etc.. En clair il attaque à 5000, mais pas avant. Oui je sais, vous allez me dire qu’il faut bien mettre une jauge. Pourquoi ? Tant qu’à mettre en place les dispositifs que je vais maintenant vous décrire, puisqu’on est certain ou presque que ceux qui rentrent sont négatifs, pourquoi ne pas ouvrir en grand ?

Le concert de 5000 personnes réalisé en Espagne il y a plus d’un mois, prouve, qu’avec les mesures adéquates, même en restant debout (en France il faudra être assis, transformant les salles de concerts en tombola pour maison de retraite) il n’y a rien à craindre, et que ce soit 5000 ou 10 000 le résultat sera le même, à savoir que tout ira bien !

Les expériences des autres sont probantes, alors servons nous en pour gagner du temps et reprendre une vie normale. Pourquoi la France veut-elle refaire les expériences déjà faites par nos voisins, plus brillants et réalistes ? Parce que l’administration en France est arrogante et prétentieuse, pitoyable et isolationniste. Revancharde. Pensez donc, elle a classé en Orange les USA et le Royaume Uni, alors qu’ils sont infiniment plus avancés que nous et que leurs taux d’infection et mortalité sont « mille fois » meilleurs que les nôtres !!!

Revenons à nos moutons. Pour ouvrir à 5000 personnes, ce qu’en temps normal, vous ouvririez à 30 000, voilà ce que l’on vous demande :

Il faut tracer des zones et des sens de circulation à peu près partout, y compris aux toilettes, où il vous faut pratiquement repartir en marche arrière, les mains figés au pantalon, pour respecter les consignes.

Il faut des installations sanitaires dignes du traitement d’une explosion nucléaire à chaque centimètre carré d’exposition. Même au Brésil que l’on accuse de toutes les erreurs, alors que pour 100 000 habitants ils sont quasi à égalité (en mortalité) avec la France (qui les classe en rouge !), le Club Med a conservé un taux d’occupation maximal de ses clubs là-bas depuis mars 2020, sans qu’aucun cluster ne s’en soit résulté. Tout cela est donc inutile et excessif.

Il faut que vous puissiez décoder les QR code de chaque personne qui souhaite rentrer. Pour cela, il faut que l’ARS ait un droit de vie ou de mort sur votre participant. Donc vous scannez le code, qui envoie un message à l’ARS qui colore le feu au vert ou au rouge selon ce qu’elle lit de l’information. Pour flasher ces codes, il faut en moyenne 30 personnes à plein temps pendant le salon, payées en moyenne (prime de risque, non vous ne rêvez pas !) à 60€ de l’heure pour passer une pommette sur un QR Code. 500€ la journée quasiment le prix d’un avocat avec 5 ans d’expérience. Et ce n’est pas fini.

Celle-là n’est pas mal non plus. L’information de votre QR code est donc véhiculée par internet. Dans un salon on utilise le Wi-Fi, ce qui parait assez banal. Pas pour l’ARS et nos technocrates. Le Wi-Fi serait « piratable ». On n’y avait pas pensé. Il faut donc louer une liaison spécialisée, payée à prix d’or, pour garantir que des pirates informatiques, certainement passionnés par les tests Covid des participants au salon, ne puissent « hacker » nos données médicales. Je le répète, vous ne rêvez pas, Kafka est désormais officiellement un sombre amateur. Sachant que les pirates parviennent à hacker Microsoft ou Amazon, il est vraiment utile de faire payer une liaison spécialisée à l’organisateur, pour garantir quelque chose que nul ne peut garantir.

En clair, pour un organisateur, qui aura 6 fois moins de visiteurs payants, il devra payer chaque jour 30 000€ à des « scanners de QR code » (un métier nouveau pour résorber le chômage des jeunes ?), et une ligne spécialisée de quelques milliers d’euros supplémentaires. Et ce n’est pas fini…

Puisque malgré ces mesures, on n’est pas encore certain de tuer le petit cheval, on a ajouté une petite touche finale. Les tests. Ils doivent être acheté OBLIGATOIREMENT à une société spécialisée, imposée par l’ARS, à plus de…….. 6€ la pièce !! Ce que vous achèteriez chez n’importe quel grossiste agréé à moins de 1€. En finance, on appelle cela l’usure, chez moi le soviet suprême. C’est honteux.

En conclusion, si vous prévoyez de rester dans l’industrie de l’évènementiel, quelques conseils :

Evitez la France, voire l’Europe, mais la situation est variable par pays, il y a heureusement les pays du Sud, qui ont besoin de travailler sans utiliser la planche à billet, et ceux du nord, qui n’ont jamais confiné, comme la Suède. Où tout va bien au passage, merci pour eux.

Partez en Afrique, à Dubaï, aux USA, en Chine. Là où travailler l’emporte que la peur de l’ombre et l’emploi sur l’étatisation. Vous pourrez travailler librement et offrir à votre entreprise des salariés heureux de ne pas perdre leur emploi et oublier les tracasseries administratives françaises.

Annulez vos évènements jusqu’en 2022, car il y aura une nouvelle vague à la rentrée, car avec 10 million de personnes ayant reçu 2 doses, nous n’y couperons pas. Non pas que le Gouvernement ait enfin compris que cette maladie n’était pas si dangereuse (sinon pourquoi ne tue-t-elle pas les Asiatiques, les Africains..), mais justement parce qu’il doit gagner les élections en Mai et que quelques morts de plus au journal de 20H, c’est de nombreux vote en moins pour l’élection. Donc semi-confinement et jauge en baisse à partir d’octobre. Vous pouvez donc tout remballer et vous inscrire définitivement au chômage partiel, qui vous sera refusé puisqu’on vous offre d’organiser des évènements que les conditions administratives rendent d’emblée déficitaires. En clair, quittez la France ou déposez le bilan.

Je suis désolé d’être l’oiseau de mauvaise augure, mais la médiocrité n’entraîne jamais la réussite. Courage, nous au moins, on vous aime !

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