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Report ou pas report, peut-on vraiment compter sur un plan gouvernemental pour lutter contre la pauvreté ?
©ludovic MARIN / POOL / AFP

Arbitrages

Report ou pas report, peut-on vraiment compter sur un plan gouvernemental pour lutter contre la pauvreté ?

La présentation du plan pauvreté du gouvernement, initialement prévue pour ce 9 juillet, a été reportée "à la rentrée" pour cause d'arbitrages et de Coupe du monde de football. Cette décision a été largement critiquée par l'ensemble de l'opposition. Un tel "plan pauvreté" peut-il apporter des réponses satisfaisantes à un tel défi ?

Philippe Crevel

Philippe Crevel

Philippe Crevel est économiste, directeur du Cercle de l’Épargne et directeur associé de Lorello Ecodata, société d'études et de conseils en stratégies économiques.

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Atlantico : La présentation du plan pauvreté du gouvernement, initialement prévue pour ce 9 juillet, a été reportée "à la rentrée" pour cause de Coupe du Monde de Football. Une décision gouvernementale qui a été largement critiquée par l'ensemble de l'opposition notamment sur la base de l'argument "la pauvreté n'attend pas". Si cette décision semble effectivement peu défendable, n'est-il pas réellement exagéré de prétendre qu'un tel "plan pauvreté" quel qu'il soit puisse apporter des réponses satisfaisantes à un tel défi ? En quoi les mesures prises habituellement dans de tels plans relèvent-elles plus du palliatif que du réellement traitement des causes, dont la croissance économique semble être l'alpha et l'oméga ? 

Philippe Crevel : La justification du report est sans nul doute malheureuse. Le lien entre un évènement réunissant quelques jeunes millionnaires et la pauvreté est ténu. Certes, le football constitue bien souvent l’opium légal de bien des cités défavorisées. Le report est lié plus sérieusement à  d’autres facteurs. Les contraintes budgétaires, le manque de mesures symboliques pouvant générer du buzz, l’absence de consensus au sein du pouvoir sont autant de raisons qui ont justifié le report jusqu’au mois de septembre. Par ailleurs, après la sortie du Président de la République sur l’aide sociale et ses ratés, ce dernier a peut être jugé préférable de laisser passer les vacances avant de s’attaquer à nouveau ce dossier. En outre, en début d’été, les Français n’auraient pas gardé en mémoire les annonces sur la pauvreté. L’air du temps est au football et aux loisirs !
La France n’a pas un problème de pauvreté. Son taux de pauvreté figure parmi les plus faibles d’Europe. Elle a un problème du fait que de nombreuses personnes pauvres n’ont aucune échappatoire. Elles sont condamnées bien souvent à vivre de l’assistance publique. La question est avant tout comment régler la marginalisation de certains territoires (Seine Saint Denis ou quartiers Nord de Marseille par exemple). Quand le taux de chômage atteint plus de 40 %, quand le décrochage scolaire est vanté comme est cela le cas chez certains jeunes, quand l’argent facile et illégal devient l’alpha et l’oméga d’une partie de la population, ce n’est un énième plan qui changera la donne. Trop souvent, les pouvoirs publics jouent la facilité en s’en remettant aux associations qui luttent contre la pauvreté.
Les mesures du plan du Gouvernement ne sont pas d’une grande nouveauté. En effet, sont prévus la possibilité pour les jeunes majeurs de continuer à être suivis par les départements et le versement en une seule fois de certaines aides sociales. Des dispositifs de suivis des décrocheurs à l’école devraient être institués. Par ailleurs, des petits déjeuners devraient être fournis dans les écoles de l’enseignement primaire.

De plus, en quoi l'évolution des comportements sociaux, de l'explosion du nombre de familles monoparentales (dont le nombre a été multiplié par près de 3 depuis la fin des années 60), l'augmentation des divorces, ou en quoi des phénomènes globaux, comme la mondialisation ou la robotisation, semblent dépasser largement les enjeux auxquels peuvent répondre un "plan pauvreté" ?

La pauvreté est la conséquence d’une accumulation de problèmes individuels, isolement, perte de travail, absence de formation, enfants à charge, perte de logement, etc. La multiplication des femmes mères et des couples n’ayant pas de revenus est évidemment une source de paupérisation d’une partie de la population. Les emplois en CDD, à temps partiel ou en intérim créent de la précarisation. Ils fragilisent les familles. Les mères occupant cinq, six emplois devant passer de l’un à l’autre en transport en commun n’ont guère le temps de s’occuper de leurs enfants. Il y a une évidente transmission de la pauvreté de génération en génération avec un risque évidemment de dérive des jeunes vers le monde des voyous, voire du terrorisme islamique.

Face à un tel constat, ne peut-on pas estimer que la succession des plans pauvreté ne peuvent avoir d'effets correspondants à la hauteur des enjeux, à moins de parvenir à englober une réflexion économique globale ? 

La réflexion en matière de pauvreté doit être évidemment globale. La première des conditions est d’assurer la sécurité au sein des villes ayant des taux de pauvreté élevés. ’est évidemment mettre des moyens importants dans l’éducation pour casser le cercle vicieux de la pauvreté. C’est aussi revoir l’urbanisme et éviter les concentrations de population. Quand dans les écoles du département de Seine Saint Denis, le nombre d’enfants immigrés dépasse 80 % et que ces enfants maîtrisent mal le français, il est difficile de lutter contre l’illettrisme. Les administrations d’Etat devraient se délocaliser non plus en province comme au temps du Général de Gaulle ou de François Mitterrand dans les quartiers difficiles pour créer des ruptures. De même, les grandes entreprises devraient être incitées à s’y implanter. A Saint Denis, le quartier de la Plaine qui accueille plusieurs sièges sociaux de grands groupes dont la SNCF ou Generali, contribue doucement mais surement a changé un peu la donne. Le statut de l’auto-entrepreneur d’Hervé Novelli a donné plus de résultats dans la lutte contre la pauvreté que bien des plans. Le saupoudrage de crédits, la distribution de subventions aux associations pour acheter une paix sociale aboutissent toujours à des désillusions.

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