Recours au CSA contre les commentateurs sportifs de France Télévisions : les Français ont-ils vraiment besoin d’être protégés par une police des mots et de la pensée ? | Atlantico.fr
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Suite aux JO de Sotchi, Le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) a annoncé qu'il allait se pencher sur les commentaires entendus sur France Télévisions, jugés "sexistes" et "graveleux".
Suite aux JO de Sotchi, Le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) a annoncé qu'il allait se pencher sur les commentaires entendus sur France Télévisions, jugés "sexistes" et "graveleux".
©REUTERS/David Gray

Pff aucun humour !

Recours au CSA contre les commentateurs sportifs de France Télévisions : les Français ont-ils vraiment besoin d’être protégés par une police des mots et de la pensée ?

Nelson Monfort et Philippe Candeloro sont dans le viseur du CSA pour leurs commentaires humoristiques lors des Jeux Olympiques d'hiver de Sotchi.

Christian Combaz

Christian Combaz

Christian Combaz, romancier, longtemps éditorialiste au Figaro, présente un billet vidéo quotidien sur TVLibertés sous le titre "La France de Campagnol" en écho à la publication en 2012 de Gens de campagnol (Flammarion)Il est aussi l'auteur de nombreux ouvrages dont Eloge de l'âge (4 éditions). En avril 2017 au moment de signer le service de presse de son dernier livre "Portrait de Marianne avec un poignard dans le dos", son éditeur lui rend les droits, lui laisse l'à-valoir, et le livre se retrouve meilleure vente pendant trois semaines sur Amazon en édition numérique. Il reparaît en version papier, augmentée de plusieurs chapitres, en juin aux Editions Le Retour aux Sources.

Retrouvez les écrits de Christian Combaz sur son site: http://christiancombaz.com

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Atlantico : Suite aux JO de Sotchi, Le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) a annoncé qu'il allait se pencher sur les commentaires entendus sur France Télévisions, jugés "sexistes" et "graveleux". Sur quoi peut se fonder le CSA pour apprécier le caractère "machiste" des commentaires de Nelson Monfort et Philippe Candeloro, notamment ?

Christian Combaz : Cet organisme se fonde, avec un retard de plusieurs jours, sur les commentaires d'une poignée de mécontents (d'après un sondage, 44 pour cent) dans les journaux spécialisés et sur une rumeur du type "il y a eu des plaintes". Visiblement l'organisme en question a besoin de justifier le salaire de ses membres (onze mille euros et vingt pour le président) sur une question qui n'a aucune importance. Il est vital pour le CSA de montrer qu'il existe, mais sur des questions dont tout le monde se fiche. En revanche, il fait un large détour quand le sujet risque de déplaire à des intérêts financiers. Les importations de feuilletons sanglants américains, les séries de médecine légale qui envahissent la grille du service public, les policiers où un tueur en série sévit au cours de deux ou trois épisodes dans la même soirée, la cruauté qui gagne du terrain chaque jour dans l'esprit des enfants, le traitement indigne de l'image du père dans la publicité, tout cela ne lui inspire aucun raidissement  parce qu'il y a de l'argent en jeu. En revanche quand une institutrice se plaint des commentaires sexistes du patinage, on en fait dix fois trop. Par exemple si je souligne que Christine Kelly, membre du CSA, n'a certainement pas été nommée pour la qualité de son français (exemple de tweet : cela trouble les réels efforts à mettre en avant le sport féminin), suis-je coupable de sexisme ?

Les Français ne sont-ils pas capables de juger tous seuls quand des propos sont déplacés ou de reconnaître le second degré ? Ont-ils nécessairement besoin d'une police des mots et de la pensée ?

Les Français ont le droit de ricaner quand ils voient une patineuse habillée d'un rideau de douche déchiré. Je dirais même que c'est un droit imprescriptible. Quant aux présentateurs, ils ont le droit de pratiquer le même humour que les gens à qui ils s'adressent. Pour avoir assisté à ces jeux un peu plus assidument qu'à l'ordinaire au milieu d'une poignée de personnes âgées dont j'ai la charge en ce moment, je peux vous dire que les commentaires de Candeloro étaient au-dessus de ce que j'ai entendu d'un professeur de médecine retraité de 84 ans.La connaissance qu'a Candeloro de la France profonde, son expérience des rapports avec le public sont cent fois supérieures à celle du moindre membre du CSA. Ce que le CSA ne supporte pas, comme la plus grande part de nos élites, c'est le peuple.

Les chaînes sont-elles incapables de sanctionner les propos qui vont ouvertement trop loin ?

Je n'ai rien entendu qui aille plus loin, une fois encore, que la moyenne de ce qu'on entend d'habitude. En revanche, s'il faut admettre qu'il y ait eu plus de réactions agacées de la part du public, c'est à cause de l'argent dépensé par le Service Public pour envoyer là-bas des gens qui passent depuis longtemps pour des profiteurs. Le train de vie des présentateurs en opérations extérieures a beaucoup baissé depuis vingt ans, mais il est vrai qu' on partait de chiffres scandaleux. Certains depuis ont pulvérisé l'âge de la retraite, ils sillonnent la planète depuis trente ans aux frais du contribuable avec leurs pulls en cachemire, il y a de quoi s'énerver quand on gagne mille euros dans le Cantal. Je crois surtout que les chaînes vont prendre prétexte de ces prétendus excès de langage pour sévir sur le plan budgétaire. Tout cela est peut-être même calculé à la volée, avec la complicité du CSA, pour virer du monde.

Que pourraient changer à l'avenir les interprétations que le CSA va être amené à faire sur ces cas précis ? Quelles conséquences imaginer ?

Tapez CSA et serial killer dans Google et vous n'obtiendrez aucune réponse significative. En revanche, tapez CSA et Finkielkraut, CSA et Zemmour, il y en a sept pages. Nous avons la preuve du dévoiement de l'institution à des fins partisanes, son mode de nomination y incitait déjà fortement, nous y sommes. Je rappelle en outre que la scrupuleuse Françoise Laborde, gardienne de la morale et de l'orthodoxie télévisuelle au CSA, est l'auteur d'un livre condamné en 2013  pour un plagiat littéraire dont vous trouverez le jugement ici.

L'influence de l'institution à mon sens est déjà sérieusement entamée par ce genre de comportements. Mais le pire est que le langage, l'humour, les références culturelles puissent être désormais utilisées contre n'importe quel présentateur pour l'obliger à rentrer dans le rang. Je propose qu'on interdise l'usage du mot dérapage, ce sera toujours ça de gagné.

Se dirige-t-on vers une ère où l'humour sera régulé ?

Il l'est déjà, et pas seulement par le CSA dont je rappelle qu'il s'est réveillé très tardivement car il n'est pas dans sa nature de faire preuve de courage, même dans la censure. Je rappelle qu'un député UMP au Parlement, agressé par une opposante dans les couloirs, a demandé à son voisin "c'est qui cette nana", et que l'intéressée a eu le culot de se plaindre en pleine séance pour ce traitement qu'elle a jugé dégradant. Il faut faire attention toutefois, car les censeurs, ivres de leur pouvoir, payent généralement très cher leur excès de zèle à la libération. 

Si les commentateurs sont poursuivis pour ces commentaires, où se situera ensuite la limite ? Qui va avoir la lourde tâche d'apprécier l'humour et le second degré ? Et selon quels critères ?

Pour apprécier le second degré de l'humour, il faut déjà qu'ils aient accès au premier. Mais nous vivons à l'ère de l'indexation, et aucune de leurs manoeuvres, de leurs déclarations, de leurs hypocrisies ne passera inaperçue, aucune ne restera sans conséquence. Il est temps de signifier aux membres du CSA qu'ils doivent des comptes à l'opinion publique et pas seulement aux trois personnages de l'Etat qui les ont pêchés dans leur carnet d'adresses pour leur attribuer un salaire d'ambassadeur.

Propos recueillis par Marianne Murat

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