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Refondation à vide : comment la droite est bien partie pour "rater" la défaite de François Fillon comme elle avait "raté" celle de Nicolas Sarkozy
©LIONEL BONAVENTURE / AFP

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Refondation à vide : comment la droite est bien partie pour "rater" la défaite de François Fillon comme elle avait "raté" celle de Nicolas Sarkozy

Comme en 2012, la défaite a fait perdre à la droite son chef, et comme en 2012, le parti semble se lancer dans une guerre des chefs plus destructrice que refondatrice. Pourtant, en regardant les erreurs faites dans le passé, celles que Les Républicains semblent sur le point de commettre pourraient être évitées.

Erwan Le Noan

Erwan Le Noan

Erwan Le Noan est consultant en stratégie et président d’une association qui prépare les lycéens de ZEP aux concours des grandes écoles et à l’entrée dans l’enseignement supérieur.

Avocat de formation, spécialisé en droit de la concurrence, il a été rapporteur de groupes de travail économiques et collabore à plusieurs think tanks. Il enseigne le droit et la macro-économie à Sciences Po (IEP Paris).

Il écrit sur www.toujourspluslibre.com

Twitter : @erwanlenoan

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Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr Il vient de créer un nouveau site : www.lecourrierdesstrateges.fr
 

Diplômé de l'Ena (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un Dea d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

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La droite a-t-elle raté l'après-défaite 2017 comme elle avait raté celle de 2012 ? Quelles sont les leçons que les Républicains auraient du tirer de cet échec ?

Eric Verhaeghe : Trois leçons, de mon point de vue, n'ont pas été tirées de la défaite de 2012, puisqu'elles se reproduisent aujourd'hui. Première leçon: la droite n'a pas cherché à reconstituer une unité fondée sur un projet idéologique commun. Elle en reste à ses vieilles fractures et n'entreprend pas le projet de les dépasser en renouvelant sa cortication idéologique. Face à cette incapacité à se repenser, la droite est condamnée à se maintenir dans une sorte d'état dépressif. Deuxième leçon: la droite ne prend pas le temps de forger un projet global pour le pays. Prenons l'exemple de la campagne des législatives. Il y avait une vraie question à se poser sur la baisse des cotisations sociales et sur la fiscalisation des recettes de la sécurité sociale. De ce point de vue, le projet macronien de hausse de la CSG est sans doute critiquable, mais il mérite une prise en compte un peu plus "épaisse" que le dénigrement systématique dont il est l'objet sur le mode du: "ne faites pas payer les vieux". On voit ici que le discours de la droite est en-dessous de la ligne de flottaison idéologique qui devrait être la sienne. Troisième leçon: la droit traditionnelle devrait repenser ses relations avec le Front National. Tant que le "front républicain" continuera à agir, la droite républicaine s'expose au risque d'être battue par une manoeuvre à la Macron comme nous l'avons vue à l'occasion de la présidentielle. 

Erwan Le Noan : On ne peut pas dire que la droite ait déjà raté l’après défaite 2017 : nous sommes à peine un mois après le résultat des élections législatives. Il est encore beaucoup trop tôt pour tirer des conclusions.

Ce qui se dessine à ce stade ne semble toutefois pas montrer que la droite a beaucoup appris de 2012. Comme après la défaite de Nicolas Sarkozy, la voilà repartie dans les conflits d’égo : Xavier Bertrand, Valérie Pécresse et Laurent Wauquiez semblent établir leurs stratégies non en fonction de l’avenir de la droite mais selon leurs intérêts personnels. On est très loin du renouvellement dont la droite aura besoin pour revenir au pouvoir.

En outre, comme en 2012, la droite ne fait toujours pas de bilan de sa défaite. Elle préfère les invectives et les raccourcis. Les uns accusent les autres d’être à la source de l’échec : soit le candidat était trop mauvais, soit son programme était trop libéral, soit les centristes étaient des traitres, soit les autres étaient trop à droite…

Enfin, la droite ne travaille pas non plus sur les idées : c’est le vide intellectuel… Que pense la droite de l’avenir du pays ? Quelle est sa vision de la société ?

Quels sont les éléments de 2007 que la droite n'arrive toujours pas à retrouver ? Sur quels points prioritaires doit-elle aujourd'hui se renouveller ?

Eric Verhaeghe : Sarkozy a gagné sur une énergie de changement à la fois libéral et conservateur, au sens de souverainiste. Il a perdu l'élection de 2012 faute d'avoir mis en oeuvre ses idées. Ce qui a pu séduire, à cette époque, c'était l'ambition de renouveler le pays sur une logique globale de baisse des dépenses publiques. Fillon a porté un projet de la même essence lors de la primaire. Sa vision d'une société française remise en ordre de marche sur un socle ordo-libéral, retrouvant sa place internationale et sa souveraineté par une maîtrise des dépenses publiques, a fortement séduit la droite traditionnelle. C'est ce fondement ordo-libéral souverainiste qui constitue aujourd'hui le terreau du mouvement, de la dynamique à droite. Il faut donc que la droite épure en elle tous les éléments étatistes et dépensiers, les mous du genou des amortisseurs sociaux, pour retrouver la voie de la victoire. Prioritairement donc, deux choses s'imposent: recentrer son projet sur un ordo-libéralisme patriotique, dégager tous ceux qui ne se retrouvent pas dans cette ambition. 

Qui sont ceux qui votent à droite aujourd'hui ? Et qui sont ceux qui ne votent plus à droite aujourd'hui, mais qui votaient à droite en 2007 ?

Erwan Le Noan : En 2007, Nicolas Sarkozy avait réussi à rassembler un électorat qui venait de tous les milieux sociaux (et notamment populaires). Ce n’était plus le cas de l’électorat de 2012 pour François Fillon, qui était plus âgé, peut-être plus « patrimonial ».

Cela se retrouve dans le discours des deux candidats : Nicolas Sarkozy avait défendu un discours qui portait un véritable projet de société ; la déception est venue de ce qu’il ne l’a pas mis en œuvre. François Fillon, à l’inverse, portait un programme qui était certainement ambitieux, mais il n’a pas su transmettre une vision qui y soit lié ; il n’a pas su le transformer en un projet qui porte l’avenir.

Même si les Républicains avaient une ligne de conduite stable et clairement définie, est-ce que qu'ils agiraient vraiment différemment ? Ne s'agit-il pas d'une culture politique bien en place depuis quelques années (par exemple le duel Copé-Fillon) ?

Eric Verhaeghe : Je préfère dire qu'il manque à droite une personnalité légitime, qui ne soit pas Nicolas Sarkozy, pour cimenter les énergies et fédérer. De mon point de vue, cette personnalité ne peut exister qu'après la reconstitution d'un programme novateur. Il faut quelqu'un capable de porter ce programme, et capable de faire venir des talents nouveaux. L'un des plus grands vices de la droite, ce sont les conflits personnels sédimentés qu'elle porte en elle. Ceux-ci ne pourront être dépassés qu'avec un profond renouvellement du personnel et des décideurs. Le bon sens devrait être de profiter du quinquennat qui s'annonce pour préparer cette relève. 

Erwan Le Noan : La 5e République est ainsi faite qu’il ne peut il n’y avoir qu’un seul leader qui émerge pour devenir le candidat à l’élection présidentielle. Dans chaque camp, les ambitieux doivent donc éliminer leurs adversaires en interne. La droite a passé la période 2012-2017 à s’y évertuer, les uns détruisant les autres avec une incroyable énergie.

Le rôle du leader est évidemment capital : la droite ne réussira pas sans un leader capable de rassembler toutes ses composantes. Mais son problème est que ses responsables semblent convaincus qu’il suffit de prendre la place du leader pour gagner ; ils négligent en conséquence totalement les idées. Ils construisent donc leurs succès potentiels sur des châteaux de sable.

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