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La fédération française de football pratiquerait la discrimination raciale...
La fédération française de football pratiquerait la discrimination raciale...
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Errances

Le scandale est-il vraiment à la Fédération française de Football ?

En suspendant le directeur technique national de la Fédération française de Football, la ministre des sports ne choisit-elle pas d'utiliser un fusible bien pratique pour masquer le marasme politique dans lequel la France est embourbée?

Aurélien Fouillet

Aurélien Fouillet

Aurélien Fouillet est chercheur au Centre d’Etudes sur l’Actuel et le Quotidien (Université Paris V René Descartes). Il est docteur en Sociologie. Sa thèse s’intitule : "L’esprit du jeu dans les sociétés post-modernes. Anomies et socialités : Bovarysme, mémoire et aventure." Il a également collaboré à l’ouvrage dirigé par Michel Maffesoli et Brice Perrier : L’homme postmoderne.

Ses thématiques de recherche sont : le jeu, le risque, la morale, les nouvelles technologies, la science fiction et la bande dessinée.

Il est membre de la rédaction des Cahiers Européens de l’Imaginaire et l’un des trois fondateurs de La Tête qui manque.

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Nous nous souvenons tous de la France « black-blanc-beur » de la coupe du monde 1998. Qu’est-il donc arrivé au football français pour que nous en soyons aujourd’hui à parler de quotas au niveau de la DTN ? Qu’est-il donc arrivé à l’encadrement technique de l’équipe de France pour que Knysna (et la grève des joueurs) soit devenu possible ? Malheureusement, la FFF n’est pas seule responsable et encore une fois la dimension politique du football, et plus généralement des arts populaires, nous saute au visage.

Mme La Ministre des sports a choisi de suspendre le DTN après les révélations de Médiapart. Mais s’agit-il ici de faire sauter un fusible ? De concentrer une fois de plus le débat sur des questions identitaires ? Ou simplement de réagir à l’affect ? Peut-être que Mme La Ministre va bientôt déposer une proposition de loi ? 

Faisons donc un petit retour en arrière pour comprendre comment une des instances sportives les plus symboliques pour nombre de jeunes a pu en arriver là.

Depuis quelques années (en fait depuis 2002) la classe politique française ne nous propose pas d’autres débats que ceux de l’identité nationale, de la régulation de l’immigration, de la discrimination positive, sans oublier certains ministres de la République condamnés pour injure raciale ou atteinte à la présomption d’innocence.

La faute n’en revient pas seulement à notre Président de la République, ou à Marine Le Pen, la gauche, et ses divers représentants, par leur incapacité à proposer autre chose, à être crédibles, à ne pas se perdre dans des combats de coqs et de poules (qui a oublié le congrès de Reims où les deux candidates ont, semble t’il, été accusées de tricherie ?) sont tout autant responsables du marasme dans lequel nous sommes tous embourbés. 

Si j’en reviens à Mme La Ministre des sports, comment peut-on comprendre qu’elle suspende le DTN de la FFF, alors que dans ses propres rangs on ne compte plus les dérapages verbaux des ministres ou des députés ? Se révolte-t’elle contre les quotas d’Auvergnats ? Ou contre la possibilité de renvoyer les jeunes formés dans nos clubs de foot dans leur pays dans des bateaux ? Je crois qu’une fois de plus on se trompe de problème. Quand parlerons nous à nouveau du jeu ? Quand est-ce que le débat politique contemporain se recentrera-t-il sur la jeunesse, les banlieues, le chômage et surtout sur l’avenir ?

Les révélations de Mediapart nous indiquent une chose, s’il est aujourd’hui possible de parler de quotas dans les centres de formation de football français, c’est avant tout parce qu’il y a continuité entre les débats de nos instances sportives et ceux que nous proposent les politiques. Avant de s’émouvoir des propos de la FFF, Madame La Ministre devrait s’interroger sur ce que ses collègues, de gauche et de droite, proposent aujourd’hui comme interrogations pour l’avenir de notre pays.

Mais il y a peut-être une certaine logique derrière tout ça ? N’oublions pas que l’élection présidentielle aura lieu dans quelques mois. Je crois qu’une fois de plus, à défaut de propositions, d’espoirs et de vision de l’avenir, nos politiques s’évertuent à agiter le spectre du 21 avril. Ils devraient pourtant se méfier, il arrive souvent que l’on perde à la roulette russe. 

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