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Le président chinois Xi Jinping prend la parole lors de la cérémonie d'ouverture du Forum de la CNCC à Pékin.
Le président chinois Xi Jinping prend la parole lors de la cérémonie d'ouverture du Forum de la CNCC à Pékin.
©MARK SCHIEFELBEIN / PISCINE / AFP

Le point de vue de Dov Zerah

La Chine entre nationalisme exacerbé et enfermement

Malgré la crise sanitaire, les indices d’amélioration sur le plan économique sont nombreux pour la Chine. Le pouvoir a néanmoins profité de la crise sanitaire pour accentuer sa mainmise sur la société et les tensions avec les puissances occidentales se multiplient.

Dov Zerah

Dov Zerah

Ancien élève de l’École nationale d’administration (ENA), Dov ZERAH a été directeur des Monnaies et médailles. Ancien directeur général de l'Agence française de développement (AFD), il a également été président de Proparco, filiale de l’AFD spécialisée dans le financement du secteur privé et censeur d'OSEO.

Auteur de sept livres et de très nombreux articles, Dov ZERAH a enseigné à l’Institut d’études politiques de Paris (Sciences Po), à l’ENA, ainsi qu’à l’École des hautes études commerciales de Paris (HEC). Conseiller municipal de Neuilly-sur-Seine de 2008 à 2014, et à nouveau depuis 2020. Administrateur du Consistoire de Paris de 1998 à 2006 et de 2010 à 2018, il en a été le président en 2010.

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Il y a 20 ans, la Chine a intégré l’Organisation mondiale du commerce (OMC). En s’ouvrant au commerce international, elle a connu, au cours de ces deux décennies, une croissance exceptionnelle dans l’histoire de l’humanité :

Le PIB en Md$ était de :

En 20 ans, pendant que les PIB américain et de la zone euro doublaient et que celui du Japon augmentait de 30 %, le PIB chinois a été multiplié par 16 ! Alors qu’en 2001, la Chine était loin derrière les États-Unis, la zone euro et le Japon, en 2021, elle est à la deuxième place avec en ligne de mire l’Oncle Sam.

Ce résultat chinois constitue un des grands succès de la mondialisation qui a permis à des centaines de millions de personnes de sortir de la pauvreté. En contrepartie d’une amélioration du pouvoir d’achat de leurs consommateurs, les États-Unis et l’Europe ont subi des pertes d’emplois industriels, voire une désindustrialisation. L’Occident a accepté toutes les infractions aux règles du commerce mondial, au point de valider la prédiction de Lénine selon laquelle « le capitaliste est prêt à vendre la corde avec laquelle il va être pendu ».

Depuis 40 ans et surtout Deng Tsao PING, la Chine n’a cessé d’affirmer et d’accroître sa puissance. Le G7 n’a pas, à ce jour contesté les méthodes chinoises et notamment les trois dumpings :

  • Social. Plus que la faiblesse du coût salarial, c’est le non-respect des règles du Bureau international du travail (BIT) qui est problématique.
  • Environnemental. Nonobstant la signature des Accords de Paris en 2016, le modèle économique de la Chine interpelle.
  • Et surtout monétaire. Depuis plus de deux siècles et Adam SMITH, le père de l’économie politique, tous s’accordent à considérer que l’échange international est profitable à tous sous réserve que certaines règles soient respectées dont le retour à l’équilibre par la modification des taux de change.

Un pays en déficit structurel doit déprécier sa monnaie pour que la modification des prix relatifs lui permette de retrouver de la compétitivité. En sens inverse, un pays en excédent structurel doit apprécier sa monnaie pour écorner sa compétitivité et permettre le retour à l’équilibre. Á défaut l’échange n’est pas équitable.

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Alors que l’Empire du Milieu ne cesse d’accumuler des excédents commerciaux et que ses partenaires cultivent les déficits, les autorités de Pékin continuent de manipuler leur monnaie en la dépréciant, au lieu de la réévaluer. En sous-estimant volontairement le yuan, malgré l’accumulation de 3 000 Md$ de réserves de change, elles peuvent continuer à inonder le Monde avec leurs produits.

La Chine profite des blocages de fonctionnement de l’OMC pour surseoir la mise en place d’une véritable économie de marché et renforcer son statut d’« usine du monde » en continuant à subventionner secteurs et produits. Mais les administrations TRUMP puis BIDEN ainsi que la Commission européenne n’hésitent plus à croiser le fer avec Pékin, et à examiner de près les conditions de fonctionnement de l’Empire du Milieu, y compris les tricheries pour s’approprier de nouvelles technologies. Et nous nous retrouvons dans un jeu de rôles à front renversé où Xi JINPING apparait comme le défenseur du multilatéralisme.

Parallèlement, malgré leur admission aux institutions de Bretton Woods, Banque mondiale et Fonds monétaire international, les Chinois ne s’inscrivent dans aucune démarche de gouvernance internationale :

  • Ils n’ont pas hésité à créer la Banque asiatique d’investissements concurrente directe de la Banque mondiale et de la banque asiatique de développement.
  • Ils ne respectent pas les décisions onusiennes de sanctions à l’égard de la Corée du Nord, de l’Iran ou de la Russie. Parallèlement, ils soutiennent la dictature de MADURO qui ne cesse d’enfoncer la Venezuela dans une crise humanitaire sans précédent.
  • La Chine fait aussi cavalier seul sur le sujet de la dette africaine ; elle a déjà annulé certaines dettes, mais elle l’a fait de manière bilatérale, en dehors des règles collectives du Club de Paris. La procédure multilatérale est essentielle pour empêcher qu’un créancier obtienne des contreparties dolosives.

À la différence de ses principaux concurrents, la croissance de l’économie chinoise a été positive en 2020 avec 2,3 %, même si c’est en retrait des 5,8 % initialement attendus. Après avoir été la seule grande économie avec une croissance positive en 2020, avec 8 % en 2021 et une prévision de 5,6 % en 2022, la Chine semble avoir renoué avec des niveaux de croissance oubliés depuis de nombreuses années. Malgré son rôle dans le déclenchement et la propagation de la pandémie, elle s’en tire mieux que les autres pays. N’oublions pas que la croissance chinoise ne doit pas aller en deçà des 5 % sous peine de créer de fortes tensions sociales.

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L’économie a très vite redémarré, probablement trop vite car elle a alimenté la hausse des matières premières, l’apparition de goulets d’étranglement logistiques, l’engorgement des ports chinois, la perturbation des chaines d’approvisionnement…, autant de blocages qui handicapent aujourd’hui la croissance chinoise qui doit aussi faire face à d’importantes pannes d’électricité.

Malgré la crise sanitaire, la production manufacturière redémarre après le tassement enregistré depuis novembre 2021 et les indices d’amélioration sont nombreux :

  • Un marché boursier très volatile, avec régulièrement un risque d’explosion ; en juillet, les bourses de Hong Kong, Shanghai et Shenzhen ont dévissé.

Les bourses de Shanghai et Shenzhen avaient pâti du ralentissement économique et du durcissement réglementaire. L’indice CSI 300 de ces deux bourses chinoises a diminué de 5 % en 2021 pendant que l’indice mondial MSCI ACWI augmentait de 17 %. Mais, elles pourraient constituer un nouvel attrait pour les investisseurs internationaux disposant de liquidités et délaissant les pays occidentaux marqués par la remontée des taux d’intérêt, alors que la Banque centrale chinoise maintient sa politique avantageuse ; ils auraient acheté depuis le début de l’année 5 Md$ depuis le début de l’année.

  • Une reprise dans le secteur immobilier malgré la défaillance du promoteur EVERGRANDE, 2ème promoteur national, et les difficultés de nombreux autres opérateurs.
  • Une volonté de Pékin de tout contrôler, les grands groupes, les activités économiques, comme notamment l’interdiction des transactions commerciales avec des crypto monnaies. Sous couvert de recherche de l’autosuffisance économique et de la sécurité nationale, les autorités accentuent la supervision de la société chinoise.

Le pouvoir a profité de la crise sanitaire pour accentuer sa mainmise sur la société.

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Plus généralement, depuis son arrivée au pouvoir en 2013, Xi JINPING n’a cessé de renforcer son pouvoir au point de supprimer la limitation des mandats en 2018 et de devenir Président à vie ! Instauré par Deng Tsiao PING, le renouvellement des dirigeants tous les dix ans apportait une forme de respiration politique. À force de visser le couvercle sur la marmite, le cercle restreint des dirigeants communistes prend le risque de la faire exploser.

Au-delà des querelles économiques, les sujets de friction avec la Chine sont nombreux :

  • Hong Kong, avec la remise en cause de l’accord de rétrocession
  • Taïwan, avec les nombreuses manœuvres et provocations militaires pour récupérer l’île
  • Les nombreuses tentatives d’appropriation des îles de la mer de Chine

Alors que la Chine est en train, avec la stratégie des « routes de la soie », d’acheter des entreprise, ports, aéroports, villes, voire pays…, seul le nationalisme exacerbé développé par Xi JINPING permet de comprendre les velléités de récupérer ces confettis et de prendre le risque de la guerre ! La Chine devrait éviter de se laisser enfermer dans une rhétorique nationaliste qui permet de conforter l’autoritarisme du régime.

Dans dix jours commenceront les Jeux olympiques d’hiver de Pékin. Ils constitueront indiscutablement un événement à la gloire du régime. Pour protester contre la persécution et l’internement des Ouïgours, de nombreux pays, au premier rang desquels les États-Unis, le Japon et des pays du Commonwealth ont annoncé un boycott diplomatique. Cela n’aura aucune incidence sur la participation de leurs athlètes, mais c’est un signal avant-coureur du durcissement face à la Chine.

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