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Un homme passe devant une affiche montrant des billets de banque de différentes devises dans un quartier d'affaires à Hong Kong.
Un homme passe devant une affiche montrant des billets de banque de différentes devises dans un quartier d'affaires à Hong Kong.
©ANTHONY WALLACE / AFP

Environnement

Réduire les échanges commerciaux internationaux pour aider la planète : les éléments qui démontrent qu’il s’agit d’une fausse bonne idée

Selon une étude de l'OMC, les pays les plus ouverts au commerce ont tendance à être moins vulnérables aux chocs climatiques.

José-Antonio Monteiro

José-Antonio Monteiro

José-Antonio Monteiro est économiste à la Division de la recherche économique et des statistiques de l'OMC depuis 2015.

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Ankai Xu

Ankai Xu

Ankai Xu est économiste de recherche à l'Organisation mondiale du commerce. Ses recherches portent sur le lien entre le commerce, les technologies numériques et le développement durable.

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Atlantico : Un récent rapport de l'OMC analyse la relation entre le changement climatique et le commerce international. Vous montrez que les pays les plus ouverts au commerce ont tendance à être moins vulnérables aux chocs climatiques. Quelle est la force de cette corrélation ? Qu'est-ce qui peut expliquer ce lien ?

José-Antonio Monteiro et Ankai Xu : La vulnérabilité des économies face aux chocs climatiques est déterminée par un grand nombre de facteurs, y compris la capacité d'adaptation, c'est-à-dire la capacité de pouvoir identifier, réduire ou éviter les risques et les dommages causés par le changement climatique. Cette capacité d'adaptation est en partie soutenue par des stratégies d'adaptation au changement climatique, comme l'investissement dans des infrastructures et technologies résilientes au climat, pour réduire la vulnérabilité.

Une meilleure capacité d'adaptation au changement climatique tend à être associée à une plus grande ouverture commerciale. Plusieurs mécanismes peuvent expliquer en partie cette tendance, notamment la croissance économique et la diversification économique soutenues par le commerce international.

L'ouverture au commerce est généralement associée à une croissance économique plus élevée qui peut aider indirectement les économies à orienter une partie de leurs ressources financières vers des stratégies d'adaptation au changement climatique. Malgré le fait qu'investir dans l'amélioration de la résilience climatique offre un rapport coûts-avantages important, les efforts d'adaptation aux impacts du changement climatique sont encore à la traîne, en particulier dans les pays en développement, qui sont généralement moins ouverts au commerce international.

Les pays dont les exportations sont moins diversifiées – principalement les pays en développement et les pays moins avancés– ont aussi tendance à être plus exposés au changement climatique. Le manque de diversification économique peut effectivement exacerber les vulnérabilités au changement climatique lorsque l'activité principale est impactée de manière négative par le changement climatique. Une telle situation montre à quel point il est important de soutenir les efforts visant à accélérer la diversification économique. Dans ce contexte, le commerce international peut contribuer à ne plus dépendre des secteurs et activités les plus vulnérables au changement climatique en multipliant les produits, fournisseurs et marchés.

Dans quelle mesure le changement climatique va-t-il perturber le commerce ?

Les économies sont de plus en plus exposées aux risques liés au changement climatique. Par exemple, les récentes inondations ont laissé un tiers du Pakistan sous les eaux, mettant en danger sa sécurité alimentaire et économique. Les inondations ont détruit environ 40 % de la récolte de coton du Pakistan, ce qui a eu de graves répercussions sur l'industrie textile – le principal secteur d'exportation du Pakistan. Dans d'autres parties du monde, de graves sécheresses ont réduit les niveaux d'eau de plusieurs fleuves importants, comme le Rhin, limitant le poids du chargement que les barges peuvent transporter et provoquant des embouteillages et des retards perturbant les chaînes d'approvisionnement.

Si la crise climatique n'est pas maîtrisée rapidement, les conséquences du changement climatique conduiront à des pertes de productivité et de production, endommageront les infrastructures et augmenteront les coûts commerciaux. L'agriculture, le tourisme et certains secteurs manufacturiers sont particulièrement vulnérables aux impacts climatiques. Le changement climatique pourrait, par exemple, réduire l'attrait touristique de régions traditionnellement prisées, tandis que l'élévation du niveau de la mer et les phénomènes météorologiques extrêmes risquent d'endommager de manière permanente l'infrastructure touristique.

À long terme, le changement climatique pourrait également modifier les avantages comparatifs qui déterminent en partie la nature et l'intensité du commerce de chaque pays avec l'extérieur. Par exemple, certains pays qui sont actuellement exportateurs nets de produits agricoles pourraient, dans le futur, devenir importateurs nets pour assurer leur sécurité alimentaire car les changements dans les conditions météorologiques peuvent entraîner une baisse des rendements des cultures dans certaines régions.

Quelles sont les conditions pour que le commerce contribue à l'adaptation au changement climatique ?

L'adaptation au changement climatique nécessite une compréhension des défis et des opportunités occasionnés par le changement climatique, ainsi qu'une capacité à anticiper, évaluer et gérer les risques climatiques. Sans sous-estimer à quel point l'adaptation au changement climatique restera coûteuse et perturbatrice, le commerce et les politiques commerciales peuvent faire partie intégrante des stratégies d'adaptation au changement climatique pour autant que les risques climatiques soient identifiés et abordés. 

Le commerce peut faciliter le développement et la diffusion de technologies qui peuvent contribuer à réduire ou éviter les risques climatiques et à limiter autant que possible les pertes et les dommages inévitables causés par le changement climatique. L'introduction de variétés de cultures résistantes à la sécheresse, les systèmes d'alerte précoce et les systèmes de conservation et de stockage de l'eau sont quelques solutions développées pour rendre, dans la mesure du possible, l'agriculture plus résiliente au changement climatique. Le commerce des services, notamment les prévisions météorologiques, les assurances et la logistique, peut également jouer un rôle important dans la préparation aux chocs liés au climat.

L'accès aux biens et services essentiels importés, tels que les denrées alimentaires et les produits de santé, peut aussi aider les économies à faire face aux phénomènes météorologiques extrêmes. La diversification des sources d'approvisionnement pour les marchandises et services essentiels contribue également à augmenter la résilience économique. Une récente analyse de simulation publiée dans Nature suggère que l'élimination progressive des droits de douane sur les biens agricoles et la mise en œuvre d'autres mesures de facilitation des échanges internationaux, pourraient réduire l'impact du changement climatique sur la sous-alimentation dans une proportion pouvant atteindre 64 % en 2050, ce qui signifierait 35 millions de personnes en moins souffrant de la faim.

Comment parvenir à la coopération commerciale nécessaire pour faire face au changement climatique ?

Faire face au changement climatique nécessite une coopération mondiale sur tous les fronts, y compris la coopération commerciale. Le manque de coopération peut conduire à des tensions commerciales et, en fin de compte, saper les actions climatiques.

Par exemple, la fragmentation croissante des systèmes de tarification du carbone engendre un risque potentiel de fuite de carbone et de perte de compétitivité, en particulier dans les secteurs à forte intensité de carbone exposés au commerce. Des politiques non coordonnées en la matière sont en outre susceptibles d’entraîner des coûts administratifs et des coûts de mise en conformité supplémentaires pour les gouvernements et les entreprises. Une coopération internationale accrue est donc essentielle pour trouver des solutions communes à la question de la tarification du carbone.

Les accords commerciaux régionaux abordent de plus en plus explicitement le changement climatique. Certains accords exigent que les parties adoptent des politiques sur le changement climatique et s'engagent à promouvoir le commerce des biens et services environnementaux et – dans certains accords – l’investissement direct étranger dans ces biens et services. Un grand nombre d'accords commerciaux promeuvent également la coopération en matière d'atténuation du changement climatique.

Une coopération commerciale encore plus étroite est cependant essentielle pour décarboner les chaînes d'approvisionnement et les rendre plus résistantes aux chocs climatiques et promouvoir des systèmes alimentaires sûrs et durables. Une telle coopération nécessite une forte impulsion politique et un renforcement de la collaboration entre le secteur public et le secteur privé. 

Dans quelle mesure est-ce qu'affronter le changement climatique passe par le commerce ?

La lutte contre le changement climatique passe par une transformation de l'économie mondiale. Il est certes important de faire avancer la sobriété énergétique, mais il sera vraisemblablement impossible de ramener les émissions nettes de gaz à effet de serre à zéro sans un changement technologique et structurel à l'échelle mondiale. Peu, voire aucun pays, n'a les ressources technologiques et financières ainsi que les capacités industrielles et les intrants intermédiaires nécessaires pour produire les biens et services permettant de contenir l'augmentation des émissions de gaz à effet de serre.

Bien que le commerce international génère des émissions de gaz à effet de serre, le commerce, ainsi que les politiques commerciales, peuvent également contribuer à la transition vers une économie sobre en carbone en fournissant un accès aux technologies à faible émission de carbone et en stimulant l'innovation dans ce domaine, en diffusant les meilleures pratiques et en aidant les investissements dans les énergies propres à avoir le plus grand impact possible au moindre coût. 

Le coût de l’électricité solaire a par exemple chuté de 97 % depuis 1990. Environ 40 % de la baisse du coût des systèmes de panneaux solaires est attribuée aux économies d’échelles en partie réalisées grâce au commerce international et aux chaînes de valeurs mondiales. La capacité des panneaux solaires importés dans le monde en 2017 atteignait près de 80 gigawatts, soit l’équivalent de plus de 9 % de la production mondiale d’électricité. A mesure que les pays renforcent leurs objectifs et politiques en matière d'énergies renouvelables, le commerce international peut contribuer à la création d'un marché mondial des équipements pour la production d’énergie renouvelable compétitif et dynamique.

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