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La maire de Paris, Anne Hidalgo, pose avant de participer au journal télévisé de France 2, après avoir annoncé sa candidature à l'élection présidentielle française de 2022, le 12 septembre 2021.
La maire de Paris, Anne Hidalgo, pose avant de participer au journal télévisé de France 2, après avoir annoncé sa candidature à l'élection présidentielle française de 2022, le 12 septembre 2021.
©THOMAS SAMSON / AFP

2022

Radioscopie de la gauche Hidalgo

Anne Hidalgo a annoncé sa candidature à l'élection présidentielle, ce dimanche 12 septembre, depuis Rouen. À quel courant historique du PS Anne Hidalgo et son équipe pourraient-elles être associées ? La machine présidentielle socialiste est-elle vouée à l’échec tant qu’elle n’arrivera pas à parler aux classes populaires à nouveau ?

Arnaud Benedetti

Arnaud Benedetti

Arnaud Benedetti est Professeur associé à Sorbonne-université et à l’HEIP et rédacteur en chef de la Revue politique et parlementaire.

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Atlantico : Anne Hidalgo s’est déclarée candidate ce dimanche au terme d’un déplacement à Rouen. Que nous apprennent son livre et son interview au 20H de son positionnement politique ? 

Arnaud Benedetti : Elle tente de décentrer son image, de la relocaliser à l’échelle nationale, d’équarrir son "boboïsme", de se "dé-parisianiser" en quelque sorte. Elle se déclare de Rouen, dans une ville dirigée par un socialiste certes, mais un territoire aussi de culture populaire et industrielle; son livre est celui d’une femme, mais d’"une femme française", histoire d’échapper à la représentation d’une candidate qui serait d’abord l’édile d’une ville pleinement ancrée dans une mondialisation hors sol. Elle tente de se réenraciner au-delà de Paris, en jetant au large ses filets, pour parler à toute la France. C’est une opération de transsubstantiation communicante qui intériorise les limites de la candidate pour s’efforcer de les dépasser. Pour le reste, son discours d’entrée en campagne vise à réactiver quelques fondamentaux de gauche autour de l’égalité, l’égalité sociale entre autres qui n’est pas forcément l’égalité sociétale. D’aucuns y verront un collage, un assemblage de totems sociaux-démocrates, écologistes, politiquement corrects dans tous les cas dont la fonctionnalité première consiste à tenter de recoudre une trame attrape-tout pour parler à toutes les gauches. La nervure intellectuelle reste pour le moins bien plus aspirée par des enjeux tactiques que par une vision, à la différence d’Arnaud Montebourg dont on peut discuter des propositions mais lesquelles obéissent à une structuration certaine. Anne Hidalgo joue également, à l’instar de Xavier Bertrand, la carte territoriale, comme pour mieux s’opposer à une présidence sortante centralisatrice dans sa pratique et déracinée du fait de la faiblesse de son maillage local. Le problème fondamental auquel elle se heurte néanmoins réside dans son bilan parisien, plébiscité en juin 2020 dans la capitale grâce entre autres à une forte abstention, mais qui ne bénéficie pas nécessairement de la même appréciation dans une grande partie de l’opinion nationale. 

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En amont de sa déclaration, les noms de sa future équipe de campagne ont commencé à émerger, notamment dans le Journal du dimanche de la semaine précédente. On trouve plusieurs élus socialistes et en particulier des maires de grandes villes PS (Nantes, Nancy, Rennes, Clermont, Villeurbanne, Montpellier, Rouen, etc…). Cette sociologie de l’équipe de campagne potentielle d’Anne Hidalgo est-elle annonciatrice d’une certaine orientation du programme de la candidate ? La machine présidentielle socialiste est-elle vouée à l’échec tant qu’elle n’arrivera pas à parler aux classes populaires à nouveau ?

Cette composition est révélatrice de ce qu’est devenu le PS. De ce point de vue, il y a une similarité avec Les Républicains. Ce sont là des partis d’élus, et non pas des organisations de masse. Cette notabilisation, qui a toujours existé au demeurant, est sur-soulignée aujourd’hui, du fait que leur offre nationale a perdu en attractivité et lisibilité. Pour le PS, le problème est que la social-démocratie qu’il est censé incarner, est sociologiquement très typée. C’est celle des centres-villes des grandes métropoles. La marque Hidalgo est représentative d’abord de cette réalité sociale. Ce qui dans une élection présidentielle, élection populaire s’il en est, d’autant plus populaire que c’est la seule consultation électorale ayant échappé relativement à la désaffection électorale, ne peut manquer de poser des problèmes. D’autant plus que cette part du marché est très disputée entre l’offre écologiste et également, pour une part, l’offre macroniste. L’assiette sociologique, en conséquence, d’Anne Hidalgo apparaît à l’aube de la campagne très limitée. Plus généralement, elle porte aussi, à l’instar de ses concurrents de gauche, la même incapacité à renouer avec le pays qui majoritairement a placé le curseur sur des items que les formations de gauche n’ont pas réussi à investir, faute de comprendre les évolutions de la société : l’autorité, l’identité, la sécurité, entre autres. Cette impasse existentielle constitue une crise majeur des logiciels de gauche car historiquement celle-ci prétendant mieux comprendre les mouvements, les dynamiques sociales et surtout les aspirations populaires. Aujourd’hui, ce bug tend à ce stade à invalider toute offre politique de ce côté-ci de l’échiquier politique, d’autant plus que le macronisme a préempté sa frange la plus modérée. 

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À quel courant historique du PS l’édile parisienne et son équipe pourraient-elles être associées ? Ou est-ce complètement nouveau ? 

Elle incarne de manière asséchée ce que le sociologue Alain Touraine appela au tournant des années 1970 et 1980 "l’après-socialisme"... et qui n’était autre que l’hégémonie à venir des préoccupations sociétales sur les enjeux sociaux. Cette quintessence du post-modernisme a contribué à dissocier toujours plus la gauche des classes populaires et moyennes, lesquelles considèrent que la politique c’est d’abord de répondre à leurs problèmes concrets et quotidiens (pouvoir d’achat, emploi, sécurité, etc) et non de promouvoir un évangélisme inclusif, diversitaire, etc. Consciente sans doute de cet abandon, Anne Hidalgo axe sa déclaration de campagne sur l’enjeu de l’égalité, sur la revalorisation des traitements dans la fonction publique, notamment en ce qui concerne les enseignants, sur la nécessité de redonner de la dignité aux "invisibles". Tout le problème de la maire de Paris est de parvenir à crédibiliser un projet social-démocrate qui renouerait avec l’idée d’un peuple de gauche, pas celui des "bobos" qui en sont une subversion sociétale et à laquelle son image est associée aux yeux de nombreux pans de l’opinion, mais celui des ouvriers, des employés, de la petite fonction publique, des artisans, de la France rurale et périphérique etc. Cette mue sera pour le moins complexe au regard de la trajectoire politique et du bilan parisien de Madame Hidalgo. 
 
Se lançant dans une compétition où le PS n’est plus hégémonique à gauche, concurrencée à la fois par les Insoumis et par les Verts, elle tente de reconstruire une synthèse qui puisse être une martingale gagnante dans un rapport de forces où les principales offres de "progrès", au vu des sondages actuels, se neutralisent au point de courir le risque d’être éliminées, toutes, dès le premier tour. L’équation parisienne d’une alliance PS/Verts est une ressource qu’elle peut mettre en avant vis-à-vis de ses partenaires de gauche, mais cette combinaison n’est pas forcément déclinable nationalement. La gauche plurielle, réminiscence du Jospinisme, fut possible tant que le PS était dominant ; dés lors qu’il ne l’est plus, l’exercice est rendu plus incertain à partir du moment où la concurrence est plus intensément serrée. 

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