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Alors que le gouvernement vient d'annoncer le déremboursement de certaines pillules, l'IVG devrait quant à elle être remboursée à 100%.
Alors que le gouvernement vient d'annoncer le déremboursement de certaines pillules, l'IVG devrait quant à elle être remboursée à 100%.
©Flickr/mr.paille

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Rembourser à 100% l’IVG et dérembourser certaines pilules contraceptives : veut-on vraiment faire de l’IVG un moyen de contraception ?

Le projet de budget de la sécurité sociale pour 2013 prévoit le remboursement intégral de l'interruption volontaire de grossesse. Cette mesure intervient quelques jours après l'annonce du déremboursement de certaines pilules.

Christian Jamin

Christian Jamin

Christian Jamin est gynécologue et endocrinologue. Il exerce actuellement à Paris. Spécialiste de la régulation du traitement hormonal chez la femme, il participe activement aux recherches de nouvelles méthodes de contraception. Il s'implique également dans la prévention de l'IVG.

Il a co-écrit Une nouvelle vie pour la femme, aux éditions Jacob-Duvernet, 2006.

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Atlantico : Le gouvernement, dans le cadre du projet de budget de la sécurité sociale pour 2013, a annoncé que l'IVG serait remboursé à 100 % dès 2013. Actuellement, seules les jeunes filles mineures sont intégralement remboursées. Une telle mesure peut-elle créer une confusion entre avortement et contraception ?


Christian Jamin : Tout d'abord, on peut se demander si le fait que l'avortement soit remboursé va modifier l'accès des femmes à l'IVG. Personnellement, j'en doute car, d'après ce que je vois, les femmes se débrouillent toujours. En effet, je ne pense pas qu'il y ait des femmes qui se refusent à franchir le pas pour une question d'argent. D'autant plus qu'actuellement, l'avortement est déjà pris en charge à 70 % et coûte environ 190 euros.

 

En revanche, symboliquement le fait que l'IVG soit pris en charge à 100 % peut effectivement changer les choses, tout du moins dans les esprits. Quand les choses sont gratuites, psychologiquement, l'accès est facilité. Reste à savoir si cela va pousser à la baisse de la contraception... et j'ai bien peur que oui.

 

Par ailleurs, il faut savoir que cette annonce tombe au pire moment car on est actuellement en pleine polémique sur le déremboursement des pilules. En effet, le gouvernement a annoncé le déremboursement des pilules troisième génération. D'un côté, on stigmatise les éventuels risques extrêmement faibles liés à certains types de contraceptifs, si tant est qu'ils existent, et d'un autre côté, on valorise l'IVG. La percussion de ces deux nouvelles à quelques jours d'intervalle est purement et simplement désastreuse.

 

Aujourd'hui, les femmes, et plus particulièrement les jeunes filles, ont-elles réellement tendance à croire que l'IVG est un moyen de contraception comme les autres ?


Je ne dirai pas cela. Chez beaucoup de jeunes filles, l'avortement reste quelque chose qui effraie et auquel il ne faudrait recourir qu'en cas de force majeur. Mais il existe aussi celles pour qui l'IVG demeure un plan B. Je rappellerai que 3 % de la population en France ayant une vie sexuelle n'utilisent pas de contraception, 20 % utilisent une contraception non médicalisée, c'est-à-dire très peu efficace et ces 3 % de femmes qui ne se protègent pas représentent un tiers des IVG en France.

 

Aujourd'hui, on assiste aussi à un recul de la contraception dans certaines tranches d'âge, notamment les 20-30 ans. Comme s'il y avait une forme de lassitude et une désaffection après avoir commencé très jeune. L'avortement apparaît donc pour elles comme une "bouée de sauvetage".

 

Faut-il alors renforcer la sensibilisation des femmes sur le traumatisme que peut provoquer une IVG ?


Il y a eu un grand débat dans le journal Libération, où plusieurs personnes clamaient le fait que ce n'était pas vraiment un problème et certains affirmaient même que c'était nécessaire à la construction de la femme. Cela me paraît pour le moins exagéré ! En outre, toutes les femmes ne vivent pas de manière catastrophique une interruption de grossesse mais ne serait-ce que pour la santé physique et mentale, la contraception demeure beaucoup plus sain et moins grave que l'IVG qui n'est pas, comme certains pourraient le prétendre, un acte anodin.

 

Je ne crois pas à l'éducation par la peur, ce n'est pas en leur disant que c'est horrible que cela va les empêcher de le faire. Il faut plutôt positiver la contraception plutôt que de "négativer" l'IVG qui a toute sa place pour traiter les échecs, sans être un acte banal de la vie. Ce qui me préoccupe, c'est plus la désaffection de la contraception. C'est donc une véritable éducation contraceptive qu'il faut mener.

 

La mesure telle qu'elle est proposée devrait coûter à l’État plus de 30 millions d'euros ? Cet argent pourrait-il servir à financer des campagnes de sensibilisation sur la contraception, ou même encore à financer la contraception elle-même ?


Les Français ne considèrent toujours pas, malgré l'état des finances actuelles que ce que l'on prend d'un côté, c'est ce qu'on ne mettra pas ailleurs. En effet, on a l'impression que les ressources de l'Etat sont infinies.

 

Or, si on prend de l'argent d'un côté, c'est qu'on ne le met pas ailleurs. A mon avis, il sera nécessaire de consacrer plus de budget dans l'éducation de la contraception. Aujourd'hui, les cours d'éducation sexuelle dans les écoles sont soit inexistants soit très mal faits. Il faudrait donc renforcer la prévention de l'interruption volontaire de grossesse que dans le remboursement à partir du moment où on ne peut pas faire les deux. Je ne stigmatise pas le remboursement mais je trouve dommage que la contraception ne soit pas privilégiée.

 

Propos recueillis par Célia Coste

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