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L'Education Nationale lance une grande campagne pour le recrutement de 25 000 professeurs dans toute la France.
L'Education Nationale lance une grande campagne pour le recrutement de 25 000 professeurs dans toute la France.
©Reuters

Bonnets d'âne

Recherche profs désespérément : cette pénurie à la croisée de toutes les difficultés de la société française

Alors que l'Education Nationale lance une grande campagne pour le recrutement de 25 000 professeurs dans toute la France, la question de la pénurie d'enseignants se pose. Dans une société française qui valorise peu la profession, les vocations se font de plus en plus rares.

Jean-Paul Brighelli

Jean-Paul Brighelli

Jean-Paul Brighelli est professeur agrégé de lettres, enseignant et essayiste français.

 Il est l'auteur ou le co-auteur d'un grand nombre d'ouvrages parus chez différents éditeurs, notamment  La Fabrique du crétin (Jean-Claude Gawsewitch, 2005) et La société pornographique (Bourin, 2012)

Il possède également un blog : bonnet d'âne

Voir la bio »

Atlantico  : Les difficultés à recruter des professeurs cristallisent-elles les difficultés de la société française ? 

Jean-Paul Brighelli : Pas particulièrement. Mais elles cristallisent notre problème avec l'Education nationale en général.

Le niveau de rémunération peut-elle expliquer le manque de professeurs de maths qui peuvent grâce à leur formation prétendre à des professions plus rémunératrices ?

Dans les disciplines scientifiques, les "bons élèves" se tournent massivement vers les classes préparatoires et les grandes écoles, en tel nombre qu'il est rarissime qu'ils sortent de prépas sans avoir été reçu à un concours. Ce qui laisse aux facs, dans ces spécialités, les étudiants les moins doués — d'où la baisse caricaturale, certaines années, des moyennes des derniers admis au CAPES. Dans les autres disciplines, la main-mise, en ce moment, des ESPE sur la formation (quasi obligation de faire un master des métiers de l'Education dont le moins que l'on puisse dire est que le souci disciplinaire n'est pas primordial, mais surtout, master qui ne donne rien si l'on ne réussit pas aux concours — d'où le nombre affligeant de "reçus-collés") dissuade certainement les candidats, qui préfèrent s'orienter vers les métiers de la communication, moins sûrs mais souvent plus rentables.

Le rapport à l'autorité et la difficulté à gérer les jeunes peuvent-ils démotiver les aspirants professeurs ?

Un étudiant, c'est un ancien élève — il était encore en collège trois ou quatre ans avant. Il sait parfaitement que dans son collège, souvent, les enseignants avaient le plus grand mal à se faire entendre, étaient moqués, conspués, parfois agressés. C'est assez dissuasif, non ? Par ailleurs, quand ce ne sont pas les élèves, ce sont les parents qui vous agressent sous divers motifs. Ceux qui réprimandaient leur enfant, il y a trente ans, quand il ramenait de mauvaises notes viennent demander des comptes à l'enseignant, aujourd'hui, pour ces mêmes mauvaises notes. Et je ne parle même pas de cas fortement médiatisés d'enseignants physiquement agressés — voire tués — par des parents irascibles. Et la question financière reparaît alors : dans un monde ultra-libéral où l'on est ce que l'on gagne, que vaut un prof qui commence, après cinq ou six ans d'études, à 1500 € par mois ?

Quelle est la part dédiée à la transmission des valeurs ? 

Ce qui fut longtemps (jusque dans les années 1930) "Ministère de l'Instruction publique" est aujourd'hui "Ministère de l'Education". En une cinquantaine d'années, il s'est passé entre Instruction (en fait, Transmission) et Education un système de vases communicants. Tout est mis en place aujourd'hui pour que la dominante Education soit essentielle — voire unique. On entre dans ce métier parce qu'on aime les Lettres ou les Maths. Pas forcément parce qu'on est doué pour amadouer des sauvageons.

Plutôt que d'inciter au métier d'enseignant avec des arguments émotionnels, le ministère pourrait se soucier de parler au portefeuille des étudiants — ça nous changerait. Mais tout le monde sait que les fonctionnaires sont la première cible des restrictions financières : le point d'indice de la profession n'a pas bougé depuis sept ans. Il pourrait aussi décréter la Tolérance zéro — mais nous en sommes loin, il y a plus d'électeurs parents (et, potentiellement, d'électeurs-élèves) que d'électeurs enseignants, c'est donc aux premiers que l'on donne la parole et le dernier mot.

 

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