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Que pourrons-nous encore vendre à la Chine dans 10 ans ?
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Développement durable

Que pourrons-nous encore vendre à la Chine dans 10 ans ?

Le déficit du commerce extérieur français avec la Chine a atteint 27,2 milliards d'euros en 2011. Une tendance qui risque de se renforcer dans les prochaines années face aux difficultés rencontrées par l’industrie française pour maintenir des coûts de production compétitifs.

Antoine Brunet

Antoine Brunet

Antoine Brunet est économiste et président d’AB Marchés.

Il est l'auteur de La visée hégémonique de la Chine (avec Jean-Paul Guichard, L’Harmattan, 2011).

 

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Le problème central qui déstabilise depuis quelques années la France, tient à sa performance catastrophique en matière de commerce extérieur : en 2011, un déficit de 70 milliards d’euros, soit 2,3% de son PIB. On s’approche ainsi de très près du déficit commercial record qui avait été atteint en 1982, année où il avait atteint 2,5% du PIB.

Cette année-là, un record désastreux avait été atteint, conséquence, pour l'essentiel, d’une politique de relance en France qui était à la fois extrême et unilatérale. Ce qui est inquiétant aujourd’hui, c’est que notre score exécrable en matière de commerce extérieur ne s’articule pas du tout avec un tel dynamisme excessif de la demande intérieure mais ressort bel et bien du manque de compétitivité-change que nous subissons désormais.

S’il faut une preuve supplémentaire, référons-nous à notre déficit commercial avec la Chine, déficit qui a atteint 27,2 milliards d’euros en 2011. Ainsi, notre déficit commercial avec la Chine représente à lui seul 39% de notre déficit commercial total (déficit commercial avec l’Allemagne : 24% du déficit total).

Pire. Les biens échangés entre la France et la Chine consistent essentiellement en produits manufacturés : on peut donc valablement rapprocher notre déficit commercial avec la Chine, 27,2 milliards d’euros, avec notre déficit commercial en produits manufacturés avec le reste du monde : 42,4 milliards d’euros en 2011. Ce serait donc environ 64% de notre déficit commercial en produits manufacturés qui serait ainsi imputable à la Chine.

Contrairement à ce qui est souvent rapporté, ce sont donc nos relations commerciales avec la Chine qui sont les plus déstabilisantes pour notre commerce extérieur et pour notre économie.

Nos exportations vers la Chine ne couvrent que 33% de nos importations en provenance de Chine, quand nos exportations vers l’Allemagne couvrent encore 81% de nos importations en provenance d’Allemagne. A l’évidence, il y a donc bien un dysfonctionnement dans nos échanges avec la Chine qui est à la fois spécifique, majeur et troublant.

Et l’on en connaît l’origine : les grandes organisations internationales (Banque mondiale, FMI, ONU) nous disent que l’euro devrait normalement se situer autour de 4,52 yuan, mais la Chine, grâce à un contrôle des changes draconien dont elle a le monopole et qui lui permet de contrôler le cours de change de sa monnaie, continue à nous infliger un euro qui reste stable autour de 8,32 yuan, soit une surévaluation de 84%.

Et cette surévaluation de l’euro est maintenue par la Chine en dépit même des énormes adversités qui pèsent depuis mi-2010 sur les pays de la zone euro.

Mais revenons au taux de couverture du commerce de la France avec la Chine : ce taux déjà exceptionnellement bas, à 33%, risque de se réduire encore car dans les années à venir, nos industries seront sujettes à toutes sortes d’adversités pour exporter sur le marché chinois.

Tout d’abord, nos exportations de produits manufacturés basiquesvers la Chine vont continuer à souffrir tant que le cours de change euro/yuan reste aussi pénalisateur qu’évoqué.

Même en matière d’exportations d’automobiles, la perspective est très défavorable ; seule l’Allemagne parvient encore à exporter des automobiles très haut de gamme (Mercedes, Audi, BMW). Peugeot et Renault, s’il parvient à obtenir une implantation industrielle en Chine, devront, comme les autres constructeurs occidentaux, produire en Chine les automobiles standard qu’ils y vendent encore.

En matière de TGV, où par exception la France reste bien positionnée internationalement, la Chine a déployé une stratégie offensive pour réduire à néant les importations chinoises. Après s’être procuré auprès de Shinkansen (Japon) et de Siemens (Allemagne) la technologie nécessaire, elle a mis en piste des champions nationaux, CSR et CNR, de sorte d’importer le moins possible de TGV et de faire irruption à l’exportation. Il est vrai que cette stratégie a connu un revers magistral avec la collision intervenue en juillet 2011 entre deux TGV sur le viaduc de Wenzhou sur la ligne Pékin-Shanghai. Mais la Chine n’a pas renoncé et restera fermée aux exportations françaises de TGV.

En matière d’aéronautique, où la France, avec l’Allemagne, reste bien positionnée, la Chine subordonne ses commandes d’avions ou d’hélicoptères à deux conditions : EADS comme Boeing doivent accepter un transfert de technologie pour obtenir des commandes, ce qui hypothèque l’évolution à terme des commandes d’avions et d’hélicoptères en provenance de Chine. A court terme, une fraction croissante des commandes adressées par la Chine doit être produite localement. De ce fait, la perspective pour nos exportations, tant à court terme qu’à moyen terme, sera là aussi décevante.

En matière de centrales nucléaires, la catastrophe de Fukushima perturbe la perspective pour Areva d’exporter en Chine. La réflexion sur la sécurité des centrales nucléaires qu’a entreprise le gouvernement chinois va retarder la construction qui était programmée des centrales nucléaires et la Chine, qui fera partie du club désormais très restreint des pays acheteurs de centrales nucléaires, ne manquera pas de faire valoir vis-à-vis d’Areva les mêmes exigences qu’à l’égard d’Areva et de Boeing, ce qui limitera aussi nos exportations.

Restent les exportations de produits de luxe de la France vers la Chine. Celles-ci continuent à se comporter très bien. Ce qu’achètent les Chinois les plus riches, ce sont les marques françaises assorties du label "made in France". Les entreprises françaises du luxe, à la différence des autres, traduisent donc en exportations effectives les ventes qu’elles réalisent en Chine. C’est donc un très bon point pour nos exportations. Mais bien entendu, on ne peut tabler sur ce seul secteur pour redresser nos échanges de produits manufacturés avec la Chine.

Et par ailleurs, le gouvernement chinois, depuis quelques années, dans sa stratégie super-mercantiliste, visant à contrôler toujours plus l’industrie manufacturière mondiale, a décidé de ne négliger ni l’art et l’artisanat, ni la mode et le luxe, ni les produits culturels et les médias audiovisuels. On voit ainsi surgir de plus en plus d’analyses stratégiques de la Chine qui insistent à juste titre sur le rôle que joue le "soft power" du pays considéré pour le succès dans ces secteurs qui ne sont plus du tout marginaux. Ces mêmes analystes chinois se réjouissent du déclin, amorcé selon eux, du "soft power" de la France, que la Chine nous a longtemps envié et se félicitent par ailleurs du contrôle dont la Chine est en train de s’emparer sur le marché international de l’art… 

On le voit, les échanges de la France avec la Chine ne sont pas près de se rééquilibrer. A l’heure où, de plus en plus, on évoque à juste titre la nécessité d’une réciprocité dans les échanges entre pays, la Chine se singularise et nous inflige une absence de réciprocité qui va devenir de plus en plus déstabilisatrice et de plus en plus insupportable.

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